Il était une fois… La Cenerentola

La Scène, Opéra, Opéras

Avignon. Opéra-Théâtre. 21-III-2010. Gioachino Rossini (1804-1849) : La Cenerentola, melodramma giocoso en 2 actes, sur un livret de Jacopo Ferretti. Mise en scène : Charles Roubaud. Décors : Emmanuelle Favre. Costumes  : Katia Duflot. Lumières : Marc Delamezière. Avec : Karine Deshayes, Angelina ; Caroline Mutel, Clorinda ; Julie Robard-Gendre, Thisbe ; Manuel Nunez-Camelino, Dom Ramiro ; Franck Leguernel, Don Magnifico ; Lional Lhote, Dandini ; Maurizio Lo Piccolo, Alidoro. Kira Parfeevets, clavecin. Chœurs de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Aurore Marchand). Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence, direction musicale : Roberto Rizzi Brignoli

Cette Cenerentola est à l’image du toucher délicat de Kira Parfeevets au clavecin. Dans le genre difficile du dramma giocoso, cette œuvre fait sourire en légèreté et demi-teintes, sans tomber dans la vulgarité facile. Le décor, avec ses changements à vue des éléments d’architecture et ses projections d’images sur une toile en fond de scène, prend toute sa signification et son relief au 2nd acte. Comme il convient à la déontologie du conte de fées, on revient alors au lieu de l’incipit, la demeure d’Angelina-Cenerentola et de sa famille, après l’éblouissement du bal ; mais la projection d’images s’anime avec pertinence, sans jamais détourner l’attention de l’essentiel, c’est-à-dire l’intrigue qui se joue entre les personnages. L’atmosphère «Marivaux» est brossée avec toute l’élégance de La Double Inconstance.

Car le casting est parfait : si Franck Leguerinel ne prend pas dès les premières secondes la pleine mesure de son rôle (Don Magnifico), en revanche Caroline Mutel (Clorinda) et (Thisbe) sont excellentes de bout en bout : leur numéro de sœurs excentriques minaudant et se chamaillant à plaisir est jubilatoire, et leurs voix s’épousent avec une précision et une couleur constantes. Quant au rôle-titre, il faut saluer en une voix magnifique, de contralto colorature, épanouie dans la chatoyante palette d’un rôle aux vocalises multiples. Si sa morphologie était plus adaptée aux costumes masculins dans lesquels elle avait soulevé un enthousiasme unanime (Sextus dans La Clémence de Titus, et Romeo dans I Capuletti e i Montecchi), qu’à la fragilité juvénile d’une Cendrillon, en revanche elle n’a guère de rivale crédible dans l’expressivité vocale et scénique d’Angelina, et sa prestation est proprement éblouissante.

La direction du chef Roberto Rizzi Brignoli s’est révélée très fine dans cet ouvrage qui, pour avoir été rapidement écrit, n’en comporte pas moins quelques passages redoutables ; il n’a pourtant pas toujours évité à l’Orchestre Lyrique d’Avignon-Provence, amputé pour l’occasion de quelques-uns de ses chefs de pupitres (violon, alto, violoncelle, cor), de couvrir parfois la voix des solistes, dont plusieurs débutaient, dans le rôle ou sur cette scène (Alidoro, Don Ramiro).

En voyant cette Cenerentola, on se dit que décidément, oui, il est si bon de croire aux contes de fées !

Crédit photographique : (Angelina) © Cédric Delestrade/ACM-Studio

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