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François-Xavier Roth, toujours plus loin !

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Metz, Arsenal. 13-II-2009 ; Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune ; Philippe Leroux (né en 1959) : De la disposition / hommage à György Ligeti (CM) ; Thierry Pécou (né en 1965) : Symphonie du Jaguar. Catherine Dune, Séverine Etienne-Maquaire, sopranos ; Irina De Baghi, Florence Barreau-Zuretti, mezzo-sopranos ; Andréa Hill, alto ; Ensemble Zellig ; Orchestre Philharmonique de Radio-France ; direction François-Xavier Roth.

Festival Présences 2009

Pour la seconde année consécutive, le festival Présences de Radio France nous convie à cinq week-ends – rappelons que tous les concerts sont gratuits ! – répartis sur l’ensemble de la saison 2008-2009 et continue à essaimer en région. Après Dijon, c’est la ville de Metz qui accueillait trois concerts – du 13 au 15 Février – dans la somptueuse salle de l’Arsenal dont la réussite acoustique en fait l’un des plus beaux modèles à l’égal du Musikverein de Vienne !

La programmation était centrée sur la personnalité de terminant une résidence de deux ans à l’Arsenal et à l’Orchestre National de Lorraine. Les deux créations orchestrales – De la disposition et L’unique trait de pinceau, concerto pour saxophone – interprétées par l’Orchestre Philharmonique de Radio-France et l’Orchestre National de Lorraine (soliste ) étaient des commandes respectives de Radio France et des institutions messines, les deux autres pièces pour ensemble – AAA et de la texture – étaient données le Dimanche 15 par l’.

Débuter le premier concert avec le Prélude à l’après midi d’un faune de Debussy était très judicieux – quoique toujours risqué – pour introduire à l’esthétique d’un compositeur qui fait du mouvement le centre de son travail d’écriture. Si l’on eût souhaité plus de fluidité dans l’arabesque inaugurale de la flûte soliste et plus d’homogénéité dans le tissu des cordes du «Philar», parvient à donner à cette musique son essentielle volupté et, pour paraphraser Mallarmé, nous fait ouïr toute la beauté qu’y souffle Debussy.

Moins énigmatique que certains de ses titres – PPP ou AAA dont lève le secret dans le passionnant livre d’entretiens que publient les éditions MF (Musique, une aire de jeux) à l’occasion des journées de Metz – de la disposition, emprunté à un terme de rhétorique, livre en quelque sorte le geste formel qui préside à la composition. Partant de 40 «formules» déjà inventées – dans son Concerto pour violon d’Aller de 1996 – Leroux imagine diverses trajectoires sonores nées de la juxtaposition de ces figures en animation : Une manière de work in progress qui consiste pour lui «à réaliser de nouvelles expériences avec les mêmes matériaux». Aventureuse, risquée et éminemment personnelle («je n’ai jamais réussi à écrire autre chose que ma propre musique…» avoue-t-il), l’écriture de Leroux nous invite à «ouvrir l’oreille», comme le préconisait son maître , à de nouvelles morphologies sonores qu’il modèle à son désir. Les trois mouvements de cette création en hommage à Ligeti, trouveur de génie auquel Leroux emboîte le pas, nous font entendre l’orchestre autrement, sous des rais de lumière singuliers projetés par l’harmonie (1er mouvement), traversé de courants énergétiques (second mouvement) ou générant des textures inouïes, lisses ou en aspérités : éblouissant !

L’entr’acte aidant, nous basculions dans un autre monde avec la Symphonie du Jaguar (2002) de donnée par les membres du Philharmonique et l’ augmenté d’un petit chœur de femmes, le tout puissamment supervisé par . Cette œuvre fleuve (40 minutes) en quatre épisodes nous immerge dans le rituel Maya où s’affrontent les forces obscures de la nuit et le monde visible et solaire. Dans les notes de programme, Pécou nous apprend que, pour les Mayas de l’époque classique, le jaguar est un symbole lié à l’inframonde : «Kin se régénère dans son aspect d’astre du jour et sous la forme d’un jaguar rouge dans sa course vers les entrailles». Comme chez Varèse convoquant lui aussi le rituel Maya dans Ecuatorial, l’œuvre de Pécou saisit par la violence tribale de son surgissement (luxuriance des couleurs de l’orchestre, énergie sauvage du rythme) qui n’exclut pas une certaine naïveté. Mais l’évocation est toujours nourrie d’une imagination féconde – les chœurs «préraphaélites» du dernier mouvement sont de toute beauté – qui porte l’œuvre sans faiblir jusqu’à ces appels lancés dans les cinq directions par la clarinette et le trombone, pavillon en l’air, achevant l’œuvre dans une jubilation cosmique.

Crédit photographique : François-Xavier Roth © Gregoire Pont

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Metz, Arsenal. 13-II-2009 ; Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune ; Philippe Leroux (né en 1959) : De la disposition / hommage à György Ligeti (CM) ; Thierry Pécou (né en 1965) : Symphonie du Jaguar. Catherine Dune, Séverine Etienne-Maquaire, sopranos ; Irina De Baghi, Florence Barreau-Zuretti, mezzo-sopranos ; Andréa Hill, alto ; Ensemble Zellig ; Orchestre Philharmonique de Radio-France ; direction François-Xavier Roth.

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