Les Contes d’Offenbach

Festivals, La Scène, Opéra

Saint-Céré. Château de Castelnau-Bretenoux. 4-VIII-2008. Jacques Offenbach (1819-1880) : Les Contes d’Hoffmann, opéra en 3 actes sur un livret de Jules Barbier. Mise en scène : Olivier Desbordes ; décor et lumières : Patrice Gouron ; costumes : Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne. Avec : Andrea Giovannini, Hoffmann ; Isabelle Philippe, Olympia, Giulietta, Antonia, Stella ; Jean-Claude Sarragosse, Lindorf, Coppelius, Dr Miracle, Capitaine Dapertutto ; Sabine Garrone, Nicklausse, voix de la mère ; Eric Vignau, Frantz, Cochenille, Andrès, Pittichinaccio ; Christophe Lacassagne, Luther, Crespel ; Alain Herriau, Schlemil, Hermann ; Lionel Muzin, Spalanzani, Nathanaël. Chœur et Orchestre du Festival de Saint-Céré, direction : Dominique Trottein.

Festival de Saint-Céré 2008

C’est dans le cadre enchanteur du Château de Castelnau qu’est donnée cet été, avant de partir pour une grande tournée nationale, une production subtile des Contes d’Hoffman, signée . Cette production refuse de se contenter de la version la plus courante avec les récitatifs ajoutés et pose ainsi d’emblée de nombreuses questions. Monter les Contes, c’est d’abord se poser la question de la version de cet opéra inachevé. Le metteur en scène propose un retour aux sources littéraires : E. T. A. Hoffmann, mais aussi le Baudelaire des Fleurs du mal et des Petits poèmes en prose remplacent les récitatifs de Guiraud. Il conserve toutefois le «Scintille diamant» où brille Jean-Claude Sarragosse. Se pose également la question de l’ordre dans lequel seront évoquées les trois histoires d’amour d’Hoffmann. Au lieu de la plus courante succession des actes d’Olympia, d’Antonia et de Giulietta, succession qui permet une gradation depuis la jeune fille vers la courtisane, cette production rétablit l’ordre poupée, courtisane, cantatrice, faisant ainsi de l’acte d’Antonia le point culminant de l’œuvre. Car l’idée principale de la mise en scène est de mettre en évidence un parallèle entre le personnage d’Hoffmann et Offenbach qui «réussit ultimement dans l’acte d’Antonia à faire un opéra qui mène à une mort symbolique comme l’ultime effort qui est le sien !», explique le metteur en scène dans sa note d’intention. Passer du conte fantastique à la triste évocation de la vie du compositeur donne à ces Contes d’Offenbach une tonalité sombre, une saveur amère. La poupée n’explose pas mais, avec tous les autres, se moque d’Hoffmann / Offenbach à la fin du I, pas plus sage que la courtisane qui se joue de lui au II. Mis à part le héros, les personnages ont le visage poudré de blanc, ce sont des acteurs qui forment un monde en dehors duquel le poète est relégué et qui jouent avec dérision l’histoire d’Hoffmann. A la fin du II, Schlemil n’est pas mort lors du duel mélodramatique mais se relève en ricanant. Même Nicklausse ne semble plus tout uniformément du côté de son ami Hoffmann. Le choix des textes littéraires, l’isolement d’Hoffmann par rapport aux autres personnages – seuls Antonia et son père peuvent encore paraître innocents – installent une ambiance inquiétante et symboliste. Avec peu de moyens, l’équipe d’Opéra Eclaté monte magistralement l’ouvrage. Un seul élément de décor, une grande table, permet toutes les combinaisons, tandis que les lumières, costumes et maquillages (ces derniers dus à Pascale Fau) achèvent de nous transporter dans un monde imaginaire.

La distribution, majoritairement francophone, se distingue par son excellente prononciation. est un Hoffmann à la diction française très honorable. En dépit d’un timbre assez banal, il impose une incarnation réussie du poète, tout au long d’une représentation qu’il traverse sans s’économiser. Suivant les volontés du compositeur, une seule interprète joue les trois facettes de la femme. C’est qui relève le défi, avec brio. Sans ostentation dans le suraigu, elle parvient à renouveler le rôle souvent purement technique d’Olympia en jouant sur les variations, très personnelles et réussies. L’instrument a pris du corps, ce qui lui autorise une Giulietta charmeuse et une Antonia particulièrement émouvante. Jean-Claude Sarragosse endosse le costume du «méchant» de chaque acte et déploie un phrasé parfait et un timbre magnifique dans les passages chantés, ainsi qu’une incontestable autorité de comédien tout au long d’un ouvrage dont il semble tenir les rênes. complète efficacement ce quatuor de tête, en Luther sympathique mais surtout magnifique dans le rôle de Crespel. Le reste de la distribution se distingue plus par sa verve comique et sa cohésion de troupe que par des qualités purement vocales. Soulignons enfin l’excellente préparation du chœur et le rendu orchestral assez stupéfiant pour un orchestre réduit, mené avec conviction par , pour achever d’enchanter un public conquis par cette belle soirée musicale sous les étoiles.

Crédit photographique : photo © Festival de Saint-Céré

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