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La Musique de Film a Cent Ans

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Il y a un siècle, treize à peine après l’invention du cinématographe, le musicien français Camille Saint-Saëns composait la première musique de film de l’histoire du Septième Art, L’Assassinat du Duc de Guise. La grand’messe annuelle des béophiles ne pouvait pas ignorer l’événement. C’est donc en grande pompe que le festival d’Auxerre a commémoré cent ans de musique pour l’image lors de sa neuvième édition.

IXe Festival International de Musique de Film

Il y a un siècle, treize à peine après l’invention du cinématographe, le musicien français composait la première musique de film de l’histoire du Septième Art, L’Assassinat du Duc de Guise. La grand’messe annuelle des béophiles ne pouvait pas ignorer l’événement. C’est donc en grande pompe que le festival d’Auxerre a commémoré cent ans de musique pour l’image lors de sa neuvième édition.

Pierre Richard, la muse des musiciens

L’illustre comédien français était présent cette année afin de présenter le film d’animation Mia et le Migou de Jacques Rémy Girerd, pour lequel il a prêté sa voix au personnage de Pedro. Il donnait également une conférence musicale en compagnie de Stéphane Lerouge le jeudi 13 novembre en fin d’après midi. A cette occasion, l’acteur de 74 ans est revenu sur son parcours de comédien, de réalisateur et de danseur, images à l’appui, en insistant plus particulièrement sur ce qui le lie depuis toujours à la musique (ses fils Christophe et Olivier sont d’ailleurs devenus musiciens). On apprend ainsi que la gestuelle burlesque de Pierre Richard a largement inspiré le compositeur lorsque celui-ci mettait en musique les films dont il était le personnage central (comme Le Grand Blond à la Chaussure Noire). L’acteur a pu également évoquer sa grande amitié avec François de Roubaix, dont le fils participait à la master-class SACEM et avec qui il n’a pourtant jamais collaboré. Pierre Richard se sentait si proche du compositeur du Samourai que lors de sa disparition tragique en 1975, il n’a pas pu écouter de musique pendant un an. La conférence s’est achevée avec un clip sur lequel ont collaboré le comédien et la jeune chanteuse thèque Iva Frülingova et une interprétation surprise des Malheurs d’Alfred par , pianiste de Ray Charles et compositeur du réalisateur Michel Gondry, avec et sans mouffles. Enfin, au Ciné Casino, avant que ne soit projeté le dernier film d’Etienne Chatillez, Agathe Clery, une comédie musicale ratée mettant en scène Valérie Lemercier (sortie 3 décembre), l’acteur a fait l’objet d’un vibrant et long hommage en images et en chansons. Une surprise que le comédien a su apprécier à sa juste valeur.

ou Comment et pourquoi l’habit ne fait pas le moine

La personnalité du compositeur est tout à fait à l’opposé de celle de Pierre Richard. Plus distant, cynique, parfois hautain voire même méprisant, le musicien britannique est particulièrement connu pour avoir composé la musique de la Leçon de Piano de Jane Campion. Pourtant cette partition néo-classique n’a jamais été aussi peu représentative du style minimaliste de Nyman, Inspirée par Mozart et Purcell, la musique du compositeur de Peter Greenaway (Meurtre dans un jardin anglais) semble austère et répétitive, presque rébarbative. Au fil des écoutes néanmoins celle-ci peut s’avérer jouissive. Après la master class SACEM, le concert que le musicien nous donne avec son ensemble vendredi soir au théâtre nous le démontre avec maestria. Le compositeur, qui est également pianiste a ainsi interprété son œuvre pendant près d’une heure avec une quinzaine de musiciens (parmi lesquels un bassiste). Nyman joue avec ses références, manipule des cellules rythmiques, déconstruit un quatuor et répète trois fois chacun de ses tronçons, comme si l’on avait affaire à un CD rayé, casse le rythme imposé, s’inspire des déphasages magnétiques (expérimentés par Reich dans City Life) … Une fois que l’on est entré dans le jeu, que l’on a repéré ces pirouettes d’écriture, la musique de Nyman se révèle sous un autre jour et l’on se surprend presque à rire pendant le concert ou à battre du pied avec une furieuse envie de danser. Un expérience à vivre au moins une fois.

