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Un Ballo in Maschera vocalement lumineux, scéniquement noir

La Scène, Opéra, Opéras

Berne, Stadttheater. 01-III-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un ballo in maschera, mélodrame en trois actes sur un livret d’Antonio Somma. Mise en scène : Wolf Widder. Décors et costumes : Christoph Wagenknecht. Avec : Felipe Rojas, Riccardo ; Gabriela Georgieva, Amelia ; Davide Damiani, Renato ; Monica Minarelli, Ulrica ; Diana Tomsche, Oscar ; Yvaylo Yvanov, Silvano ; Michael Lebundgut, Samuel ; Pier Dalas, Tom ; Mariusz Chrzanowski, il Giudice ; Rolf Schneider, il Servitore di Amelia. Chœur et Chœur complémentaire du Stadttheater Bern (chef de chœur : Alexander Martin), Berner Symphonieorchester, direction : Srboljub Dinić.

Si les enjeux de l’opéra sont presque toujours ceux qui régissent les pires défauts de l’humanité (Régicide, infanticide, vilenie, jalousie, et on en passe !) faut-il pour autant toujours les raconter avec des espaces scéniques noirs peuplés de soldatesques fascisantes ? Un choix scénique semble prendre le pas sur les roulottes des années passées, les échelles d’il y a quelque temps et les tubes néon de l’an dernier, accessoires chers à la vindicte de l’écrivain dans son essai La Malscène paru en 2005. C’est pourtant celui suivi par dans cette production bernoise de Un Ballo in Maschera de . C’est donc sur un plateau brillant noir, des parois noires et un fond de scène de colonnes noires que toute l’intrigue se déroule. Pas un accessoire, pas un meuble, seuls des personnages vêtus de noir (évidemment !) sensés habiter l’intrigue avec leur présence et leurs voix. Si l’idée de donner à la voix la volonté d’expression unique des personnages est hautement louable en soi, les artistes de la scène bernoise ne possèdent malheureusement pas le charisme nécessaire à cette tâche. Décontenancés par la pauvreté de mise en scène, jamais ils n’apparaissent concernés par l’intrigue. Alors, on chante face public. Comme un concert costumé.

Heureusement, la noirceur des scènes trouve sa lumière dans l’excellente qualité vocale des interprètes. Ainsi, grâce à sa voix admirablement homogène, à ses aigus claironnants, l’Amelia de la soprano bulgare se profile en femme consciente de son amour coupable. Elle est si convaincante dans l’expression de ses sentiments que les limites qu’elle impose à son jeu scénique n’est aucunement déphasé avec le propos de l’intrigue. Même si le ténor (Riccardo) n’atteint pas des sommets, son engagement vocal répond agréablement aux besoins du rôle. S’épanouissant au fur et à mesure que la soirée, il atteint son meilleur niveau dès le deuxième acte pour offrir un très émouvant duo d’amour avec Amelia. De son côté, le baryton (Renato) apparaît très à l’aise. La voix splendidement ouverte, son «Eri tu» du second acte est un moment d’intense émotion. L’Oscar de Diana Tomsche est plaisant, mais la voix manque malheureusement de puissance pour s’ériger au niveau de ses collègues. Bonne comédienne, elle crédibilise son personnage de garçon espiègle en se mouvant avec agilité sur la morne scène des autres protagonistes. Est-ce nécessaire de l’affubler d’ailes noires dans le dernier acte, pour expliquer au spectateur qu’un drame se prépare et qu’Oscar en est le mauvais augure ? De son côté, la mezzo brille dans l’interprétation d’une Ulrica impressionnante. Faisant preuve d’une parfaite préparation vocale, elle délivre un personnage de feu.

Dans la fosse, le manque grandement de rigueur et se laisse aller à de fréquents décalages que le chef peine à remettre en place. Vêtus de costumes totalement ridicules (même sous le fascisme, le goût italien des belles choses ne pouvait être aussi caricatural qu’ici), le chœur du Stadttheater de Berne souvent en décalage avec l’orchestre fait une piètre démonstration de ses capacités. A sa décharge, le grotesque ballet que le metteur en scène lui fait danser n’est pas pour les alléger dans l’expression vocale.

Crédit photographique : (Riccardo), (Amelia) ; (Renato) © Stadttheater/Philipp Zinniker.

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