bandeau RES MUSICA

Andrea Chénier à Paris : en fermant les yeux…

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Opéra-Bastille. 03-XII-2009. Umberto Giordano (1867-1948) : Andrea Chénier, dramma istorico en 4 actes sur un livret de Luigi Illica. Mise en scène : Giancarlo Del Monaco. Décors : Carlo Centolavigna. Costumes : Maria Filippi. Lumières : Wolfgang von Zoubek. Chorégraphie : Laurence Fanon. Avec : Marcelo Álvarez, Andrea Chénier ; Micaela Carosi, Maddalena di Coigny ; Sergei Murzaev, Carlo Gérard ; Francesca Franci, la mulatta Bersi ; Stefania Toczyska, la Contessa di Coigny ; Maria José Montiel, Madelon ; André Heybœr, Roucher ; Igor Gnidii, Pietro Fléville ; Antoine Garcin, Fouquier-Tinville ; David Bizic, il Sanculotto Mathieu ; Carlo Bosi, un Incredibile ; Bruno Lazzaretti, l’Abate ; Ugo Rabec, Schmidt ; Lucio Pretre, il Maestro di Casa ; Guillaume Antoine, Dumas. Chœur de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert), Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Daniel Oren

Andrea Chénier enfin au répertoire de l’Opéra National de Paris ! Dans la capitale, seul l’Opéra-Comique avait osé programmer cette œuvre dans un passé lointain – et en français. A l’instar d’Adriana Lecouvreur de Cilea, donnée in loco pour la première fois en 1996, il y a des absences de titres dans la «Grande Boutique» qui laissent interrogateur. On sait que l’ère Jœl à l’ONP sera celle du bel canto romantique jusque dans sa dernière mouture, le vérisme. Andrea Chénier à l’Opéra de Paris, pourquoi pas ? Cet opéra, souvent donné de par le monde, connaît un regain d’intérêt en France : Toulouse et Nancy (même production) l’ont présenté en 2008. A l’étranger, la dernière production marquante a été celle de Barcelone.

Andrea Chénier n’est pas un «passage obligé» dans l’histoire de l’opéra. propose un drame habilement ficelé, avec une veine mélodique inépuisable, quelques morceaux de bravoure, des scènes poignantes et une orchestration subtile. Mais ne crions pas au chef d’œuvre : le livret de Luigi Illica (ce n’est pas pour rien que Puccini s’adjoignit les services de Giuseppe Giacosa en versificateur par la suite) est inepte, et sans un plateau exceptionnel et un chef d’orchestre rompu à ce répertoire, l’œuvre perd toute sa valeur. Pari réussi. en vieux routier de la partition maitrise l’orchestre, sachant ménager habilement les «coups de théâtre» prévus par Giordano. L’orchestration chatoyante est mise en valeur – saluons les solos de harpe d’, le son se fait puissant sans jamais couvrir les voix. Et quelles voix …

Plateau d’exception donc, avec  rayonnant en Andrea Chénier, soulevant l’enthousiasme dans ses air «Si fu soldato» et «Come un bel dì di maggio», mais certains tics restent, tels ces coups de glottes malheureux et sanglots inutiles à la fin de «Un dì all’azzuro spazio». triomphe dans ses premiers pas sur la scène de Bastille. Le soutien est sans failles, les aigus filés projetés avec professionnalisme, la voix est homogène, et son air central «La mamma morta» un sommet d’émotions. Sergei Murzaev complète idéalement le trio de tête dans un rôle où on distribue souvent un «gueulard» plus qu’un chanteur. L’impression laissée depuis Sampieru Corsu à Marseille en 2005 se confirme : une voix solide et puissante peut aussi faire preuve d’une grande finesse musicale. L’ensemble des seconds rôles sont bien servis, en particulier la Madelon de , dont l’unique air «Son la vecchia Madelon» est un des moments les plus poignants de la soirée. Le chœur, dont la place n’est pas prépondérante, est de bonne tenue sous la direction de .

Un opéra à aller voir pour paraphraser Des Grieux dans Manon de Massenet «en fermant les yeux», tant la mise en scène insignifiante de gâche le plaisir. Nous revoilà dans l’opéra de grand-papa, décors somptueux, grandes robes et perruques, personnages statiques face au public la main sur le cœur. Un peu de distanciation au premier acte avec ces aristocrates au teint cadavérique, rien de plus. Le reste est de la pire des conventions, avec un final kitchissime, Andrea Chénier et Maddalena di Coigny escaladant les barreaux de la prison de Saint-Lazare… Espérons que ce genre de visions passéistes ne pollue pas la scène de l’Opéra de Paris à l’avenir.

Crédit photographique : (Maddalena di Coigny) et  (Andrea Chenier) © Mirco Magliocca / Opéra National de Paris

Choeurs de l’Opéra National de Paris

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.