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Elektra anecdotique à Genève

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre. 16-XI-2010. Richard Strauss (1864-1949) : Elektra, tragédie musicale en un acte sur un livret de Hugo von Hofmannstahl d’après Sophocle. 
Mise en scène : Christof Nel. Décors : Roland Aeschlimann. Costumes : Bettina Walter. Lumières : Susanne Reinhardt. Avec Eva Marton, Klytämnestra ; Jeanne-Michèle Charbonnet, Elektra ; Erika Sunnegårdh, Chrysothemis ; Jan Vacík, Aegisth ; Egils Silins, Orest ; Ludwig Grabmeier, Le Précepteur ; Magali Duceau, La Confidente ; Cristiana Presutti, La Porteuse de traîne ; Manfred Fink, Un Jeune Serviteur ; Slobodan Stankovic, Un Vieux Serviteur ; Margaret Chalker, La Surveillante ; Isabelle Henriquez, La Première Servante ; Olga Privalova, La Deuxième Servante ; Carine Séchaye, La Troisième Servante ; Sophie Graf, La Quatrième Servante ; Bénédicte Tauran, La Cinquième Servante. Chœur du Grand Théâtre de Genève (direction Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande, direction musicale : Stefan Soltesz

En 1990, la scène du Grand Théâtre de Genève marquait durablement les esprits avec une production d’Andreï Serban qui plongeait le public aux confins de la folie d’Elektra avec, sous la direction d’une rare finesse de Jeffrey Tate, une flamboyante donnant la réplique à une monumentale Leonie Rysanek. Vingt ans plus tard, allait-on retrouver l’exacerbation des sentiments extrêmes avec la mise en scène de Christof Nel ? Force est de reconnaître qu’avec le retrait de la scène de monstres sacrés tels que Jones et Rysanek, ces bêtes de scène n’ont guère retrouvé de remplaçantes. Dans cette production du Grand Théâtre de Genève, ces absences se font d’autant plus cruellement sentir que la mise en scène de Christof Nel manque de la tension dégagée par le drame qui ronge la famille d’Elektra.

Alors que, sur le drame de Sophocle, compose une œuvre cataclysmique, où la fureur, la vengeance, la violence sont les ingrédients majeurs, la fosse offre une musique souvent trop «léchée» pour amener les chanteurs au-delà de leurs vocalités. Le chef hongrois «symphonise» un très bel alors qu’on s’attend à ce qu’il en extirpe un tremblement de terre, un déferlement musical. Une absence d’intensité dramatique qui se retrouve sur la scène. Parallèlement, Christof Nel ne parvient pas à exacerber son théâtre à la hauteur de ce que la musique fait entendre comme à celle de ce que le texte raconte. Sa mise en scène manque de force. L’émotion, l’horreur en sont absentes. Pourtant on ne vit pas impunément un assassinat. Qu’on en soit l’auteur ou la victime indirecte. On ne peut monter un tel spectacle sans l’investir de ce que le spectateur doit ressentir de ce drame. Certes, Christoph Nel raconte mais il reste dans l’anecdote. La veste tachée de sang d’Electre ne suffit pas illustrer l’effroi. Aussi grande soit-elle, le brandir d’une hache n’effraie personne si le coup n’est pas asséné. Et les déambulations effrénées des protagonistes ne suffisent pas à donner l’impression qu’ils sont investis dans l’horreur. Pourtant, sa mise en scène ne manque pas d’idées quand il montre l’impossibilité des membres de la famille de quitter la maison qui tourne au centre de la scène. Une maison grise et noire totalement vide où personne ne peut vivre. La chute de la maison Elektra à l’image de la vie de cette famille maudite.

De même, la direction d’acteurs reste en-deçà de ce que demande la prosodie d’Hofmannstahl. Si on entend Clythemnestre, la meurtrière de son mari Agamemnon, dire ses insomnies, ses cauchemars, (vocalement ruinée) reste une pâle reine de Mycènes et ne donne jamais l’impression de vivre ce remord. Si on sait que sa fille Electre ne survivra qu’après avoir vengé la mort de son père, le drame de son projet de tuer sa mère et l’amant de celle-ci ne transparait guère dans le jeu de (la voix hululant dangereusement dans le registre aigu) quand bien même elle tente d’imposer un personnage mentalement dérangé plus que déterminé dans son dessein justicier. A leurs côtés, seule (Chrysothemis), la voix magnifiquement aérienne, investit son personnage avec intelligence. Refusant le drame qui l’entoure, elle cherche à s’échapper de la douleur extrême de celle qui assiste, impuissante, à l’écroulement de sa famille sans pouvoir raisonner l’évidence. Si l’Orest de déçoit par manque d’intention plus que de voix, le personnage antipathique d’Aegisth trouve une interprète idéal avec la clarté vocale du ténor .

Crédit photographique : (Elektra) ; (Klytämnestra) © GTG/Vincent Lepresle

 

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