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D’Aperghis à Xenakis, dialogues multiples

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Paris, Cité de la Musique. 28-IV-2009. Iannis Xenakis (1922-2001) : Phlegra ; Rebonds. Georges Aperghis (né en 1945) : Pièce pour douze ; Heysel ; Happiness Daily (création mondiale, commande de l’Ensemble Intercontemporain). Donatienne Michel-Dansac, soprano ; Marianne Pousseur, mezzo-soprano ; Gilles Durot, percussions. Ensemble Intercontemporain, direction : Ludovic Morlot

Le style de la production vocale de se signale par sa transversalité, entre théâtre et musique, qui lui confère toujours un caractère profondément original. Il en est ainsi de sa dernière création, Happiness Daily, pour deux chanteuses et ensemble, fondée sur un livret empruntant aux «petits riens» que l’on s’échange à la sauvette, au quotidien, et qu’Aperghis traite comme autant d’objets trouvés.

D’un seul tenant, l’œuvre juxtapose plusieurs séquences dramatiques, sans lien entre elles, avortées dès qu’un semblant de narration a été exposé. Car ce ne sont pas tant les situations en elles-mêmes qui semblent intéresser le compositeur que ce qu’elles nous disent de la vie en général. Sous des dehors volontiers absurdes (on pense au théâtre de Beckett et d’Ionesco), ce Caquet des Femmes moderne nous renvoie en effet à notre propre expérience de la communication, où l’apparente banalité du propos peut à tout moment révéler ce que nous avons de plus intime, nos joies, nos drames, nos attentes comme nos déceptions.

Sur un plan musical, ces dialogues multiples permettent à Aperghis d’explorer les possibilités du style concertant, par l’opposition ou la complémentarité entre les deux solistes et l’ensemble instrumental. Comme de juste, la partition est d’une grande virtuosité dont se jouent les interprètes, et , soutenues par un Intercontemporain impeccable. Tout cela respire un bonheur communicatif et nombreux sont les moments où affleure l’émotion, d’autant plus intense qu’elle n’est jamais rendue de façon outrancière. Le seul point faible de l’œuvre réside à notre sens dans ses dernières pages. Alors que le dialogue se disloque en une atmosphère onirique, le livret introduit dans la réplique finale «je suis déjà loin» une dimension spatiale qui affaiblit d’autant plus la portée universelle du message qu’elle renforce l’aspect dramatique de la pièce, qu’Aperghis avait habilement évité jusqu’alors.

Cette création était précédée d’une première partie entièrement instrumentale, qui faisait dialoguer de manière intéressante les deux esthétiques opposées de Xenakis et d’Aperghis. Malgré la qualité intrinsèque des pièces, force est de constater que le tout manquait de liant, et se trouvait de fait relégué au rang de simple faire-valoir, tant de la création à venir que des talents des solistes de l’ensemble. On remarquera à ce titre l’interprétation inspirée des très telluriques Rebonds de Xenakis par , ainsi que la cadence hallucinée des deux cors dans la partie centrale de Pièce pour douze d’Aperghis, exécutée avec brio par et , deux moments chaleureusement salués.

Crédit photographique : © DR

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Paris, Cité de la Musique. 28-IV-2009. Iannis Xenakis (1922-2001) : Phlegra ; Rebonds. Georges Aperghis (né en 1945) : Pièce pour douze ; Heysel ; Happiness Daily (création mondiale, commande de l’Ensemble Intercontemporain). Donatienne Michel-Dansac, soprano ; Marianne Pousseur, mezzo-soprano ; Gilles Durot, percussions. Ensemble Intercontemporain, direction : Ludovic Morlot

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