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Rusalka, l’Ondine du Muséum

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 30-IX-2010. Antonín Dvořák (1841-1904) : Rusalka, conte lyrique en trois actes sur un livret de Jaroslav Kvapil Mise en scène et décors : Jim Lucassen. Costumes : Amélie Sator. Lumières : Andreas Grüter. Avec : Inna Los, Rusalka ; Ludovit Ludha, le Prince ; Hedwig Fassbender, la Princesse étrangère ; Andrew Greenan, Vodník ; Lenka Šmídová, Ježibaba ; Yun Jung Choi, le premier Esprit de la forêt ; Khatouna Gadelia, le deuxième Esprit de la forêt ; Silvia de La Muela, le troisième Esprit de la forêt ; Igor Gnidii, le Garde-forestier / le Chasseur ; Blandine Staskiewicz, le Garçon de cuisine. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell) ; Orchestre symphonique et lyrique de Nancy ; direction musicale : Christian Arming.

Avant-dernier de la série des dix opéras composés par , avec des fortunes diverses, Rusalka en est certainement le chef d’œuvre et le plus retentissant succès. Inspirée au librettiste par des sources aussi diverses que Undine de La Motte Fouqué, La Petite Sirène d’Andersen et La Cloche engloutie de Hauptmann, l’histoire tragique de cette ondine qui troque sa voix pour acquérir des jambes et accéder ainsi à l’humanité et à l’amour s’est imposée au répertoire des théâtres tchèques, et plus généralement dans la sphère d’influence allemande. Ce n’est pourtant qu’en 1982 que la France la découvrit à Marseille et en 2002 qu’elle fit son entrée à l’Opéra national de Paris. Toujours soucieux de révéler à son public des chefs d’œuvre méconnus, l’Opéra national de Lorraine l’a choisie pour son ouverture de saison.

Pour la réalisation scénique, le choix s’est audacieusement porté sur , étoile montante de la scène néerlandaise. Comme il l’explicite dans le programme de salle, l’incompatibilité du monde légendaire de Rusalka et de l’univers contemporain du Prince l’a conduit à situer l’action dans un muséum d’histoire naturelle, dont le Prince est directeur et où Rusalka sort, la nuit tombée, d’un tableau. Passé contre présent, tradition contre progrès, nature contre civilisation, croyance contre science, instinct contre intelligence, le postulat est riche de potentialités. La traduction théâtrale en est brillante ; décors réalistes et soignés du même , direction d’acteurs inventive et travaillée en profondeur, lumières réglées au cordeau par Andreas Grüter aboutissent à un spectacle d’une parfaite cohérence. On regrettera néanmoins que passent à la trappe des aspects consubstantiels de l’œuvre. L’eau, l’élément liquide sont cruellement absents, quand tout, du livret aux ondoyances de l’orchestre, y fait référence. Le réalisme trop concret de la scénographie, les solutions habiles trouvées pour traduire les événements magiques laissent peu de place au rêve et à la poésie. Ainsi présentée, la tragédie de Rusalka en deviendrait presque banale et perd tout caractère mythique. peine quelque peu à trouver le ton juste de chaque scène, accentuant ici la farce (Ježibaba caricaturée en vieille fille bibliothécaire, les interventions du garde-chasse), édulcorant là le drame (le baiser de mort final) ; l’opéra de Dvořák ne contient pas une telle hétérogénéité des ambiances. En dépit de ces limites, il faut saluer cependant la qualité, la précision et l’aboutissement du travail réalisé.

La distribution est très solide et parfaitement impliquée. est une touchante Rusalka, à la voix enveloppante, ciselant une Prière à la Lune de fort belle facture mais touchant ses limites vocales dans les graves ou dans la véhémence des imprécations du second acte. Le ténor Ludhovit Ludha impressionne dans le difficile rôle du Prince par sa puissance et son aisance vocale, quoiqu’un peu plus de subtilité et de nuances ne lui messiérait pas. Fine actrice, donne beaucoup de relief à la Princesse étrangère, malgré des notes aiguës souvent difficiles. A contrario, c’est ce registre aigu qui, bien qu’ouvert, convainc le plus chez l’Ondin parfaitement dessiné de , alors que ses graves sonnent plus étouffés. Lenka Šmídová campe une pittoresque sorcière Ježibaba, entachée vocalement d’une émission bien peu orthodoxe et de multiples scories. Emmené par la cristalline , le trio des Esprits de la forêt est enchanteur et attire l’attention en Garde-forestier / Chasseur plein d’esprit et superbement chantant.

L’absolue satisfaction de la soirée vient de la fosse, où le chef parvient à transcender l’. Rarement a-t-on entendu ce dernier aussi homogène de son, aussi net d’attaques et de rythmes, aussi romantique et évocateur. Une direction attentive à chaque détail, soignant pourtant le galbe des lignes et la fluidité du discours, révélant le soyeux des cordes ou la verdeur des bois, veillant à ne jamais couvrir les chanteurs… un pur bonheur !

Crédit photographique : (Rusalka) & (Vodník) © Opéra national de Lorraine

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 30-IX-2010. Antonín Dvořák (1841-1904) : Rusalka, conte lyrique en trois actes sur un livret de Jaroslav Kvapil Mise en scène et décors : Jim Lucassen. Costumes : Amélie Sator. Lumières : Andreas Grüter. Avec : Inna Los, Rusalka ; Ludovit Ludha, le Prince ; Hedwig Fassbender, la Princesse étrangère ; Andrew Greenan, Vodník ; Lenka Šmídová, Ježibaba ; Yun Jung Choi, le premier Esprit de la forêt ; Khatouna Gadelia, le deuxième Esprit de la forêt ; Silvia de La Muela, le troisième Esprit de la forêt ; Igor Gnidii, le Garde-forestier / le Chasseur ; Blandine Staskiewicz, le Garçon de cuisine. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell) ; Orchestre symphonique et lyrique de Nancy ; direction musicale : Christian Arming.

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