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Pierre Monteux à Boston en 1958-1959

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Grosse Fuge (arrangement : Felix Weingartner) ; Les Créatures de Prométhée (extraits) ; Ouvertures Fidelio et Léonore n°3 ; Concerto pour violon en ré op. 61 ; Symphonies n°5 en ut mineur op. 67, et n°6 en fa « Pastorale » op. 68. Claude Debussy (1862-1918) : Le Martyre de Saint Sébastien, extraits symphoniques ; Nocturnes ; Prélude à l’après-midi d’un Faune. Richard Strauss (1864-1949) : Tod und Verklärung op. 24 ; Don Juan op. 20 ; Don Quichotte op. 35. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon en ré op. 77 (deux versions) ; Concerto pour piano nº1 en ré mineur op. 15 ; Ouverture pour une Fête Académique op. 80 ; Ouverture Tragique op. 81 ; Onze Préludes de Choral op. 122 (arrangement : Virgil Thomson). Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse. Richard Wagner (1813-1883) : Extraits de Tristan et Iseut, Parsifal, Lohengrin, Rienzi, Le Vaisseau Fantôme, Siegfried, Tannhäuser et La Walkyrie. Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka, ballet. Mikhaïl Glinka (1804-1857) : Russlan et Ludmilla, ouverture. Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonies n°4 en fa mineur op. 36, et n°5 en mi mineur, op. 64. Darius Milhaud (1892-1974) : Les Euménides, prélude de l’acte III. Paul Hindemith (1895-1963) : Nobilissima Visione. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Le Coq d’Or, Introduction et Cortège de Noces de l’acte III. Vincent d’Indy (1851-1931) : Symphonie n°1 sur un chant montagnard français (Symphonie cévenole) op. 25. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passacaille et Fugue en ut mineur (arrangement : Ottorino Respighi). Felix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°4 en la op. 90 « Italienne » ; Concerto pour piano nº1 en sol mineur Op. 25. Robert Schumann (1810-1856) : Manfred, ouverture ; Introduction et Allegro appassionato. Leon Fleisher, piano ; Nicole Henriot-Schweitzer, piano ; Rudolf Serkin, piano ; Leonid Kogan, violon ; Berl Senofsky, violon ; Isaac Stern, violon ; Joseph de Pasquale, violon alto ; Samuel Mayes, violoncelle ; Doriot Anthony Dwyer, flûte ; Bernard Zighera, harpe ; Margaret Harshaw, soprano. Boston Symphony Orchestra, direction : Pierre Monteux. 11 CD West Hill Radio Archives WHRA~6034. Code barre : 5425008377261. Enregistré entre le 10 janvier 1958 et le 8 août 1959 au Symphony Hall de Boston et à Tanglewood, Massachusetts. Notices bilingues (anglais, français) excellentes. Durée : 65’34 ; 73’12 ; 78’50 ; 75’52 ; 78’46 ; 70’20 ; 79’47 ; 76’19 ; 69’32 ; 77’14 ; 76’18.

 

Cet album West Hill Radio Archives consacré à Pierre Monteux est l’idéal compagnon du précédent coffret «Pierre Monteux in Boston : A Treasury of concert performances, 1951-1958» déjà chroniqué auparavant. Les enregistrements de concert proposés dans cette présente anthologie documentent dix concerts des saisons 1958 et 1959 ; un simple coup d’œil sur les noms des compositeurs étonnera plus d’un mélomane, puisque les œuvres de compositeurs français sont en minorité (Debussy, d’Indy, Milhaud et Ravel), avec quelques rares incursions dans le répertoire russe (Glinka, Rimski-Korsakov, Tchaïkovski et bien sûr Stravinsky). Il ne faut pas oublier que Pierre Monteux fut préalablement éduqué dans les grands classiques et romantiques Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Wagner, qu’il défendra tout au long de sa vie : musicien universel, Monteux n’aimait pas être qualifié de chef d’orchestre français, appellation par trop restrictive, alors que la clarté, l’élégance et le raffinement français étaient des qualités constamment bénéfiques à toute partition qu’il abordait, et notamment les œuvres germaniques.

