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Ezio de Haendel : Veronica triomphante !

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 14-XI-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1750) : Ezio, opéra en 3 actes sur un livret de Pietro Metastasio. Version de concert. Avec : Veronica Cangemi, Fulvia ; Kristina Hammarstrœm, Onoria ; Lawrence Zazzo, Ezio ; Sonia Prina, Valentiniano ; Antonio Abete, Varo ; Vittorio Prato, Massimo. Kammerorchesterbasel, direction : Attilio Cremonesi

Disons le d’emblée Ezio n’est pas de la meilleure plume de , il connut à sa création un échec cuisant (5 représentations seulement), pourtant depuis quelque temps il jouit d’un regain de vitalité : outre le concert de ce soir en tournée (donné aussi au Festival de Montpellier de cet été), signalons la parution discographique et la tournée de concerts par le chef ainsi qu’une production scénique à Schwetzingen avec diffusion télévisée, et une reprise vocalement améliorée à Bonn. Il faut dire que l’œuvre réserve tout de même quelques grands moments, notamment parmi les airs virtuoses de Varo et de Fulvia. D’ailleurs l’intrigue tourne essentiellement autour de cette dernière, déchirée par des sentiments contraires vis à vis de son père et contrainte de simuler un faux amour pour l’empereur Valentiniano au grand dam de son amant Ezio.

Et ce personnage méritait une brillante interprète, ici en la personne de la soprano argentine qui a déployé une palette infinie de sentiments pour faire de chacun de ses airs un moment unique : meurtrie dans «Caro padre», déterminée dans l’air au rythme effréné «La mia costanza», tendre à souhait dans le sublime et poétique «Finchè un zeffiro» et enfin déchirante dans la folie contenue de l’air «Ah non son io che parlo». En grande professionnelle et avec un rare raffinement, elle sait exactement quand et comment faire mouche auprès du public et ainsi lui faire retenir son souffle lorsqu’elle décoche par exemple ses notes aigues suspendues, de toute beauté, portant l’émotion à son paroxysme, tout en sachant lui faire oublier un bas médium bien rêche et parfois une sur-articulation du texte qui pourrait agacer. En cette soirée elle est la grande triomphatrice ! Son partenaire Ezio, interprété par le contre-ténor américain n’est pas en reste, et tous deux semblent former un couple vocalement idéal, même privés de duos. Il dresse le portrait d’un amant amoureux, tendre «Pensa a serbarmi, oh cara» et fort à la fois «Se fedele» au travers d’une partition étonnamment élégiaque, ici point d’air héroïque, ce qui convient particulièrement bien à sa voix veloutée, ronde et sonore. Il faut aussi saluer son investissement scénique rendant les récitatifs vivants et crédibles, ces éléments cumulés nous faisant complètement oublier une voix qui pourrait paraître bien féminine avec bon nombre de ses collègues contre-ténors.

Dans les autres rôles il faut saluer le beau mezzo chaud et coloré de Kristina Hammarstrœm qui insuffle à la sœur de Valentiniano, Onoria une grâce et une noblesse inattendues dans des pages qui ne lui permettent pourtant à aucun moment de véritablement briller (à noter qu’elle vient d’enregistrer le rôle titre de Giulio Cesare de Haendel). (qui a enregistré le rôle) incarne un empereur Valentiniano viril et valeureux même si elle a tendance à grossir le trait jusqu’à la limite de la caricature parfois. Le père de Fulvia, Massimo, normalement dévolu à la voix de ténor est chanté ici par un baryton-basse. Alors hérésie ? Pas vraiment quand on sait que bon nombre d’airs de ténors haendéliens étaient en fait des airs écrits à l’époque pour des voix dites de «baryténor», alors c’est peut être un mal pour un bien. Résultat, un chant parfois tendu «Se povero il ruscello» et des hésitations mais finalement une voix souple et riche qui convient assez bien aux autres airs, l’interprète leur conférant davantage d’autorité patriarcale que ne l’aurait peut être fait un ténor ainsi qu’une certaine noirceur dans un rôle de conspirateur et de lâche «assassin». Reste le cas du baryton-basse , qui affronte des pages redoutables et cousues main pour la grande basse Montagnana, qu’il «assassine» véritablement en les tournant au ridicule avec une voix inadaptée : de type basse bouffe (parfait dans le rôle d’Elviro dans Serse) ici il oublie qu’il chante un rôle d’opéra seria ! Voix poussive, vocalises scandées, timbre vieillot et nasillard. Un vrai calvaire !

A part cette erreur de distribution, ces trois heures de musique n’ont à aucun moment frisé l’ennui, menées d’une main à la fois ferme et souple par le chef italien à la tête d’un Orchestre de Chambre de Bâle très en forme, sonore et bien fourni (pour une fois il n’a pas été sacrifié à l’économie comme c’est si souvent le cas), avec des tempi idéalement adaptés à chaque situation.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 14-XI-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1750) : Ezio, opéra en 3 actes sur un livret de Pietro Metastasio. Version de concert. Avec : Veronica Cangemi, Fulvia ; Kristina Hammarstrœm, Onoria ; Lawrence Zazzo, Ezio ; Sonia Prina, Valentiniano ; Antonio Abete, Varo ; Vittorio Prato, Massimo. Kammerorchesterbasel, direction : Attilio Cremonesi

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