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La Périchole à Lille, la revanche du théâtre sur l’opéra

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Lille. Opéra. 24-I-2009. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Bérangère Jannelle. Chorégraphe : Olivier Dubois. Décors : Stéphane Pauvret. Costumes : Laurence Chalou. Lumières : Christian Dubet. Avec : Stéphanie d’Oustrac, La Périchole ; Martial Defontaine, Piquillo ; Franck Leguérinel, Don Andrès de Ribeira ; Christian Tréguier, Comte Miguel de Panatellas ; Mathias Vidal, Don Pedro de Hinoyosa ; Karine Godefroy, Guadalena / Manuelita ; Cécile Galois, Berginella / Ninetta ; Julie Pasturaud, Mastrilla / Frasquinella / Barambilla ; Thierry Grobon, premier notaire ; Vincent Vantyghem, deuxième notaire ; Boris Alestchenkoff, le marquis de Tarapote / le vieux prisonnier ; Yves Vandenbussche, le geôlier ; Solen Henry, Anthony Lefebvre, David Coll Povedano, figurants acrobates. Chœur de l’Opéra de Lille (chef de chœur : Yves Parmentier), Orchestre National de Lille, direction : Jean-Claude Casadesus.

Après des Noces de Figaro exceptionnelles, l’Opéra de Lille remet le couvert avec une comédie qui fait la part belle au théâtre : la Périchole. Souvent donné pour sa conjugaison singulière du burlesque et du tragique, le sujet socio-politico-romanesque n’en demeure pas moins un prétexte.

En effet, les projecteurs ne semblent tournés ni vers la musique, ni vers l’intrigue, mais vers les acteurs. Dans un Pérou onirique, où le drame commence aussi ingénument qu’il finit, c’est l’intensité du duo La Périchole – Piquillo qui donne crédibilité au sujet (toujours l’amour). Le Vice-roi et toute la périphérie (chœur, gouverneur, gentilhomme, …), colorée, clinquante, cocasse, lui donnent l’attrait de la comédie. Sans leur talent de comédiens, sans une mise en scène efficace, point d’intérêt.

Cette dernière assied le drame dans un contexte très à propos : une dictature sud-américaine avec ses affiches de propagande, ses effluves de carnaval… qui trahissent parfaitement la tragédie sous le costume. Quelques figurants incongrus (éboueurs, balayeurs) et accessoires (transistor à roulettes de La Périchole) sont autant de rappels à la réalité dans ce monde fantasmé. Dans les moments les plus intimes, (air de la Lettre, tentative de suicide de Piquillo, retrouvailles dans la prison) le plateau s’obscurcit pour ne laisser place qu’à l’essentiel : le sentiment.

La distribution sert à merveille cette œuvre où les qualités vocales ne font pas tout. La présence scénique de Stéphanie d’Oustrac, déjà remarquée dans ce rôle, de (Piquillo) ou de (le Vice- roi) sont surprenants de naturel et de charisme. La première, revisite avec intelligence des airs qui tomberaient facilement dans la caricature («Je suis un peu grise…»), étoffant son personnage de la force charnelle de ses aigus. Les seconds, en Piquillo attendrissant et sanguin, et en Vice-roi nigaud fringant, apportent à leurs rôles autant de fraîcheur et d’aisance vocale. Mais les protagonistes secondaires sont aussi pour beaucoup dans la réussite de cette production, celle-ci comblant théâtralement les faiblesses de la partition.

Le chœur de l’opéra de Lille, étonnement homogène et dynamique, apparaît à l’aise dans ce répertoire, s’adaptant facilement à l’esprit comme au jeu de scène. C’est à l’orchestre qu’aura manqué le plus l’esprit festif, pétillant. Lyrique, oui, mais quelque peu lourdaud. A la vue de l’effervescence scénique, on ne doutera pas cependant qu’un soir ou l’autre, celle-ci descende dans la fosse.

Crédit photographique : (Piquillo) et Stéphanie d’Oustrac (La Périchole) ; (le Vice- roi), Stéphanie d’Oustrac (La Périchole) et (Piquillo) © Frédéric Iovino

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Lille. Opéra. 24-I-2009. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Périchole, opéra bouffe en trois actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Bérangère Jannelle. Chorégraphe : Olivier Dubois. Décors : Stéphane Pauvret. Costumes : Laurence Chalou. Lumières : Christian Dubet. Avec : Stéphanie d’Oustrac, La Périchole ; Martial Defontaine, Piquillo ; Franck Leguérinel, Don Andrès de Ribeira ; Christian Tréguier, Comte Miguel de Panatellas ; Mathias Vidal, Don Pedro de Hinoyosa ; Karine Godefroy, Guadalena / Manuelita ; Cécile Galois, Berginella / Ninetta ; Julie Pasturaud, Mastrilla / Frasquinella / Barambilla ; Thierry Grobon, premier notaire ; Vincent Vantyghem, deuxième notaire ; Boris Alestchenkoff, le marquis de Tarapote / le vieux prisonnier ; Yves Vandenbussche, le geôlier ; Solen Henry, Anthony Lefebvre, David Coll Povedano, figurants acrobates. Chœur de l’Opéra de Lille (chef de chœur : Yves Parmentier), Orchestre National de Lille, direction : Jean-Claude Casadesus.

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