À tout seigneur, tout honneur : ouvre le concert du 10 janvier 1958, le premier de cette anthologie, avec une page un peu particulière, puisqu’il s’agit d’une expansion à toutes les cordes de l’orchestre de la Grande Fugue en si bémol majeur op. 133, réalisée par Felix Weingartner (1863-1942), autorité beethovenienne s’il en est. C’était une époque où ce genre de pratique était courant, et on se souvient de l’enregistrement réalisé par Weingartner lui-même de la Sonate «Hammerklavier» dans son propre arrangement pour orchestre complet (Naxos Historical 8110913). L’interprétation de la Grosse Fuge par Pierre Monteux est précieuse non seulement parce qu’il ne l’a pas gravé commercialement, mais surtout en raison de la maîtrise des plans sonores, l’énergie et l’extrême clarté qu’il lui confère, ce qui est d’ailleurs bien nécessaire dans ce genre d’œuvre.

Il n’est pas non plus courant de mettre au concert le ballet Les Créatures de Prométhée, si ce n’est son ouverture. La suite de ballet présentée le 9 août 1958 comporte, outre l’ouverture, un Adagio et Andante quasi allegretto dans lequel brillent en solistes Samuel Mayes (violoncelle principal du BSO de 1948 à 1965), Doriot Anthony Dwyer (flûte principale du BSO de 1952 à 1990) et Bernard Zighera (harpe principale du BSO de 1928 à 1980). À notre connaissance, cette suite n’a été enregistrée commercialement qu’en février 1964 sur le label «Guilde Internationale du Disque» sous la référence SMS M503, avec l’Orchestre Symphonique de la NDR de Hambourg. À ce même concert du 9 août 1958, nous est offerte une des plus extraordinaires interprétations du Concerto pour violon de Beethoven qu’il nous ait été donné d’entendre : par sa sonorité ample, vibrante et chaleureuse, on comprend aisément à l’audition, outre les ovations triomphales du public nombreux de Tanglewood, les raisons pour lesquelles le Philadelphien Berl Senofsky (1926-2002) a remporté le Premier Prix du Concours Musical International Reine Élisabeth de Belgique en 1955 ; la collaboration Senofsky-Monteux semble avoir fonctionné à merveille, pour nous offrir ce joyau d’interprétation beethovenienne. Senofsky adopte les cadences traditionnelles de , même celle plus rarement jouée qui conduit le mouvement lent Larghetto au Rondo final. Apparemment, Monteux n’a jamais commis ce concerto sur disque commercial.

Certains critiques ont affirmé que Pierre Monteux n’était pas un beethovenien de premier plan, et évidemment cette critique a pour parti pris sa nationalité française ou sa «latinité». À notre avis, cette opinion est totalement injuste et injustifiée : il suffit d’écouter le concert «tout Beethoven» du 8 août 1959 pour en être convaincu : une ouverture Fidelio enlevée tambour battant, et les Symphonies n°6 «Pastorale» et n°5 que Monteux a données judicieusement dans cet ordre. Il est possible de se procurer une intégrale commerciale des symphonies beethovéniennes enregistrées dans les années 50-60 sous divers labels (Decca, RCA Victor, Philips, Westminster) et avec divers orchestres (Amsterdam, Londres, Vienne, San Francisco). La Pastorale semble avoir convenu particulièrement bien à Pierre Monteux, par son caractère olympien et son expression subtile et raffinée : il nous en a laissé une version studio inoubliable et idéale avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne, gravée en novembre 1958 chez RCA Victor, alliant la vigueur et la précision rythmique à la grâce et la tendresse d’un Bruno Walter, mais, à la différence de ce dernier, Monteux effectuait les deux reprises de la partition, fait très rare à l’époque. Et ô miracle, on retrouve en concert toutes ces merveilleuses caractéristiques (avec en plus un «canard» d’une trompette intervenant trop tôt à la fin de l’Orage !) Quant à la Symphonie n°5, elle reçoit ici une interprétation robuste et précise évitant les excès métaphysiques de certains rois de la baguette, et montrant bien l’héritage musical d’un chef d’orchestre toujours soucieux d’équilibre entre formation germanique et latine : version à comparer avec intérêt à celle en studio de mai 1961 chez Decca, avec l’Orchestre Symphonique de Londres, ou même à celle en public à San Francisco (Music & Arts MACD1192). Toutes ces qualités interprétatives de Pierre Monteux se retrouvent en condensé dans l’une des plus belles ouvertures de Beethoven, Leonore III.

