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Andrea Chénier : tutta forza vers l’échafaud !

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 27-I-2009. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chénier, drame historique en quatre tableaux sur livret de Luigi Illica. Mise en scène : Jean-Louis Martinoty ; Décors : Bernard Arnould ; Costumes  : Daniel Ogier ; Lumières : Jean-Philippe Roy ; Chorégraphie : François Raffinot. Avec : Robert Dean Smith, Andrea Chénier ; Sergey Murzaev, Carlo Gérard ; Irene Cerboncini, Maddalena di Coigny ; Stefania Toczyska, La contessa di Coigny ; Maria José Montiel, Madelon ; Varduhi Abrahamyan, Bersi ; Emiliano Gonzalez Toro, il Abbate / Incredibile ; André Heybœr, Roucher ; Peter Edelmann, Fléville ; Daniel Djambazian, Mathieu ; Antoine Garcin, Fouquier-Tinville ; Erick Freulon, Dumas/Schmidt/Majordome. Chœur et Orchestre du Théâtre National du Capitole de Toulouse (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert), direction : Pinchas Steinberg.

Andrea Chenier

Etrange ouvrage que cet Andrea Chénier assez mal aimé et peu représenté en France ! Le sujet de la Terreur y est certainement pour quelque chose, dans l’horreur qu’elle impose. Mais le drame d’Illica a aussi ses faiblesses, mêlant peu harmonieusement un contexte historique complexe et des drames intimes. Le public met beaucoup de temps à s’attacher aux personnages et ce n’est que dans les deux derniers tableaux que l’émotion peut naître vraiment. En tout cas cette représentation très soignée est portée à bout de bras par un qui fait des miracles. La précision de sa direction est connue, de même que sa capacité à gérer de grandes masses orchestrales et chorales sans jamais couvrir les voix. Mais surtout ce soir, il arrive à galvaniser un Orchestre du Capitole en pleine forme pour tirer de la partition une progression dramatique irrésistible faisant oublier toutes les faiblesses de la partition. C’est vraiment grâce à lui que le succès est si important. Car si la distribution est sans reproches, elle est sans individualités sublimes. Les voix, pour les rôles de premier plan comme pour les plus petits rôles ont été choisies en raison de leur vaillance et de leur projection victorieuse. n’a pas l’italianité requise par ce rôle qui trouva en Corelli son incarnation. Le charme est bien discret chez ce poète, plus vaillant que sensible, plus révolté de principe que bouillonnant. L’héroïsme vocal d’Irene Cerboncini lui est bien apparié. Si le timbre n’est pas très séduisant, l’instrument impressionne sur toute la tessiture par sa sûreté. Il ne sera donc pas possible de rechercher la caractérisation de la jeune fille noble qui évoluera vers la maturité. Ainsi, l’émotion de la « Mama morta » est entièrement due à l’orchestre (ah ce violoncelle !). Mais l’engagement suicidaire final est enthousiasmant. Le chanteur le plus vivant est en Gérard, qui vit ses déchirements avec une grande intensité. Il rend son chant vivant prouvant que le volume d’une voix n’empêche pas musicalité, nuances et colorations. C’est également l’acteur le plus crédible. a une voix d’airain et un maintien aristocratique idéal. Elle est parfaite en Comtesse autoritaire ne comprenant pas les changements. Maria Josè Montiel obtient un beau succès en Madelon malgré une voix étrangement jeune, et un jeu conventionnel. La présence et l’engagement tant vocal que scénique d’André Heybœr le fait se détacher des seconds rôles avec un Roucher très attachant, au jeu particulièrement juste. Pour les autres rôles secondaires si importants, l’homogénéité des voix n’a fait démériter personne, tous vaillants.

Les décors utilisent les esquisses de David pour son célèbre tableau du serment du Jeu de Paume, on devine aussi une œuvre de Goya et la terrible liberté ou la mort de Raignaud avec une ombre terrifiante de la guillotine grandissante qui vient surplomber l’ode à la mort finale des amants.

Les interventions des chœurs apportent force et puissance au peuple qui semble faire avancer inexorablement un destin imprévisible. Là aussi puissance et vaillance sont privilégiés en accord avec le parti pris artistique.

La mise en scène est virtuose, précise dans le détail et l’ensemble est toujours très bien construit, pourtant l’avalanche de détails historique a tendance à nuire à la concentration. Il y a presque trop de références culturelles.

Les costumes sont dignes d’une collection de musée, à la vérité criante, illustrant au niveau vestimentaires, les changement politiques inouïs qui ont eu lieu en ces quelque années.

Cette production déjà donnée en 2008 à Nancy, a conquis le public du Capitole par sa cohésion.

Crédit photographique : © Patrice Nin

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 27-I-2009. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chénier, drame historique en quatre tableaux sur livret de Luigi Illica. Mise en scène : Jean-Louis Martinoty ; Décors : Bernard Arnould ; Costumes  : Daniel Ogier ; Lumières : Jean-Philippe Roy ; Chorégraphie : François Raffinot. Avec : Robert Dean Smith, Andrea Chénier ; Sergey Murzaev, Carlo Gérard ; Irene Cerboncini, Maddalena di Coigny ; Stefania Toczyska, La contessa di Coigny ; Maria José Montiel, Madelon ; Varduhi Abrahamyan, Bersi ; Emiliano Gonzalez Toro, il Abbate / Incredibile ; André Heybœr, Roucher ; Peter Edelmann, Fléville ; Daniel Djambazian, Mathieu ; Antoine Garcin, Fouquier-Tinville ; Erick Freulon, Dumas/Schmidt/Majordome. Chœur et Orchestre du Théâtre National du Capitole de Toulouse (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert), direction : Pinchas Steinberg.

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