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Idomeneo à Munich, pour les ténors uniquement

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Idomeneo. Mise en scène : Dieter Dorn ; costumes et décors : Jürgen Rose ; lumières : Tobias Löffler. Avec : John Mark Ainsley, Idomeneo ; Pavol Breslik, Idamante ; Juliane Banse, Ilia ; Annette Dasch, Elettra ; Rainer Trost, Arbace ; Guy de Mey, Il gran Sacerdote ; Steven Humes, La Voce. Chor und Extrachor der Bayerischen Staatsoper (chef de chœur : Andrés Maspero) ; Bayerisches Staatsorchester, direction : Kent Nagano. Réalisation télévisée : Brian Large. 2 DVD EuroArts 2072448. Enregistré au Théâtre Cuvilliés de Munich, 11 et 14 juin 2008. Sous-titrage en anglais, français, allemand, italien et espagnol. NTSC 16/9, son PCM Stéreo, DD 5. 1, DTS 5. 1. Toutes zones. 176’. Code barre : 880242724489

 

Après quatre ans de travaux de restauration, le Théâtre Cuvilliés de Munich, petit opéra rococo de 520 places, donnait pour sa réouverture Idomeneo, re di Creta de Mozart, choix évident puisque la création de cet opera seria eut lieu dans ce théâtre, le 29 janvier 1781. présente une scénographie très épurée. Le plateau est nu, grand espace froid en contraste avec les ors de la salle, pour représenter un lieu assez indéfini. Un peu comme chez Luc Bondy, où les prisonniers troyens ressemblent à des réfugiés rescapés d’un des grands conflits du XXe siècle. Dans un univers entre science-fiction et antiquité asiatique, montre la situation impossible d’un roi, n’importe quel roi, partagé entre sa promesse au dieu et l’amour qu’il porte à son fils. Mais la mythologie grecque n’est jamais bien loin, rappellée par une tête de cheval de Troie au II, ou par les ombres qui obsèdent Elettra. Celles-ci sont représentées sur scène durant ses airs. Pendant le «Tutto nel cor», le décor s’ouvre derrière la princesse pour laisser apparaître des fantômes sanguinolents. Des Furies au masculin persécutent la fille d’Agamemenon tandis qu’elle chante l’aria «D’Oreste, d’Aiace».

Soirée prestigieuse et distribution prometteuse pour un résultat tout de même imparfait. La déception vient tout d’abord de , dont l’émission peu raffinée et lourde ne convient pas au personnage d’Ilia. possède un format impressionnant – toujours utile pour une Elettra – mais pas toujours parfaitement maîtrisé. Les deux personnages féminins sont en revanche scéniquement intéressants et bien distingués, même si la princesse troyenne, comme la grecque, n’ont pas beaucoup de classe. Mais ces choix de jeu sont peut-être plus ceux du metteur en scène. Il représente les interactions entre les personnages et leurs affects avec justesse, mais choisit aussi de désacraliser l’intrigue mythologique et ses personnages, par exemple avec une Elettra qui s’asperge consciencieusement de parfum pour séduire Idamante («Idol mio»). Bien plus satisfaisant est le plateau masculin. vocalise à merveille, ravit par une voix solaire et mozartienne, même s’il reste parfois un peu gauche, ce que ne pardonne pas la captation vidéo. Celle-ci ne masque pas son regard qui cherche souvent le chef… est tout aussi à sa place en Arbace, même si la voix est peut-être moins égale que par le passé. Le rôle d’Idomeneo est bien servi par  : la voix est homogène, la vocalise aisée et l’acteur se glisse avec aisance dans la direction d’acteurs, parfois un peu grosse, mais au moins très lisible, de . Avec en grand prêtre, ces quatre ténors bien chantants et stylés justifient à eux seuls un enregistrement, qui pêche par ailleurs dans la fosse.

Car la déception vient surtout de , chef que l’on a tant admiré dans d’autres répertoires, et qui semble aujourd’hui bien peu à sa place avec Mozart. Il joue l’opéra mozartien comme on l’interprétait il y a trente ans, alors que l’on aurait aimé, dans le théâtre même de sa création, retrouver les couleurs orchestrales chatoyantes d’Idomeneo et non ce discours romantique dépassé et ces phrasés monotones et monochromes. Et le chœur au chant plutôt grossier et aux solistes insuffisants n’est pas là pour nous réconcilier avec les forces musicales employées pour ce spectacle.

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