Nous savons que occupait une place de choix dans le cœur de Pierre Monteux, et il n’est pas étonnant de le retrouver dans les programmes de plusieurs de ses concerts. Si les symphonies ne sont pas au rendez-vous dans cet album, les concertos et ouvertures y sont par contre bien documentés. Le 11 janvier 1958, c’est le Concerto pour violon pour lequel Monteux offre un commentaire orchestral de tout premier ordre au violoniste russe (1924-1982) pour ses débuts aux États-unis sept ans après son Premier Prix au Concours Reine Élisabeth, tandis que nous retrouvons ce même Concerto le 24 juillet 1959, mais cette fois avec Isaac Stern (1920-2001) dont on connaît la profonde affinité envers cette œuvre : Stern n’avait pas son pareil pour amener à un tel niveau de poésie la reprise du thème principal juste après la cadence (de ) du premier mouvement, et l’enregistrement studio qu’il en réalisa le 2 novembre 1959 pour CBS avec l’Orchestre de Philadelphie sous la direction d’Eugene Ormandy est à juste titre légendaire, tout autant d’ailleurs que ceux de Kogan accomplis en mars 1955 sous la baguette de Charles Bruck, puis en 1959 et 1967 sous celle de Kyrill Kondrachine, toutes versions où le grand violoniste russe se montre vraiment royal : certains estiment même que personne ne joua les trois grands concertos de Beethoven, Brahms et Mendelssohn mieux que , appréciation sans doute un tant soit peu radicale, si on garde en mémoire les illustres interprétations d’un Francescatti, d’un Stern, d’un Oïstrakh ou d’un Grumiaux. De son côté, Pierre Monteux a gravé en studio le Concerto pour violon de Brahms avec en soliste, en juin 1958 pour RCA Victor, autre version faisant autorité.

Quel plaisir de retrouver ici le très grand pianiste (né en 1928), lui aussi Premier Prix du Concours Reine Élisabeth en 1952, dans le Concerto pour piano n°1 en ré mineur de Brahms avec la belle complicité de Monteux, ce 20 juillet 1958 : Fleisher venait de le graver en studio pour Epic en février 1958, avec la complicité de George Szell et son Orchestre de Cleveland ; d’un autre côté Monteux lui-même allait bientôt proposer sa version studio chez Decca en mars 1959 avec le spécialiste de Brahms . La conjonction Fleisher-Monteux ne pouvait que nous offrir une interprétation de grande classe, à la fois sobre et dynamique, d’une tenue toute de noblesse et de classicisme, d’une extrême musicalité et sans le moindre effet extérieur.

Les concerts des 20 juillet 1958 et 24 janvier 1959 proposent en leur début respectivement l’Ouverture pour une Fête Académique et l’Ouverture Tragique. La première reçoit vraiment une interprétation chaleureuse et enthousiasmante, parfaitement contrôlée, même dans sa conclusion au caractère quelque peu débridé qui entraîne les applaudissements du public… avant la fin de l’œuvre ; la seconde est jouée avec noblesse et dignité, et des moments de poésie incomparables qui confirme Monteux brahmsien de très haut niveau. En plus des versions studio gravées chez Philips en novembre-décembre 1962 avec l’Orchestre Symphonique de Londres, nous disposons également, pour l’Ouverture Tragique, d’une exécution publique captée lors des Sunday Evenings entre 1941 et 1952 à San Francisco (Music & Arts CD-1192). Brahms aurait dit un jour : «Il faut des Français pour jouer ma musique correctement. Les Allemands la jouent beaucoup trop lourdement.» Avec Pierre Monteux, son désir est parfaitement exaucé !

