La Scène, Opéra, Opéras

Lady Sarashina de Péter Eötvös, tension extatique

Plus de détails

Paris, Opéra-Comique. 14-II-2009. Péter Eötvös (né en 1944) : Lady Sarashina, opéra en 9 scènes sur un livret de Mari Mezei. Mise en scène et chorégraphie : Ushio Amagatsu ; décors : Natsuyuki Nakanishi ; costumes, maquillages et coiffures : Masatomo Ota ; lumières : Yukiko Yushimoto ; Avec : Mary Plazas, Lady Sarashina ; Ilse Eerens, Salome Kammer, Peter Bording, trio vocal. Orchestre de l’Opéra National de Lyon, direction : Péter Eötvös

La collaboration avec pour Trois sœurs a été un succès. Idem pour Mari Mezei, librettiste (et épouse de ) de Angels in America. Quoi de plus naturel que de les réunir pour Lady Sarashina, opéra créé avec succès l’année passée à Lyon. La magie du spectacle n’a rien perdu dans les rouges et ors de l’Opéra-Comique.

Lady Sarashina frappe par son homogénéité. La mise en scène d’ semble indissociable de la musique de . Pour illustrer ce conte lyrique d’après le récit anonyme Journal de Sarashina (XIe siècle) une chanteuse principale, Lady Sarashina, se remémore son passé joué par trois autres chanteurs qui alternent les rôles. Ceux-ci sont vêtus d’ingénieux costumes faits d’étoffes superposées qu’ils baissent ou lèvent selon le personnage joué. Chacun des chanteurs possède une gestique précise, presque chorégraphiée, qui sert à l’identification. Tout est dans le symbole, le geste, la position, jusque dans le décor, épuré à l’extrême, épure accentuée par de subtils jeux de lumières. L’émotion est toujours présente, en suspens, en une sorte d’extatisme insupportable de tensions.

Les quatre chanteurs sur scène se plient volontiers à ce jeu entre le kabuki par ses poses stylisées et le nô par son statisme. Vocalement, on frôle l’excellence. remplace avec brio , créatrice du rôle. , et reprennent leurs mêmes parties qu’à Lyon, avec autant de maestria et de professionnalisme, passant d’une émission vocale «traditionnelle» à un chant amplifié par micros (à des fins expressives) avec naturel.

L’excellence de cette soirée ne serait rien sans la partition de Péter Eötvös, aux lignes vocales souples et à l’instrumentation raffinée. La référence au gagaku, cette musique japonaise de l’immobile, est évidente. Chaque scène possède sa caractéristique musicale, tant dans l’instrumentation que dans la vocalité. Le compositeur, au pupitre, a envoûté un public nombreux et enthousiaste (dont Pierre Boulez) en portant aux nues un Orchestre de l’Opéra de Lyon chauffé à blanc.

Ce spectacle, primé par le Syndicat Professionnel de la critique de théâtre, musique et danse, gagnerait à être immortalisé en DVD ou VOD. L’appel est lancé…

Crédit photographique : (Lady Sarashina) ; , , © Pierre Grosbois

Plus de détails

Paris, Opéra-Comique. 14-II-2009. Péter Eötvös (né en 1944) : Lady Sarashina, opéra en 9 scènes sur un livret de Mari Mezei. Mise en scène et chorégraphie : Ushio Amagatsu ; décors : Natsuyuki Nakanishi ; costumes, maquillages et coiffures : Masatomo Ota ; lumières : Yukiko Yushimoto ; Avec : Mary Plazas, Lady Sarashina ; Ilse Eerens, Salome Kammer, Peter Bording, trio vocal. Orchestre de l’Opéra National de Lyon, direction : Péter Eötvös

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.