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Opération commando : mission Gluck

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Bruxelles. Théâtre Royal de La Monnaie. 09-XII-2009. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Iphigénie en Tauride, tragédie en quatre actes sur un livret de Nicolas-François Guillard. Mise en scène : Pierre Audi ; Décors : Michael Simon ; Costumes : Anna Eiermann ; Eclairages : Jean Kalman. Avec : Nadja Michael, Iphigénie ; Stéphane Degout, Oreste ; Topi Lehtipuu, Pylade ; Werner van Mechelen, Thoas ; Serena Noorduyn, Diane ; Gerard Lavalle, un Scythe ; Bernard Giovani, le ministre ; solistes de la Chapelle musicale Reine Elisabeth. Chœur du Théâtre Royal de La Monnaie (chef de chœur : Piers Maxim) ; Orchestre du théâtre royal de La Monnaie, direction : Christophe Rousset

Iphigénie en Tauride

La fin de l’année est tragique à La Monnaie de Bruxelles ; ton peu optimiste dans une saison peu joyeuse, centrée sur les héros et héroïnes marqués par le destin : Semele, Elektra, Iphigénie, Idomeneo, Macbeth…

a mitonné une double production des deux Iphigénie en Aulide et en Tauride de Gluck. Il est possible de les voir le même jour ou séparément ou encore de n’en voir qu’une des deux (il est important de préciser que ces deux opéras n’ont pas été envisagés pour se juxtaposer et qu’il s’agit d’un concept de l’équipe de production ) ! L’équipe artistique est identique avec à la mise en scène et à la baguette de l’Orchestre de La Monnaie ; certains chanteurs alternent même dans ces deux productions. L’idée est intelligente et intéressante car ces deux opéras étaient absents de la scène de La Monnaie depuis des lustres.

Pourtant, le commentateur sort assez réservé de cette soirée. Dramatiquement le travail scénographique pose question. Il est évident qu’il est très difficile de rendre crédible, pour un public du XXIe siècle, ces histoires mythiques d’individus écrasés par la volonté des dieux. Considérant qu’il est impensable et stérile de prendre ces drames au pied de la lettre, les metteurs en scène rivalisent d’approches personnelles avec plus ou moins de succès…L’épure d’un (plutôt pertinent chez Gluck) rencontre les visions hallucinées d’un Warlikowski ou le second degré de Nigel Lowery. prend, quant à lui, le parti de l’actualisation.

L’Antiquité est abandonnée au profit d’une contextualisation renvoyée aux guerres de l’ex-Yougoslavie et du Caucase. Thoas devient un tyran sadique, cruel et mégalomane qui règne sur un peuple guerrier uniquement masculin (les femmes du chœur sont assises à l’arrière scène au milieu d’une partie du public dont on les distingue pas…). On se doute dans ce contexte de violences et de guerres que les seules figures féminines (d’Iphigénie et des prêtresses) sont malmenées physiquement et sexuellement par cette clique de militaires lobotomisés par leur misérable chef. Oreste et Pylade semblent être des civils capturés (des fonctionnaires de l’ONU ?) et promis à une mort violente pour divertir le monarque et ses sbires… C’est justement de cette transposition que naît l’interrogation ! On peine à adhérer à ces héros transportés dans la banalité d’un quotidien, trop vu en boucle sur les télés. Sans oublier que ces explorations «dictatures» ou «tyrannies contemporaines» des opéras sonnent sur un air de déjà-vu. La direction d’acteur de Pierre Audi reste hélas assez conventionnelle mais peine à créer une empathie avec les personnages.

Musicalement, le plateau est porté par le duo /. Les deux chanteurs, vocalement et stylistiquement exemplaires donnent une leçon d’interprétation. Tête d’affiche à La Monnaie est une artiste totale mais trahie par des moyens vocaux inadaptés pour ce rôle. La prononciation, le style, la tessiture et, plus grave, la justesse font hélas défauts. Souvent salué dans ces colonnes, le baryton belge , si souvent juste dans Wagner, Ligeti, ou Verdi, est à contre-emploi en Thoas. Les solistes du chœur et de la chapelle Reine Elisabeth alternent le bon au très décevant.

Abandonnant ses chers Talens lyriques, se retrouve face à l’orchestre de La Monnaie. On pouvait être inquiet face aux réactions des musiciens belges devant un chef habitué à travailler avec sa formation d’instruments anciens, mais les artistes rompus aux expériences avec des chefs d’orchestre exigeans le respect musicologique répondent avec vivacité et énergie. Le chef inculque à l’orchestre la philologie gluckienne de base et s’avère attentionné à l’équilibre avec le plateau (difficile à réaliser car l’orchestre est pris en tenaille entre les solistes et le chœur !).

Crédit photographique : © P. P Hofmann

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Bruxelles. Théâtre Royal de La Monnaie. 09-XII-2009. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Iphigénie en Tauride, tragédie en quatre actes sur un livret de Nicolas-François Guillard. Mise en scène : Pierre Audi ; Décors : Michael Simon ; Costumes : Anna Eiermann ; Eclairages : Jean Kalman. Avec : Nadja Michael, Iphigénie ; Stéphane Degout, Oreste ; Topi Lehtipuu, Pylade ; Werner van Mechelen, Thoas ; Serena Noorduyn, Diane ; Gerard Lavalle, un Scythe ; Bernard Giovani, le ministre ; solistes de la Chapelle musicale Reine Elisabeth. Chœur du Théâtre Royal de La Monnaie (chef de chœur : Piers Maxim) ; Orchestre du théâtre royal de La Monnaie, direction : Christophe Rousset

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