Une œuvre de Brahms était encore au programme du concert du 24 juillet 1959, assez particulière il est vrai, puisqu’il s’agit des Onze Préludes de Choral op. 122 (posthume) pour orgue, dans l’orchestration qu’en réalisa en 1958 le compositeur américain (1896-1989) qui, tout en respectant le texte original et l’orchestre de Brahms, y a toutefois ajouté un cor anglais, une clarinette basse et même un glockenspiel… Un autre arrangement – qui montre l’intelligence de programmation de Pierre Monteux – faisait partie de ce même concert : la Passacaille et Fugue pour orgue de , cette fois dans la célèbre orchestration d’Ottorino Respighi (1879-1936), celle-là même popularisée par Arturo Toscanini. Inutile de préciser que ces deux transcriptions n’ont jamais été gravées en studio par Monteux, ce qui rend ces exécutions uniques particulièrement précieuses, indépendamment de leurs grandes qualités musicales.

Un autre compositeur allemand favori de Pierre Monteux était bien sûr dont le Prelude & Liebestod de Tristan et Iseut clôt le concert du 1er août 1959, mais surtout dont le concert «tout Wagner» du 3 août 1958 alterne extraits symphoniques et airs d’opéra, avec la participation de la cantatrice américaine Margaret Harshaw (1909-1997) dans des pages de Lohengrin, Parsifal, Tannhäuser et du Vaisseau Fantôme. Il est seulement dommage que cette belle musicienne, qui fut en wagnérienne renommée l’un des piliers du Metropolitan Opera durant 22 saisons consécutives (de novembre 1942 à mars 1964), soit affublée d’un vibrato plutôt prononcé et pas toujours très juste d’intonation au point qu’il en est parfois dérangeant. Il va sans dire que le soutien de Pierre Monteux dans ce répertoire est comme de coutume irréprochable.

Au concert du 1er août 1959 qui s’achevait avec le Prelude & Liebestod de Tristan et Iseut, étaient programmés deux autres compositeurs allemands : et Robert Schumann, et cela avec la participation du très grand pianiste que fut Rudolf Serkin (1903-1991). Là encore, Monteux nous offre un programme très intelligemment conçu : de chacun de ces deux compositeurs, voici une œuvre orchestrale et une œuvre concertante : Mendelssohn avec la Symphonie n°4 «Italienne» suivie du Concerto pour piano n°1, et Schumann avec l’ouverture pour la musique de scène Manfred suivie de la magnifique Introduction et Allegro Appassionato pour piano et orchestre. Ces quatre œuvres constituent un apport particulièrement précieux à la discographie de Monteux, puisqu’il semble bien ne jamais les avoir enregistrées en studio. Par contre Rudolf Serkin a gravé les deux œuvres concertantes en studio pour CBS avec la complicité d’Eugene Ormandy, respectivement les 19 décembre 1957 et 16 mars 1964.

Dans la Symphonie Italienne, Monteux accomplit un geste extrêmement rare pour l’époque, surtout en concert : la reprise de l’exposition du premier mouvement, ce qu’il n’avait pas effectué lors des Sunday Evenings entre 1941 et 1952 à San Francisco (Music & Arts CD-1192). Indépendamment de cela, de quelle luminosité notre grand chef nimbe ces pages merveilleuses et sereines, et cela sans forcer le trait d’une interprétation des plus naturelles. L’ouverture de Manfred est en total contraste par son dramatisme tumultueux, ce que rend idéalement l’exécution de Monteux, toujours d’une clarté exemplaire associée à une sensibilité de bon aloi. Quant à Rudolf Serkin, on reste confondu par la manière dont il impose son style péremptoire dans ces pages concertantes qui sont loin d’être aisées : voilà du très, très grand piano, d’une poésie miraculeuse (Schumann !) exaltée par une maîtrise absolue, et que l’on comparera avec bonheur aux versions studio réalisées aux côtés d’Ormandy chez CBS.

