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Une nouvelle tétralogie à La Scala !

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Milan. Teatro alla Scala. 26-V-2010. Richard Wagner (1813-1883) : Das Rheingold, prologue en un acte sur un livret du compositeur. Mise en scène : Guy Cassiers ; Costumes : Tim Van Steenbergen ; Lumières : Enrico Bagnoli ; Video design : Arjen Klerkx et Kurt D’Haeseleer ; Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui. Avec René Pape, Wotan ; Jan Buchwald, Donner ; Marco Jentzsch ; Stephan Rügamer, Loge ; Johannes Martin Kränzle, Alberich ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Mime ; Kwangchul Youn, Fasolt ; Timo Riihonen, Fafner ; Doris Soffel, Frickaro Anna Samuil, Freia ; Aga Mikolaj, Woglinde ; Maria Gortsevskaya, Wellgunde ; Marina Prudenskaya, Flosshilde. Orchestre du Théâtre de la Scala, direction : Daniel Barenboim

Une éminente figure du théâtre contemporain, acclamée en Avignon pour sa fascinante Trilogie du pouvoir, un chef pour qui le Ring n’a plus de secrets et une prise de rôle attendu par tous : en Wotan…

Disposant d’atouts majeurs, ce début de Tétralogie milanaise a pourtant déçu public et presse italienne, déconcertés par la mise en scène de Guy Cassiers qui malgré une grande intelligence reste, hélas, constamment prisonnière de ses présupposés théoriques…

Stephane Lissner aime les prises de risques mais avec cette nouvelle production de Das Rheingold, l’intendant de la Scala ne frappera pas le grand coup espéré.

Pourtant, même après les relectures mythiques de Wieland Wagner, Chéreau, Kupfer, il est possible d’apporter un renouveau dramaturgique à cette partition comme l’ont montré les expériences scéniques de : La fura dels Baus (à Valence et Florence), d’Ivo van Hove (Anvers et Gand), de Kasper Bech Holten (Copenhague) ou de Claus Guth (Hambourg).

Le metteur en scène belge offre une lecture pertinente et cohérente de l’Himalaya wagnérien, tout en proposant un traitement intéressant de l’élément aquatique. Nous serons plus réservés sur le prétendu travail de «déstructuration» évoqué dans le programme au demeurant fort intéressant et la réflexion sur l’instrumentalisation du pouvoir par les plus riches en ce début d’inique troisième millénaire…

Guy Cassiers est un adapte de l’utilisation de la vidéo qui caractérise tous ses spectacles. Mais ces projections vidéos vaguement telluriques, à la beauté abstraite, n’apportent pas la force et l’incarnation espérées. Il manque le trouble et le vertige, d’un monde injuste et arbitraire au bord de l’implosion. Il manque une narration puissante, des images fortes, à l’image de l’arrivée de Fafner et Fasolt qui n’ont de gigantesque que leur ombre projetée en toile de fond.

Wotan convaincant, mais sans présence particulière ni pour l’instant du moins signature vocale frappante, domine une distribution cohérente et homogène si l’on s’en tient aux standards du moment. On remarque la voix puissante et magnifiquement projetée de , Fasolt au relief saisissant ; à côté, Timo Riihonen fait largement pâle figure. Au tout début, on craint pour Johannes Martin Kränzle qui nous offre une piètre scène de vol de l’anneau -timbre assourdi qui n’a pas les graves caverneux et le grain fuligineux des grands Alberich. Tout s’arrange à Nibelheim, face au déjà presque génial Mime d’Ablinger-Sperracke, cauteleux à souhait, où l’intelligence musicale -et scénique- de l’Allemand se révèle confondante. Le Loge de Stephen Rügamer, assez anonyme de timbre, est soufflant de présence, notamment dans une scène finale où il vole la vedette à l’entier plateau. Donner et Froh sont nettement en retrait, surtout le second d’une balourdise peu commune dans cette production. Erda incantatoire -apparition fugitive et magique que l’on n’oubliera pas de sitôt, émergeant du chaos du monde- met tout le monde d’accord en quelques notes : un grand, très grand moment de chant wagnérien. Nous sommes beaucoup moins enthousiastes avec la Fricka bien fatiguée de , accueillie par quelques huées au rideau.

Collaborateur régulier de l’Orchestre de la Scala depuis l’arrivée de Stéphane Lissner, dirige Wagner comme peu savent le faire aujourd’hui. Ceux qui ont découvert leur Tétralogie avec lui, dans cette superbe production Kupfer à Bayreuth, constateront que les tempi n’ont pas gagné en vélocité, mais que la pâte sonore est plus aérée que par le passé. Grand connaisseur du langage wagnérien, le chef argentin n’a pas son pareil pour rendre cette musique follement éloquente, et souvent haletante même si elle eût gagné en intensité avec une mise en scène plus inspirée et plus forte dramaturgiquement. Dans l’absolu moins idiomatique que d’autres, l’orchestre milanais, transcendé comme toujours avec les chefs qu’il aime, donne son meilleur.

Crédit photographique : René Pape (Wotan), (Loge) et Das Rheingold © Marco Brescia, Archivio Fotografico del Teatro alla Scala

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Milan. Teatro alla Scala. 26-V-2010. Richard Wagner (1813-1883) : Das Rheingold, prologue en un acte sur un livret du compositeur. Mise en scène : Guy Cassiers ; Costumes : Tim Van Steenbergen ; Lumières : Enrico Bagnoli ; Video design : Arjen Klerkx et Kurt D’Haeseleer ; Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui. Avec René Pape, Wotan ; Jan Buchwald, Donner ; Marco Jentzsch ; Stephan Rügamer, Loge ; Johannes Martin Kränzle, Alberich ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Mime ; Kwangchul Youn, Fasolt ; Timo Riihonen, Fafner ; Doris Soffel, Frickaro Anna Samuil, Freia ; Aga Mikolaj, Woglinde ; Maria Gortsevskaya, Wellgunde ; Marina Prudenskaya, Flosshilde. Orchestre du Théâtre de la Scala, direction : Daniel Barenboim

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