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Thomas Hampson, l’irrésistible enthousiasme

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Genève, Victoria Hall. 07-XII-2010. Estraits d’œuvres de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Jacques Offenbach (1819-1880), Jules Massenet (1842-1912), Ambroise Thomas (1811-1896), Giuseppe Verdi (1813-1901), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Thomas Hampson, baryton. Orchestre Philharmonique du Wurtemberg, direction Ola Rudner


Irrésistible enthousiasme, c’est le sentiment qui se dégage du récital offert par le baryton . Jacques Brel disait que « le talent c’est l’envie ». Ce récital en est la confirmation. Une irrésistible envie. Celle de chanter Verdi, Massenet ou comme ce superbe musicien quand bien même nous ne sommes pas chanteurs.

Même si parsemée de petits décalages, l’énergique Marche slave de Tchaïkovski sait trouver sa place et chauffe le public agréablement en quelques minutes. Quand entre le baryton américain tout auréolé d’un charisme désarmant, souriant, à l’apparence totalement décontractée, et qu’il entame les premières notes de l’air d’Onéguine au 1er acte, immédiatement, on sent qu’il a posé la barre très haut dans un récital qui va le porter vers la démonstration époustouflante de sa forme vocale. Fascinant, accrocheur jusque dans le sérieux, il envoie son air avec une voix d’une clarté inouïe.

Tout au long de son récital, va donner le meilleur de lui-même avec une débordante générosité artistique. Il offre ce qu’on attend d’un artiste : qu’il se dépasse, qu’il nous envahisse, qu’il nous submerge. Passant d’une expression à l’autre avec professionnalisme et respect du public, il affiche un évident plaisir de chanter. Il émeut quand, dans le chant désespéré d’Hérode prêt à boire ce qu’il craint être un poison aux seules fins de voir son aimée. Il fait pénétrer les sens des mots, leur couleur quand, dans Hamlet, il commande au vin de lui faire oublier la tristesse de ses tourments. Réécoutant l’enregistrement qu’il grave de cet opéra en 1993, on mesure aujourd’hui la distance parcourue par Thomas Hampson. Comme la voix s’est ouverte, ce qu’elle a acquit de puissance, de couleurs, d’aisance et d’homogénéité.

En deuxième partie, Verdi est à l’honneur avec, d’abord, une poignante scène de Don Carlo quand le marquis de Posa fait ses adieux à la vie. Posant sur chaque mot un poids de douleur, Thomas Hampson s’empare du texte dans une bouleversante interprétation, qui, derrière une diction impeccable, transperce le cœur. Quelle voix, quelle noblesse, quelle verticalité ! Une impression de domination, d’aisance vocale dans ce répertoire qui se confirme avec le splendide phrasé du récitatif et de l’air de Don Carlo du 3ème acte d’Ernani où la puissance de son instrument éclate avec la même veine que la sensibilité qu’il délivre dans cette méditation sur la solitude des souverains.

Avec son généreux engagement vocal on craint que le baryton accusera une baisse de régime. Rien n’y fait. Bien au contraire dans les deux derniers airs de son récital, il va démontrer son incroyable santé vocale. D’abord avec l’exigeant Eri tu du Ballo in Maschera qu’il empoigne avec une extrême sensibilité. Puis, l’intensité du propos, le volume de la voix, sa ligne de chant, rien de ce que Thomas Hampson offre ne s’étiolera dans l’air de Seid du 3ème acte de Il Corsaro. Et il en sera ainsi jusqu’à l’ultime note de ce récital.

En bis, comme un «bonbon» à ces retrouvailles avec le public genevois, Thomas Hampson offre un mutin Deh, vieni alla finestra du Don Giovanni de Mozart, petit message à l’intention du Grand Théâtre qui, malgré le triomphe qu’il avait remporté jadis dans cette œuvre, ne l’a plus programmé dans un opéra. Et ce, depuis 1989 !

Crédit photographique : Thomas Hampson © Dario Acosta

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Genève, Victoria Hall. 07-XII-2010. Estraits d’œuvres de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Jacques Offenbach (1819-1880), Jules Massenet (1842-1912), Ambroise Thomas (1811-1896), Giuseppe Verdi (1813-1901), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Thomas Hampson, baryton. Orchestre Philharmonique du Wurtemberg, direction Ola Rudner

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