L’incursion de Pierre Monteux dans le répertoire germanique de son temps se réduit à peu de chose, tout au moins en enregistrement studio : rien de dont pourtant il admirait et dirigeait souvent en concert la Symphonie «Mathis der Maler» et les Nobilissima Visione. Quant à , il semble bien que Monteux n’ait enregistré en studio, pour RCA Victor, qu’Une Vie de Héros et Mort et Transfiguration (à San Francisco, respectivement les 20 décembre 1947 et 23 janvier 1960), sans doute pour ne pas faire ombrage à Fritz Reiner qui était considéré, à juste titre, comme grand spécialiste de la musique du compositeur bavarois, et dont les gravures chez RCA Victor ont toujours fait autorité ; par conséquent la firme américaine n’avait probablement pas l’intention de réenregistrer le répertoire straussien sous la baguette de Monteux, ni d’ailleurs sous celle de Münch.

Aussi accueillons avec gratitude, d’abord cette double interprétation (9 août 1958 et 24 janvier 1959) des Nobilissima Visione, l’une des œuvres les plus lyriques de Hindemith, et ensuite les poèmes symphoniques Mort et Transfiguration (11 janvier 1958), Don Quichotte (24 janvier 1959) et Don Juan (24 juillet 1959) de . Dans Don Quichotte, nous retrouvons avec grand plaisir le violoncelliste Samuel Mayes ainsi que l’élève de Primrose, Joseph de Pasquale (altiste principal des orchestres de Boston et de Philadelphie durant 50 ans), tous deux admirables musiciens à la justesse d’intonation parfaite. La limpidité légendaire de Pierre Monteux fait merveille dans toutes ces œuvres aux orchestrations élaborées dont on ne perd aucun détail.

Venons-en à la musique française représentée ici par des Fragments symphoniques du Martyre de Saint Sébastien (11 janvier 1958), les trois Nocturnes (25 juillet 1958) et le Prélude à l’après-midi d’un Faune (19 juillet 1959) de Debussy ; La Valse de Ravel (25 juillet 1958) ; la Symphonie n°1 «sur un Chant Montagnard Français» de d’Indy (19 juillet 1959) et le Prélude de l’Acte III des Euménides de Milhaud (25 juillet 1958).

Le Martyre de Saint Sébastien confirme un mysticisme religieux assez comparable chez et chez Claude Debussy, même si ce dernier s’est constamment défendu de toute influence wagnérienne (que l’on retrouve pourtant également dans Pelléas et Mélisande) ; en voici les extraits proposés ici : le Prélude de La Cour des Lys, la Danse extatique et le Final de l’Acte I. les Fragments symphoniques complets ont été enregistrés en studio pour Philips par Pierre Monteux en mai 1963 dans la version légendaire de l’Orchestre Symphonique de Londres. Les trois Nocturnes pour orchestre ont reçu leur gravure commerciale pour RCA Victor le 15 août 1955 : à cette occasion, l’Orchestre Symphonique de Boston était rejoint par le Chœur de Femmes du Berkshire Festival Chorus. Dans la version publique du 25 juillet 1958, proposée ici, la phalange bostonienne est accompagnée du Tanglewood Festival Chorus. Le Prélude à l’après-midi d’un Faune devait avoir une signification toute particulière pour Pierre Monteux, puisqu’il en avait conduit la création chorégraphique dansée par au Théâtre du Châtelet le 29 mai 1912. Exécution merveilleusement sensuelle et poétique que celle du 19 juillet 1959 d’une page que pourtant, comme tant d’autres, il ne gravera qu’une seule fois, pour Decca en décembre 1961, à la tête de l’Orchestre Symphonique de Londres.

