Simple et tranquille…

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Cité de la musique. 25-XI-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Der Schauspieldirektor, ouverture K. 486. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en fa mineur op. 21. Benjamin Britten (1913-1976) : Variations sur un thème de Franck Bridge op. 10. Félix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°4 en la majeur « Italienne » op. 90. Emanuel Ax, piano ; Chamber Orchestra of Europe, direction : James Conlon

Si le programme du soir pouvait sembler quelque peu disparate, à la fois concertant et symphonique, alliant orchestre classique et orchestre à cordes et traversant trois siècles de composition, il n’en était pas moins intéressant. Dire qu’il fut totalement passionnant serait exagéré, il était plutôt «tranquille» mais au moins globalement de bon gout.

C’est la brève ouverture Der Schauspieldirektor de Mozart qui servit de mise en bouche plutôt agréable à écouter avec son tempo assez allant. Immédiatement nous ressentions un léger déficit de puissance sonore et une discrétion exagérée de timbales à peines audibles et à un degré moindre des deux contrebasses. Ce problème avec les timbales persistera toute la soirée et pénalisera franchement l’exécution ainsi privée d’une partie de sa ponctuation et de sa base rythmique. Etait-ce un choix du chef, une faiblesse de l’instrument ou de l’instrumentiste ou une coquetterie acoustique de la salle à notre point d’écoute (pourtant a priori excellent), nous ne trancherons pas mais ne pouvons que le regretter. Quelques minutes plus tard, après le petit ballet des techniciens chargés d’installer le piano et réorganiser les pupitres, vint le Concerto pour piano n°2 de Chopin joué avec ses qualités habituelles de rondeur et de douceur par , ce qui n’est certainement pas un contresens dans cette œuvre même si plus d’intensité et de contraste peut aussi bien convenir. Au moins le chef accompagna son soliste sans le perturber, laissant clairement la primauté expressive au pianiste, comme assez souvent d’ailleurs dans les interprétations des concertos de Chopin, issus d’une période de composition romantique où le pianiste était roi. En fin musicien, Ax ne tira pas la couverture à lui en faisant étalage d’une virtuosité gratuite mais resta toujours sobre et élégant. Reste que cette vision sans histoire de ce concerto manquait quand même d’un peu d’ampleur et de caractérisation pour passionner réellement.

Avant l’Italienne de Mendelssohn, choisit de nous jouer les Variations sur un thème de Franck Bridge de écrites pour orchestre à cordes. Les deux contrebasses bien discrètes avant l’entracte étaient venues se placer plein centre sur le podium, et du coup devenaient nettement plus présentes. Disons le tout de suite, ces Variations furent à tout point de vue le meilleur moment de la soirée. Techniquement d’abord par un parfait équilibre sonore entre chaque groupe de cordes, équilibre moins réussi en tutti avec vents et cuivres (oublions les timbales !) dans le reste du concert, une bien meilleure maitrise de la dynamique du pianissimo au fortissimo en passant par toutes les nuances intermédiaires cette fois parfaitement palpables, et des couleurs expressives et prenantes obtenues par les instrumentistes. Ensuite, cette œuvre est très intelligemment composée, un peu patchwork car chaque variations a son propre style, mais parfaitement cohérente au bout du compte. Ainsi pouvait on suivre, bien aidé par notice, modèle de simplicité et d’intelligence, due à , cette succession de marches, danses, aria, fugues, dirigées avec une belle clarté par le chef qui se garda toutefois de trop marquer les influences de chaque mouvement, comme par exemple l’aspect rossinien de l’Aria italiana, ou le pastiche malhérien de la Wiener Walzer. Composé en 1937, cette œuvre regarde certes vers le passé, mais mérite de figurer au répertoire des ensembles à cordes.

Avec l’Italienne de Mendelssohn, nous retrouvions le défaut classique des ensembles de chambre, même si celui-ci est en haut de l’échelle des effectifs, qui veulent jouer des œuvres qui normalement réclament un vrai effectif symphonique. Ainsi plus d’une fois sommes nous restés un peu frustrés par ces crescendos qui plafonnaient rapidement pour un ambitus dynamique trop mince. Sans doute avec les oreilles positionnés à la place des micros au cœur de l’orchestre, cette interprétation aurait pris plus de corps (artifice classique qu’offre le disque par rapport au concert). Après la belle Mazurka offerte en bis par , ajouta une ouverture des Nozze di Figaro plus vivante que le Mozart qui ouvrit le concert.

Crédit photographique : Emanuel Ax © Lois Greenfield / Sony BMG

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.