Elīna Garanča, Marguerite de lumière

La Scène, Opéra, Opéras

Genève, Grand Théâtre. 14-X-2008. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, légende dramatique en quatre parties sur un livret du compositeur et de Almire Gandonnière. Mise en scène et lumières : Olivier Py ; décors et costumes : Pierre-André Weitz. Avec : Elīna Garanča, Marguerite ; Paul Groves, Faust ; Sir Willard White, Méphistophélès ; René Schirrer, Brander. Chœurs du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Ching-Lien Wu). Chœur Orpheus de Sofia (chef de chœur : Krim Maximov). Maîtrise du Conservatoire populaire de Genève (chef de chœur : Magali Dami et Serge Ilg). Orchestre de la Suisse romande, direction musicale : John Nelson.

La Damnation de Faust

En juin 2003, La Damnation de Faust d’ mis en scène par avait soulevé de violentes protestations du public genevois. Alors reçue par une bronca de protestataires aux cris de «De Py en pis!» et autres «Monsieur Blanchard, plus de Py à Genève!» par des spectateurs déjà perturbés par Les Contes d’Hoffmann que le metteur en scène français avait montré deux ans auparavant, cette reprise laissait craindre une nouvelle explosion de mécontentement. Il n’en a rien été. Au contraire, le spectacle a été très chaleureusement applaudi.

Un revirement à attribuer d’abord à la direction dynamique d’un particulièrement inspiré. On sait le chef américain à l’aise avec la musique de Berlioz. Survoltant l’, sa direction franche impose un rythme qui resserre cette suite de tableaux dans ses images scéniques essentielles. Surprenant parfois ses troupes, s’aventure dans des tempos qui génèrent quelques décalages entre la masse des chœurs et l’orchestre. D’autre part, en supprimant quelques images sans grande portée ou en insérant d’autres scènes de 2003 dans le contexte musical au lieu de les montrer en dehors du jeu orchestral, contribue avantageusement à l’allègement de son propos scénique. Ainsi, la très choquante scène de crucifixion du spectacle précédent semble plus «acceptable» parce qu’enchâssée dans le discours musical. Il n’en reste pas moins qu’à son habitude, se complait dans les clichés coutumiers à son imagerie scénique : grands murs de planches noires, rideaux de plastiques gris éclairés en transparences, danseurs nus armés d’ailes de carton sans oublier quelques inutiles échelles, l’accessoire traditionnel indispensable à toutes mises en scène branchées. Tout en se questionnant sur la signification profonde de montrer un chœur d’hommes vêtus de tutus blancs ou celui de ce tour de scène d’un tank porté à bout de bras par une douzaine d’éphèbes, on cède à la folle musique de Berlioz qui survole bienheureusement l’univers d’.

Dynamisés par la direction explosive de John Nelson, les chanteurs oublient la tristesse des décors pour offrir le meilleur de leur chant. Même si Faust apparaît trop jeune (maquillage ?) pour être un Faust déjà si blasé de son existence terrestre, le ténor américain (Faust) le campe d’une voix claire, même si non dépourvue de quelques stridences. Théâtralement, le Méphistophélès de la basse Sir est plus paternel que diabolique, cependant l’usure du temps ayant altéré sa voix, le grain qui en résulte ravive l’esprit du personnage. Emotionnellement il faut attendre (Marguerite) pour qu’enfin jaillisse la lumière de la noirceur du propos scénique. Alliant puissance vocale avec un chant magnifiquement articulé, la distribution genevoise trouve en elle l’interprète rêvée du rôle. Belle, sculpturale, habitant la scène dramatiquement sans gestes excessifs, sa présence scénique est superbement envahissante. S’il ne devait rester qu’un seul souvenir de ce spectacle, sans doute celui son «D’amour l’ardente flamme» transportant le spectateur hors du temps perdurerait. Dans l’espace de l’expression authentique d’un amour total.

Crédit photographique : (Marguerite) © GTG /Mario del Curto

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