La Valse de fut l’un des chevaux de bataille de Monteux qui l’enregistra commercialement pas moins de trois fois : le 31 janvier 1930 avec l’Orchestre Symphonique de Paris (Gramophone – La Voix de son Maître), le 21 avril 1941 avec l’Orchestre Symphonique de San Francisco (RCA Victor) et en février 1964 avec l’Orchestre Symphonique de Londres (Philips). Tout comme Münch, Pierre Monteux, toutefois moins extraverti, détenait le secret qui menait La Valse à un aboutissement fulgurant vraiment cataclysmique, mais au travers d’une gradation peut-être moins impulsive, et une pulsation parfaitement contrôlée dès le début, qualités particulièrement évidentes dans cette exécution publique du 25 juillet 1958.

Si on commence à redécouvrir l’œuvre de qui, comme tant d’autres compositeurs des XIXe et XXe siècles, est passé par un purgatoire (plus pour ses convictions personnelles que pour ses qualités de musicien), il fut un temps où on ne connaissait de lui que cette Symphonie n°1 «sur un Chant Montagnard Français», cheval de bataille de la pianiste française Nicole Henriot (1925-2001) qu’elle a gravé commercialement avec Charles Münch à Boston pour RCA Victor, le 24 mars 1958. Élève de Marguerite Long, elle remporta un Premier Prix de piano en 1938, à l’âge de 13 ans ! On comprend que Münch lui portait une affection particulière, car de plus elle devint sa nièce par alliance, ayant épousé Jean-Jacques Schweitzer, de la famille du célèbre théologien, médecin et organiste Albert Schweitzer : c’est la raison pour laquelle elle est souvent mentionnée sur disque sous le nom de Nicole Henriot-Schweitzer. Il est passionnant d’écouter cette œuvre avec cette belle pianiste, mais sous une autre baguette, celle de Pierre Monteux le 19 juillet 1959, et de la comparer non seulement avec celle dirigée par Münch, mais également avec l’enregistrement studio de Monteux réalisé à San Francisco pour RCA Victor, en avril 1941, cette fois avec Maxim Shapiro au piano. Et devant la beauté et la poésie rayonnante de l’interprétation en public, on excusera bien volontiers certains petits dérapages de la soliste et de l’un ou l’autre instrumentiste de l’orchestre.

Les Euménides de constituent le troisième volet d’un triptyque d’œuvres lyriques basé sur la traduction par de L’Orestie d’Eschyle, les deux premières parties étant Agamemnon et Les Choéphores. Hormis la Suite symphonique n°2 «Protée» enregistrée par RCA Victor le 14 avril 1945 avec l’Orchestre Symphonique de San Francisco (et qui, sous la baguette de , fit scandale en 1920), notre chef n’a rien gravé de Milhaud. Le 25 juillet 1958, il dirigeait l’envoûtant mais quelque peu bruyant Prélude de l’Acte III des Euménides, basé sur une petite cellule mélodique répétitive qui s’amplifie peu à peu jusqu’à s’interrompre brutalement.

Et pour terminer, la musique russe : Pierre Monteux aimait beaucoup la musique de Piotr Ilyitch Tchaïkovski qu’il considérait un peu comme une sorte de Massenet russe. De ce compositeur, il grava à Boston, pour RCA Victor, les trois dernières Symphonies, respectivement les 28 janvier 1959, 8 janvier 1958 et 26 janvier 1955. Versions aux tempos idéaux, modèles de clarté, d’élégance et de style. Les exécutions en concert des Symphonies n°4 (25 juillet 1958, précédée d’une ouverture de Russlan et Ludmilla lyrique et qui enfin ne soit pas une course contre la montre !) et n°5 (19 juillet 1959) proposées ici sont une excellente alternative en ce qu’elles ajoutent ce qui manque quelque peu en studio de chaleur expansive, de passion et d’excitation enflammée. Dommage qu’en début de ce même concert du 19 juillet 1959, Monteux ne nous ait proposé de Nikolaï Rimski-Korsakov que deux extraits tronqués de la suite d’orchestre du Coq d’Or (l’Introduction et Cortège de Noces de l’acte III).

