Enchanteresses Saisons

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Lyon. Auditorium Maurice Ravel. 23-XI-2009. Joseph Haydn (1732-1809) : Die Jahreszeiten. Rebecca Evans, Hanne ; James Gilchrist, Lucas ; Matthew Rose, Simon. Monteverdi Choir, Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction : John Eliot Gardiner

C’est une standing ovation qui a salué le retour en terre lyonnaise de , directeur musical de l’Opéra de 1983 à 1988, au terme de cette interprétation mémorable des Saisons de Haydn. Hormis un passage par Ambronay (« Bach Cantata Pilgrimage » avec The English Baroque Soloists), le chef anglais s’était fait plutôt rare dans la région alors que nul n’a oublié les superbes Chabrier, Gluck et Debussy montés avec Pierre Strosser ou Louis Erlo. A l’époque musicien en pleine ascension, il est aujourd’hui un maître-d’œuvre souverain, doublé d’un philologue et d’un musicologue avertis… sa curiosité proverbiale n’étant plus à démontrer.

C’est en compagnie de « son » que Gardiner apportait sa pierre à l’édifice des commémorations Haydn en proposant une lecture idéale du second chef d’œuvre du compositeur dans le domaine de l’oratorio, après La Création. Emphatiques et parfois ennuyeuses dans la version Böhm (un classique pourtant, DG), irrésistibles chez Jacobs (HM) et Harnoncourt (Warner) -nonobstant quelques maniérismes – Les Saisons déploient sous cette baguette si souple des trésors de naturel et d’intelligibilité, de musicalité et d’équilibre.

En parfait connaisseur du langage du XVIIIème finissant, Sir John Eliot recherche la fluidité narrative, tout en accusant subtilement les contrastes atmosphériques pour caractériser chaque saison. Contrairement à certains de ses collègues, il ne tombe jamais dans la sur-interprétation (Haydn est-il si visionnaire que cela?) ni dans l’exagération « rustique » et pastorale (on n’est pas dans Carmina Burana non plus!). Pour ne rien gâcher – bien qu’il existe écrin acoustique plus confortable que l’Auditorium – l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique renoue avec les grandes heures de ses Berlioz parisiens (Les Troyens !) : des violons incisifs et fruités, aussi homogènes qu’un chant de cigale sous le ciel provençal, des bois enjôleurs, bruissant de couleurs et de vie et des cors séduisants en diable (impérieux comme il se doit dans la redoutable seconde chasse de l’automne). C’est aussi beau et précis qu’une calligraphie chinoise. Comment un tel orchestre aurait-il pu échouer à réconcilier Anciens et Modernes en son temps ?

Le est l’évidence même, une moisson de blés d’or. Au delà de la beauté plastique de ses interventions, quel allant, quel juvénilité, quelle subtilité ! Et ce pupitre de sopranos, cristallin et lumineux, dans le chœur des fileuses ! Si l’on voulait pinailler, c’est aux chanteurs que l’on s’en prendrait – l’un des points faibles des concerts Gardiner. Le timbre un peu durci, souvent affectée, Rebecca Evans n’est pas l’Hanne de nos rêves, et l’on eût préféré entendre Sophie Karthauser programmée lors des concerts luxembourgeois. , impressionnant d’autorité vocale dans les récitatifs se montre plus banal dans les airs. Formidable musicien, est un Lucas millésimé, à l’éloquence de « récitaliste ».

Mais tout cela n’est que broutilles, la grande triomphatrice de la soirée étant la musique de Haydn. Chapeau bas Sir John Eliot !

Crédit photographique : © Sheila Rock / Decca

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