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Beethoven et Abbado, deux géants en tête-à-tête

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Baden-Baden. Festspielhaus. 5-V-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Josef Sonnleithner, Stephan von Breuning & Georg Friedrich Treitschke. Mise en scène : Chris Kraus. Décors : Maurizio Balò. Costumes : Anna Maria Heinreich. Lumières : Gigi Saccomandi. Avec : Anja Kampe, Leonore ; Clifton Forbis, Florestan ; Giorgio Surian, Rocco ; Albert Dohmen, Don Pizarro ; Julia Kleiter, Marzelline ; Jörg Schneider, Jaquino ; Diogenes Randes, Don Fernando ; Ilker Arcayürek, Premier Prisonnier ; Levente Pall, Second Prisonnier. Arnold Schœnberg Chor (chef de chœur : Jordi Casals), Coro de la Comunidad de Madrid (chef de chœur : Jordi Casas Bayer), Mahler Chamber Orchestra, direction : Claudio Abbado.

Fidelio

Enfin ! A deux mois de ses soixante-quinze ans, l’immense abordait pour la première fois l’unique opéra de Beethoven. Abbado et Beethoven, c’est pourtant une longue histoire d’amour ; au disque, deux intégrales des symphonies, avec deux des orchestres mythiques dont il a été le directeur musical (les Philharmoniques de Vienne et de Berlin), une intégrale des concertos pour piano avec Maurizio Pollini, d’innombrables concerts consacrés au compositeur allemand mais cet éminent chef d’opéra ne nous avait pas encore proposé sa vision de Fidelio. Après Reggio Emilia et Madrid, c’est à Baden-Baden, dans le cadre du Festival de Pentecôte, que l’événement avait lieu pour deux uniques soirées. Et, disons-le d’emblée, cette longue attente a été largement récompensée…

est gravement malade, on le sait. C’est pourtant un chef à l’allure juvénile, en pleine possession de ses moyens, énergique et visiblement radieux d’être là, qui est apparu dans la fosse du Festspielhaus. Dès les premiers accords de l’ouverture, il captive la salle et ne relâchera pas la tension jusqu’aux dernières mesures du finale. Le Beethoven qu’il propose est magiquement équilibré, majestueux sans être lourd, tendre sans devenir mièvre, dégraissé sans perdre de sa puissance. Le discours musical est en permanence relancé par de subtiles variations de dynamique ou de tempo et par une science aboutie des détails orchestraux. A la tête de « son » , orchestre de jeunes musiciens qu’il fonda en 1997 et qui sonne sous sa baguette comme un des meilleurs orchestres du monde, s’appuie sur un quatuor de cordes magnifique et d’une homogénéité parfaite, sur lequel se greffent des bois volubiles et des cuivres engagés. Enfin des attaques nettes sans être brutales, des tutti d’une puissance titanesque sans être saturés, des pianissimi sans amoindrissement de la sonorité, des pizzicati riches et variés ! Parmi tant de grands moments, on retiendra particulièrement une entrée du quatuor au premier acte rêvée et pourtant charnue de son, un chœur des prisonniers murmuré et un finale du second acte exalté et exaltant. La prestation du Arnold Schœnberg Chor, renforcé par le Chœur de la Communauté de Madrid, y est anthologique.

Qu’importe alors si la distribution n’a rien de mythique. La Leonore d’ se donne à fond avec une voix au riche medium mais qui tend à plafonner dans l’aigu, douloureux et souvent crié. En Florestan, fait valoir une puissance impressionnante et des aigus un peu trop claironnants mais se montre avare de nuances. Giorgio Surian, plus clair de timbre et plus barytonal que les Rocco auxquels on est habitué, peine un peu dans les graves et campe un personnage bien moins débonnaire qu’à l’accoutumée, choix vraisemblable de mise en scène. Intéressant Pizzaro de , voix noire et un peu aboyante pour affirmer son autoritarisme, excellente Marzelline, fine et aérienne, de et correct Jaquino de Jörg Schneider, joli timbre de ténor lyrique mais format léger pour l’immense salle du Festspielhaus de Baden-Baden.

Peu importe aussi si, pour sa première mise en scène d’opéra, le cinéaste Chris Kraus ne propose qu’un travail assez banal, dont le principal mérite est de ne pas perturber l’écoute. Rien de bien neuf en effet dans cette scénographie située durant la Révolution française. La scène du cachot, par exemple, est identique à la majorité de celles qui l’ont précédée. Le principal élément du décor est une gigantesque guillotine, qui s’avère bien encombrante pour les scènes initiales d’amour et de légèreté ; Marzelline en vient même à l’épousseter durant son duo avec Jaquino. Elle servira évidemment à décapiter le tyran Pizzaro à la fin du spectacle. Quelques belles idées cependant : les prisonniers cagoulés et enfermés dans des boxes sur un amphithéâtre en fond de scène, témoins muets et impuissants de ce qui se déroule à l’avant-scène, Pizzaro infirme et en fauteuil roulant, qui prend l’aspect d’un insecte maléfique quand il se déploie sur ses longues béquilles ou l’entrée du chœur des prisonniers au premier acte, se faufilant en rampant sous le décor pour gagner la liberté.

La direction inspirée de Claudio Abbado, à la tête d’un orchestre et d’un chœur en état de grâce, a fait de cette soirée un moment d’exception. Merci Maestro pour ce magnifique cadeau…et bon anniversaire.

Crédit photographique : Andrea Kemper

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Baden-Baden. Festspielhaus. 5-V-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, opéra en deux actes sur un livret de Josef Sonnleithner, Stephan von Breuning & Georg Friedrich Treitschke. Mise en scène : Chris Kraus. Décors : Maurizio Balò. Costumes : Anna Maria Heinreich. Lumières : Gigi Saccomandi. Avec : Anja Kampe, Leonore ; Clifton Forbis, Florestan ; Giorgio Surian, Rocco ; Albert Dohmen, Don Pizarro ; Julia Kleiter, Marzelline ; Jörg Schneider, Jaquino ; Diogenes Randes, Don Fernando ; Ilker Arcayürek, Premier Prisonnier ; Levente Pall, Second Prisonnier. Arnold Schœnberg Chor (chef de chœur : Jordi Casals), Coro de la Comunidad de Madrid (chef de chœur : Jordi Casas Bayer), Mahler Chamber Orchestra, direction : Claudio Abbado.

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