Mais en fin de compte, nul ne niera que Pierre Monteux fut un des piliers des Ballets Russes, surtout avec les œuvres d’, et notamment Petrouchka qu’il créa en 1911 ; il nous en a laissé trois gravures de studio : dès janvier 1930 avec l’Orchestre Symphonique de Paris (Gramophone – La Voix de son Maître), en novembre 1956 avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire de Paris et au piano solo (RCA Victor ou Decca), et finalement en janvier 1959 avec l’Orchestre Symphonique de Boston et Bernard Zighera au piano solo (RCA Victor).

En conclusion, cet album associé à ceux déjà publiés précédemment par Music & Arts (CD-1182 et CD-1192) et West Hill Radio Archives (WHRA~6022), nous permet de mieux cerner encore la personnalité attachante de Pierre Monteux, immense musicien français.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Grosse Fuge (arrangement : Felix Weingartner) ; Les Créatures de Prométhée (extraits) ; Ouvertures Fidelio et Léonore n°3 ; Concerto pour violon en ré op. 61 ; Symphonies n°5 en ut mineur op. 67, et n°6 en fa « Pastorale » op. 68. Claude Debussy (1862-1918) : Le Martyre de Saint Sébastien, extraits symphoniques ; Nocturnes ; Prélude à l’après-midi d’un Faune. Richard Strauss (1864-1949) : Tod und Verklärung op. 24 ; Don Juan op. 20 ; Don Quichotte op. 35. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon en ré op. 77 (deux versions) ; Concerto pour piano nº1 en ré mineur op. 15 ; Ouverture pour une Fête Académique op. 80 ; Ouverture Tragique op. 81 ; Onze Préludes de Choral op. 122 (arrangement : Virgil Thomson). Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse. Richard Wagner (1813-1883) : Extraits de Tristan et Iseut, Parsifal, Lohengrin, Rienzi, Le Vaisseau Fantôme, Siegfried, Tannhäuser et La Walkyrie. Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka, ballet. Mikhaïl Glinka (1804-1857) : Russlan et Ludmilla, ouverture. Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonies n°4 en fa mineur op. 36, et n°5 en mi mineur, op. 64. Darius Milhaud (1892-1974) : Les Euménides, prélude de l’acte III. Paul Hindemith (1895-1963) : Nobilissima Visione. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Le Coq d’Or, Introduction et Cortège de Noces de l’acte III. Vincent d’Indy (1851-1931) : Symphonie n°1 sur un chant montagnard français (Symphonie cévenole) op. 25. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passacaille et Fugue en ut mineur (arrangement : Ottorino Respighi). Felix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°4 en la op. 90 « Italienne » ; Concerto pour piano nº1 en sol mineur Op. 25. Robert Schumann (1810-1856) : Manfred, ouverture ; Introduction et Allegro appassionato. Leon Fleisher, piano ; Nicole Henriot-Schweitzer, piano ; Rudolf Serkin, piano ; Leonid Kogan, violon ; Berl Senofsky, violon ; Isaac Stern, violon ; Joseph de Pasquale, violon alto ; Samuel Mayes, violoncelle ; Doriot Anthony Dwyer, flûte ; Bernard Zighera, harpe ; Margaret Harshaw, soprano. Boston Symphony Orchestra, direction : Pierre Monteux. 11 CD West Hill Radio Archives WHRA~6034. Code barre : 5425008377261. Enregistré entre le 10 janvier 1958 et le 8 août 1959 au Symphony Hall de Boston et à Tanglewood, Massachusetts. Notices bilingues (anglais, français) excellentes. Durée : 65’34 ; 73’12 ; 78’50 ; 75’52 ; 78’46 ; 70’20 ; 79’47 ; 76’19 ; 69’32 ; 77’14 ; 76’18.

 
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