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Patrizia Ciofi & Noëmi Nadelmann, deux sopranos pour une Traviata

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Avenches. Arènes. 4-VII-2008 et 5-VII-2008. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène, décors, costumes et éclairages : Alfredo Corno. Chorégraphie : Darie Cardyn. Avec : Patrizia Ciofi / Noëmi Nadelmann, Violetta Valéry ; Roberto Saccà / Fabrizio Mercurio, Alfredo Germont ; Renato Bruson / Paride Pandolfo, Giorgio Germont ; Gabriella Bosco / Carine Séchaye, Floria Bervoix ; Alessandra Boër / Béatrice Villiger, Annina ; Andreas Scheidegger, Gastone Letorière ; Tamas Bator, Barone Douphol ; Danilo Gabriele Serraiocco, Marchese d’Obigny ; Gregor Rozycki, Dottore Grenvil ; Christoph Meinen, Giuseppe. Chœur du Festival (chef de chœur : Pascal Mayer), Orchestre Camerata.ch, direction : Graziella Contratto.

Avec cette XVIe édition, le Festival d’Opéra d’Avenches hisse sa position au rang d’incontournable lieu estival de Suisse pour la musique et l’opéra.

Tradition dans le choix des œuvres, distribution éclatante, deux atouts qui s’affirment au cours des ans. Entre le rêve d’une scène aussi réputée que celles des festivals transalpins et la réalité helvétique, le bon sens a finalement tranché. L’évidence que la Suisse ne cultive pas une tradition opéristique aussi fanatique que l’Italie a convaincu les organisateurs avenchois de ne produire qu’un seul opéra par saison. Dès lors, seuls les gros tubes ont leur place dans ce mini-Vérone helvétique. Une décision intelligente qui permet de choisir des artistes mieux en accord avec l’œuvre au programme. La Traviata de cette année en est un parfait exemple avec une distribution digne des plus grandes scènes lyriques européennes même si l’énorme ouverture de scène des arènes se prête mal à un ouvrage aussi intime.

Le décor, la mise en scène, les costumes et les éclairages d’Alfredo Corno, avec leur traditionalisme (ou peut-être à cause de cela) peinent à faire entrer le spectateur dans l’œuvre verdienne. Même si le metteur en scène italien offre un spectacle plaisant au regard, il reste dans la convention. Les costumes sont beaux, bien dessinés mais ils habillent un chœur et des figurants sans grande implication dramatique. Comme chez les principaux protagonistes, rarement les sentiments ne frôlent l’excès. Pourtant La Traviata est loin de la gentillette histoire d’amour de La Bohème. Ici, les enjeux des personnages sont autrement plus excessifs.

D’un autre côté, dans la fosse, la « cheffe » d’orchestre Grazielle Contratto laisse aller sa grâce musicale dans une direction élégante mais empreinte de lenteur. Si dans l’ouverture, cette lassitude musicale forcée renferme des accents d’une grande dramaticité, la lenteur n’est pas synonyme d’émotion. Ces épanchements orchestraux excessifs s’apparentent finalement moins à une réelle recherche de climats qu’à un endormissement du spectateur.

Restent les chanteurs. Des deux distributions se partageant la scène, chacune révèle des personnalités intéressantes tant du point de vue de la vocalité que de celui de la théâtralité. Alternant d’une représentation à l’autre, les deux rôles-titres impriment une subtile différence d’atmosphère entre les représentations. Dans la première distribution, montre une jeunesse et une agilité vocales pour un personnage magnifiquement crédible dans la première partie de l’opéra. Elle doit toutefois forcer quelque peu son beau talent de comédienne dans la dernière partie de l’intrigue pour pallier au manque de couleurs vocales sombres que demande l’agonie de l’héroïne. Le ténor (Alfredo Germont) est un amoureux plein de superbe. La voix est belle, bien posée même si parfois elle manque de la subtilité que son métier lui permettrait pour approfondir son personnage. La surprise de cette distribution vient sans aucun doute avec la prestation en tous points admirable de (Giorgio Germont). Le baryton septuagénaire (qui bientôt devrait signer sa cinquantième année de carrière !) avait terriblement déçu lors de son pathétique Nabucco de 2005. La voix était perdue, semblant irrémédiablement usée. Comme ressuscité, il révèle ici un formidable personnage tant au point de vue théâtral qu’au point de vue vocal. Voir avec quelle tendresse il s’inquiète de la tristesse de son fils après l’incompréhensible fuite de Violetta est tout simplement bouleversant. Un amour paternel qu’on retrouve tout aussi attendrissant quand il s’insurge contre Alfredo après qu’il a insulté sa maîtresse. Il est un père d’une authenticité rare. Vocalement, si les notes graves montrent une évidente usure, son médium et ses aigus sont d’une clarté étonnante. Du grand art, Monsieur Bruson !

Dans la deuxième distribution, la Violetta de s’avère psychologiquement beaucoup plus achevée que celle de sa compagne de scène. Totalement engagée dans l’esprit du drame, dès ses premières notes, c’est la mort de Violetta qui habite la chanteuse. Non tant dans le jeu théâtral mais dans la coloration vocale. D’une voix magnifiquement sombre, la soprano zurichoise dessine le doute qui habite sans cesse son personnage. Pourtant, l’Alfredo de cette soirée est tout simplement prodigieux. A 23 ans, le ténor italien Fabrizio Mercurio (Alfredo Germont) campe un personnage d’une beauté vocale incroyable. Quelle voix, quelle flamme, et malgré tout : quelle simplicité ! Jamais dans la brillance excessive, ni dans l’esbroufe vocale, sa candeur et son naturel sont désarmants de bonheur. De là, son Alfredo est criant de justesse. Ni un dandy, ni un tombeur, juste un jeune homme de parfaite éducation qui, perdant son amour, ne comprend pas ce qu’il lui arrive. Fabrizio Mercurio : retenez ce nom-là, car le plus bel avenir lui semble réservé !

Crédit photographique : Noëmie Nadelmann (Violetta Valery) & Fabrizio Mercurio (Alfredo Germont) © Festival d’Avenches

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Avenches. Arènes. 4-VII-2008 et 5-VII-2008. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène, décors, costumes et éclairages : Alfredo Corno. Chorégraphie : Darie Cardyn. Avec : Patrizia Ciofi / Noëmi Nadelmann, Violetta Valéry ; Roberto Saccà / Fabrizio Mercurio, Alfredo Germont ; Renato Bruson / Paride Pandolfo, Giorgio Germont ; Gabriella Bosco / Carine Séchaye, Floria Bervoix ; Alessandra Boër / Béatrice Villiger, Annina ; Andreas Scheidegger, Gastone Letorière ; Tamas Bator, Barone Douphol ; Danilo Gabriele Serraiocco, Marchese d’Obigny ; Gregor Rozycki, Dottore Grenvil ; Christoph Meinen, Giuseppe. Chœur du Festival (chef de chœur : Pascal Mayer), Orchestre Camerata.ch, direction : Graziella Contratto.

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