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Parsifal à Bastille, de barbare à sauveur

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Paris. Opéra-Bastille. 04-III-2008. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal, Bühnenweihfestpiel en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Décors et costumes : Malgorzata Szczesniak. Chorégraphie : Saar Magal. Lumière : Felice Ross. Avec : Alexander Marco-Buhrmester, Amfortas ; Victor von Halem, Titurel ; Franz Josef Selig, Gurnemanz ; Evgeny Nikitin, Klingsor ; Waltraud Meier, Kundry ; Christopher Ventris, Parsifal ; Gunnar Gudbjörnsson, Scott Wilde, zwei Gralsritter ; Hye-Youn Lee, Louise Callinan, Jason Bridges, Bratlomiej Misiuda, vier Knappen ; Adriana Kucerova, Valérie Condoluci, Cornelia Oncioiu, Yun-Jung Choi, Marie-Adeline Henry, Louise Callinan, Klingsors zaubermädchen ; Cornelia Oncioiu, eine Altstimme aus des Höhe ; Renate Jett, L’accompagnateur. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris (chef de chœurs : Winfried Maczewski), direction : Hartmut Haenchen

Amour, foi, espérance : c’est sous le signe de la spiritualité que débute Parsifal, deuxième opéra de Wagner à l’affiche de l’Opéra Bastille en cette saison. Un opéra considéré aujourd’hui comme un monument absolu de la musique même avec toutes ses questions irrésolues. Ecrit par Wagner en 1882 (une année avant sa mort), Parsifal est la projection des ses fantasmes personnels, à la fois sexuels, religieux et sociaux.

Le livret s’inspire du récit mythique du Saint Graal auquel le compositeur mêle les aventures de Parsifal, l’homme de la rédemption, un barbare devenu sauveur. C’est sur cette idée d’évolution du personnage, sur son introspection et élévation spirituelle qu’est conçue l’étonnante et extraordinaire mise en scène de . Les armes et les chevaux, les chevaliers cèdent la place aux hommes, les dames à des femmes sensuelles dans une lecture contemporaine du livret. Cette « ostentation » de la modernité, tout à fait pertinente à la structure dramaturgique de l’opéra, révèle la déconcertante actualité de Wagner. L’idée des contradictions et du dualisme reste le moteur de l’action qui alterne immobilité et réflexion à action et instinct, amour et vie à mort et innocence, pureté et blancheur à volupté et passion dans une forme esthétique qui n’est pas un vrai opéra, ni un drame, ni un oratorio mais la mise en œuvre de la conception wagnérienne de l’art total. Le choix des tempi de exalte le caractère binaire de l’œuvre. Cette union de la lenteur et de la rapidité, où les nombreuses pauses chronométrées deviennent l’élément interprétatif décisif pour cette musique qui semble respirer dans l’oxygène du silence. L’orchestre est le personnage supplémentaire qui n’accompagne ni le drame ni les chanteurs : il est l’action, l’affirme, se transforme, évolue en même temps que les protagonistes.

Sainteté, utopie, péché et compassion, autant de sentiments qui tournent autour du moment clé de cette mise en scène : le deuxième acte, la scène du baiser. Kundry essaye de séduire Parsifal s’appuyant sur son coté enfantin, sur ses sentiments filiaux, tout en lui parlant de sa mère. (On se demande même si dans une autre incarnation Kundry n’a été véritablement cette mère). Tout frémit dans le désir pécheur, tout est teint de rouge mais Parsifal dit « non » au mal et repousse cette Eve tentatrice. Le puissant contraste visuel entre le blanc et le rouge de la scène est frappant tout comme la voix chaude et sensuelle de articulée dans un phrasé long ou dans des cris de douleur et de compassion. C’est tout au long de cet acte que Parsifal se transforme de vilain ignorant en sauveur de l’humanité. Sa forte gestuelle, ses moments d’actions mélangés à d’autres réflexions et à l’immobilité, la grande présence scénique de et sa voix très dramatique exaltent cette évolution.

La scénographie, une incroyable machine d’intelligence et de technologie change, tourne, apparaît et disparaît, se partage en trois soulignant le pouvoir de la musique de reproduire la simultanéité des événements. Un panneau transparent central divise le présent et le passé, le bien et le mal, le proche et le lointain. Des jeux de lumières et ombres projettent des inscriptions significatives : « Qui est le Graal…on ne peut pas le dire…. ». Musicalement et scénographiquement très réussie, cette production va incontestablement faire date.

Crédit photographique : Franz-Josef Selig (Gurnemanz), (Parsifal) & (Kundry) ; Alexander Marco-Buhrmester (Amfortas), Christopher Ventris (Parsifal) & (Kundry) © R. Walz / Opéra National de Paris

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Paris. Opéra-Bastille. 04-III-2008. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal, Bühnenweihfestpiel en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Krzysztof Warlikowski. Décors et costumes : Malgorzata Szczesniak. Chorégraphie : Saar Magal. Lumière : Felice Ross. Avec : Alexander Marco-Buhrmester, Amfortas ; Victor von Halem, Titurel ; Franz Josef Selig, Gurnemanz ; Evgeny Nikitin, Klingsor ; Waltraud Meier, Kundry ; Christopher Ventris, Parsifal ; Gunnar Gudbjörnsson, Scott Wilde, zwei Gralsritter ; Hye-Youn Lee, Louise Callinan, Jason Bridges, Bratlomiej Misiuda, vier Knappen ; Adriana Kucerova, Valérie Condoluci, Cornelia Oncioiu, Yun-Jung Choi, Marie-Adeline Henry, Louise Callinan, Klingsors zaubermädchen ; Cornelia Oncioiu, eine Altstimme aus des Höhe ; Renate Jett, L’accompagnateur. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris (chef de chœurs : Winfried Maczewski), direction : Hartmut Haenchen

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