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Orphée et Eurydice, et le vainqueur est…. Gluck !

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Beaune. Collégiale-Basilique Notre-Dame. 26-VII-2008. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, tragédie opéra en 3 actes (version française) sur un livret de Pierre-Louis Moline d’après Ranieri de’Calzabigi. Avec Stefano Ferrari, Orphée ; Maria Riccarda Wesseling, Eurydice ; Magali Léger, L’Amour. Chœur Les Eléments (chef de chœur : Jœl Suhubiette), Orchestre Le Cercle de l’Harmonie. Direction Jérémie Rhorer

Libéré de toutes contraintes scéniques, le plus populaire des opéras de Gluck ne laisse place qu’à l’interprétation musicale. Pas d’artifice, pas de remplissages, pas de machines infernales, pas d’autre inventivité que celle des protagonistes dans leur compréhension du texte. De ce côté-là, la représentation du Festival International d’Opéra Baroque de Beaune est exemplaire.

À l’instar des présentateurs de retransmissions télévisées lors des remises de récompenses musicales, théâtrales ou cinématographiques, on peut dire : «Et le vainqueur est… Gluck !» Quelle musique, quelle orchestration, quel sens de la couleur des mots, de l’intensité dramatique, du théâtre. Certes, il faut qu’un orchestre lui donne sens et que des solistes vocaux ou instrumentaux s’investissent dans leur rôle. L’exceptionnel concert de Beaune fait prendre conscience de l’enthousiasme et, tout à la fois, de l’envie de chacun de servir le compositeur. Et ce, à peine s’élèvent les premiers accents d’un Orphée pleurant la mort d’Eurydice. Remplaçant au pied levé l’Orphée de , le ténor italien offre un personnage d’une générosité et d’une ardeur peu commune. Quel désespoir dans son Eurydice, Eurydice… initial ! Quelle profondeur dans ce chant d’une masculinité bouleversante. Fi de l’amoureux transi, de la plainte théâtrale. C’est un homme qui pleure. Un homme qui crie. Un homme qui se révolte. Ainsi, il s’érige en maître du plateau, en maître de la musique. Passés les premiers instants de légère gêne à ses «r» roulés, à son français résonnant d’accents transalpins, la voix l’emporte sur le texte. Une voix charnue qui raconte le drame. Une voix d’homme sachant pourtant s’abandonner à des pianissimi d’une touchante beauté. s’empare de la musique de Gluck et du mythe d’Orphée pour en livrer des moments d’une rare splendeur et d’un profond dévouement à l’esprit de l’œuvre. Plus encore. Cette musique le transcende, l’emportant au point de lui jouer des tours quand, transporté par sa générosité artistique toute latine, il frôle la catastrophe dans des aigus qu’il redoute.

Derrière le ténor, un orchestre. Et quel orchestre ! Emmené par la verve et l’énergie de , il dessine la partition à force d’explosions et d’éclats colorés alternants avec de subites et magnifiques accalmies. Les sourires entendus entre musiciens confirment la parfaite complicité des pupitres. Exercice jubilatoire parfaitement dosé. Entre le Ballet des Furies et celui des Ombres heureuses, le miracle musical est permanent. On va jusqu’à regretter l’entracte en se disant qu’à la reprise, la tension bâtie tout au long de cette première partie ne se renouvellera plus.

C’est sans compter avec la présence de l’Eurydice de . Le visage éclairé d’un sourire rayonnant, son Cet asile aimable et tranquille, prélude avec un charme hiératique son duo d’amour avec Orphée retrouvé. La voix claire, la diction parfaite, la prosodie déclamée avec sensibilité et intelligence, la mezzo suisse étend son talent sur l’ensemble de l’orchestre et de ses collègues. Il semble même que Stefano Ferrari chante encore mieux qu’avant. Il semble encore plus investi dans son personnage. L’Amour de ne pouvait qu’être transporté par le climat éthéré qui se crée dans cette belle musique. Elle ne manque pas au rendez-vous, sa voix, sa diction, sa présence raffermissant la joie communicative de son sourire.

Étrangement, le Chœur Les Eléments semble ne pas être très à l’aise avec la langue de Voltaire. Si la musicalité ne peut être mise en cause même avec quelques légers décalages avec l’orchestre, la prononciation française de l’ensemble demeure souvent incompréhensible.

Reste que le public a réservé un triomphe à cette soirée. Bravos et nombreux rappels ont souligné la performance inspirée d’un dont la jeunesse et celle de son ensemble laisse entrevoir de forts beaux jours à la musique baroque de demain.

Crédit photographique : photo © Yannick Coupannec

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Beaune. Collégiale-Basilique Notre-Dame. 26-VII-2008. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, tragédie opéra en 3 actes (version française) sur un livret de Pierre-Louis Moline d’après Ranieri de’Calzabigi. Avec Stefano Ferrari, Orphée ; Maria Riccarda Wesseling, Eurydice ; Magali Léger, L’Amour. Chœur Les Eléments (chef de chœur : Jœl Suhubiette), Orchestre Le Cercle de l’Harmonie. Direction Jérémie Rhorer

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