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Katia et Marielle Labèque, si l’adjectif « complémentaire » a un sens…

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Avignon. Opéra-théâtre. 12-V-2009. Claude Debussy (1862-1918) : En Blanc et Noir. Franz Schubert (1797-1828) : Fantaisie en fa mineur D940. Maurice Ravel (1875-1837) : Ma mère l’Oye ; Rhapsodie espagnole. Katia et Marielle Labèque, pianos

Si l’adjectif «complémentaire» a un sens, c’est bien ici. Ne craignons pas de tomber dans la banalité et la répétition, tellement , depuis tant d’années, demeurent égales à elles-mêmes, c’est-à-dire excellentes.

D’une excellence sereine, évidente. Leur incontestable virtuosité est nourrie d’une sensibilité délicate, d’une maturité qui n’a rien à voir avec l’état-civil, et leur interprétation vibre sans cesse d’une complicité presque palpable, comme lorsque Katia, sur un même clavier, épouse parfois les ondulations de sa sœur, se lovant contre son épaule.

Le programme de la soirée était celui, à une œuvre près (Ma mère l’Oye au lieu d’Eric Satie), celui d’un récital de décembre 2007 au Théâtre des Champs-Elysées.

La Sonate en ré majeur KV 448 de Mozart initialement prévue au programme, a été remplacée au dernier moment – Katia souffrant d’une tendinite – par En Blanc et Noir de  ; composée en 1915, celle-ci est l’antépénultième de ses vingt-et-une compositions pour piano(s), et l’une de ses quatre œuvres pour deux pianos et quatre mains. La Fantaisie de Schubert est la plus connue de son répertoire pour quatre mains, répertoire limité parce que réservé à des réunions amicales. Ecrite l’année même de la mort de Schubert, à 31 ans, elle fut créée par le compositeur en personne. Les deux œuvres de Ravel, enfin, sont toutes deux de 1908, année prolifique pour le compositeur. La version pianistique de Ma mère L’Oye fut chronologiquement la première, suivie des versions orchestrée puis chorégraphiée ; composée originellement pour des mains d’enfants (du moins le premier tableau Pavane de la Belle au bois dormant), elle n’est pourtant pas exempte de difficultés, dans les modulations, les variations de tempi…

Les deux sœurs avaient attiré sur leurs noms un public bien plus nombreux que les habitués de la musique de chambre. Il n’a pas été déçu. Elégance du toucher, délicatesse de l’émotion, force de l’expression… Katia en rouge, Marielle en bleu ont été parfaites, et leur interprétation était digne des meilleurs enregistrements studio. Mais elles n’ont pas manqué d’offrir aussi ce que l’on attendait d’elles : le spectacle de leur différence, de la fougue parfois facétieuse de l’une, de ses martèlements sur le clavier, et de la retenue toute frémissante de l’autre.

Complémentaires, oui… mais voilà qu’un doute affreux nous saisit : et si Katia et Marielle faisaient semblant d’être si différentes, si elles exagéraient leur dissemblance, si cette opposition entre elles – métaphoriquement suggérée par le Blanc/noir de Debussy – n’était pour l’une et l’autre qu’un rôle de composition ?

Mais non. Nous voilà pleinement rassurés quand elles quittent leurs claviers et qu’elles saluent longuement, après Ravel, puis après le premier, puis le deuxième, puis le troisième rappel. Elles sont simples, authentiques, vraies dans leur émotion, tout comme se révèle, physiquement perceptible, leur complicité dans leurs mains unies. C’est alors que l’on ne voit plus leur différence, que l’on n’entend plus a posteriori que leur irréprochable harmonie. Oui, si l’adjectif «complémentaire» a un sens…

Crédit photographique : © Janet Johnson

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