Un siècle de musique de film

Pour le béophile, cette IXe édition a eu une importance toute particulière. Le dernier jour du Festival fut entièrement consacré à la célébration du Centenaire de la musique du film (au même moment à Paris, l’UCMF et la FFACE organisaient les Premières Journées Européennes de la Musique de Film à la Cité de la Musique). Au programme, une table ronde prestigieuse et un concert non moins prestigieux.

A 11 heures, Stéphane Lerouge avait donc convié trois compositeurs de renom, (Maigret, Lacenaire), (Le Patient Anglais, Azur et Asmar) et Patrick Doyle (Henry V, Harry Potter et la Coupe de Feu) afin de nous parler de leur métier. Ce sont peu ou prou les sujets habituels qui ont été abordés. Après une présentation rapide et en image de l’univers musical de chacun des invités, il a été question de leur relation avec les réalisateurs et de l’influence du temp track. La discussion est certes éclairante pour les néophytes mais a des airs de déjà-vu : les questions principales – les difficultés économiques que traversent le secteur et qui phagocytent l’avenir de la musique à l’image – semblent avoir été éludées. A la fin de la table ronde, a tenu à nous montrer un extrait de la musique du film Alexandre Nevsky, partition signée Serge Prokofiev. Un modèle dans le genre.

Quelques heures plus tard, on retrouve Laurent Petitgirard à la baguette de l’ pour un concert mémorable célébrant la musique de film. Le programme n’est pas forcément très original, il est même lacunaire – ce qui est compréhensible, mais être là, ce soir-là, anonymes et personnalités, afin de célébrer cet événement hors du commun, celui du Centenaire, afin d’honorer cette passion qui nous unit tous, c’est déjà une émotion sans pareille. L’orchestre s’en donne à cœur joie (malgré quelques couacs), Laurent Petitgirard, en nage, lâche un commentaire humoristique à chaque morceau. Devant la ministre de la culture Christine Albanel, les plus grands représentants de la musique de film se succèdent sur la scène : Claude Bolling, , Christian Gaubert, , Michael Nyman, et Patrick Doyle (qui se mêle au chœur icaunais afin de chanter Henry V) mettent ainsi la main à la pâte. Les larmes manquent de couler alors que s’achève la musique de Joyeux Noël et nous tressaillons tous d’excitation lorsque nous entendons les premières notes de Star Wars, partition on ne peut plus emblématique. L’émotion est à son comble – l’événement est exceptionnel – et le public applaudit à tout rompre.

Palmarès

Jury (présidé par Jacques Weber) : Marie Claude Arbaudie, Rémy Grumbach, Ludmila Mikaël, Jacques Davidovici, Delphine Chanéac Khaled Mouzanar.

Grand Prix du Festival : «Les ailes pourpres» de Matthew Aeberhad, Leander Ward, musique de The Cinématic Orchestra, sortie le 17 décembre 2008.

Prix spécial du Jury : «Un homme et son chien» de Francis Huster, musique de , sortie le 14 janvier 2009.

Le coup de cœur du jury : «Everything is fine» de Yves-Christian Fournier, Guillaume Vigneault, musique de Patrick Lavoie, sortie le 07 janvier 2009.

Clef des auditeurs : «Everything is fine» de Yves-Christian Fournier, Guillaume Vigneault, musique de Patrick Lavoie, sortie le 07 janvier 2009.

Prix du jury du public : «Everything is fine» de Yves-Christian Fournier, Guillaume Vigneault, musique de Patrick Lavoie, sortie le 07 janvier 2009.

On les a aperçu au Festival cette année :

, Jean-Michel Bernard, Claude Bolling, Delphine Chanéac, Etienne Chatillez, , Julie Debazac, Patrick Doyle, Christian Gaubert, Francis Huster, Francis Lai, Michael Nyman, Laurent Petitgirard, Etienne Perruchon, Pierre Richard, Philippe Rombi, Gabriel Yared, Jacques Weber …

Un grand merci aux organisateurs du festival.

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Il y a un siècle, treize à peine après l’invention du cinématographe, le musicien français Camille Saint-Saëns composait la première musique de film de l’histoire du Septième Art, L’Assassinat du Duc de Guise. La grand’messe annuelle des béophiles ne pouvait pas ignorer l’événement. C’est donc en grande pompe que le festival d’Auxerre a commémoré cent ans de musique pour l’image lors de sa neuvième édition.

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