Mortelle randonnée

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Montreux. Auditorium Stravinski. 28-VIII-2008. Hector Berlioz (1803-1869) : Requiem op. 5. Joseph Kaiser, ténor. Orchestre de la Suisse Romande, Orchestre de la Tonhalle de Zurich, Schweizer Kammerchor (chef de chœur : Fritz Näf) direction musicale, Marek Janowski.

Festival de Musique Classique Montreux-Vevey 2008

En raison de l’importance des moyens orchestraux et choraux qu’elle nécessite, La Grande Messe des Morts de Berlioz est rarement présentée sur scène. Il faut rendre hommage au Festival de Musique Classique Montreux-Vevey et à son directeur artistique pour avoir osé mettre sur pied une aussi ambitieuse entreprise. Pour l’exécution de cette œuvre monumentale, il réussit la gageure de réunir pour la première fois de leur histoire, les deux phalanges orchestrales les plus renommées de Suisse, l’ et celui de la , soit plus deux cents instrumentistes et les plus de cent vingt exécutants du chœur mixte Schweizer Kammerchor. Devant cet imposant appareil musical, , le directeur musical de l’. Tout est prêt pour un moment d’exception. On va entendre ce qu’on va entendre !

Malheureusement, l’espace séparant l’ambition de la réalisation n’aura pu être totalement comblé. L’aventure de ce gigantesque ouvrage semble dépasser la stature artistique de . Prisonnier d’une direction trop conventionnelle, quand bien même précise, le chef allemand fait l’impasse sur l’exubérance berliozienne, sur sa folie et sur sa démesure légendaires. Restant dans une sagesse quasi helvétique, il n’arrive pas à transmettre la ferveur du texte berliozien. L’interprétation se cantonne alors dans une suite de pages musicales dépourvues de l’engagement spirituel qu’on attend de ce cérémonial funèbre et de l’esprit du Jugement dernier selon .

Dans les premiers mouvements de l’œuvre, l’équilibre des pupitres est souvent précaire, l’envahissante masse vocale du Schweizer Kammerchor couvrant l’orchestre. Des cordes, seuls les violoncelles et les contrebasses restent perceptibles quand le chœur ouvre les vannes. Pauvres violons qui ne peuvent faire apprécier leur belle sonorité d’ensemble qu’à de rares interludes orchestraux ! Adieu le charme des accompagnements si particuliers à cette partition. Ainsi fréquemment, chœur et orchestre se retrouvent noyés dans un brouet musical inconsistant. Il faut attendre les superbes explosions des cuivres (avec un des trombones-basse «cuivrant» à merveille) du Dies Irae pour que la partition s’anime et prenne du relief. Mais l’ensemble regagne bientôt sa mortelle randonnée lorsque ces instruments disposés dans la salle et sur le balcon se taisent.

C’est bien plus tard, à partir de l’Offertorium, qu’une meilleure balance s’établit entre le chœur et l’orchestre laissant enfin apparaître la richesse de la partition de Berlioz. Le Sanctus révèle la belle prestation du ténor . Partie vocale absolument homicide, il s’acquitte pourtant de sa difficile tâche avec une approche empreinte d’une grande sensibilité tranchant avec le peu d’implication noté jusqu’ici. Le réveil s’avère de courte durée puisque l’Agnus Dei final retrouve le chœur des hommes chantant sans conviction cette ultime louange à Dieu.

Crédit photographique : Yunus Durukan

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