Le Lac des Cygnes, certes

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Bastille. 10-XII-2010. Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893) : Le Lac des Cygnes, ballet en trois actes. Chorégraphie et mise en scène : Rudolf Noureev, d’après Marius Petipa et Lev Ivanov. Décors : Ezio Frigerio ; Costumes : Franca Squarciapino. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Ludmila Pagliero, Odette/Odile ; Christophe Duquenne, Siegfried ; Yann Saïz, Wolfgang/Rothbart ; Emmanuel Thibault, Mélanie Hurel, Myriam Ould-Braham, Pas de Trois ; et le Corps de Ballet de l’Opéra National de Paris. Orchestre Colonne, direction : Simon Hewett.

Certes Mlle Pagliero danse pour la première fois le Lac, certes c’est une Première Danseuse, certes sa Paquita était absolument exquise. Mais le rythme imposé lors de cette soirée qui se situe au début de la reprise du Lac pour les fêtes de fin d’année est marqué d’une longueur incommensurable. Ce qui péche ce soir là n’est pas une question de technique ; la danseuse s’en tire fort bien et contraste étonnamment avec les déformations que connaît la danse aujourd’hui, particulièrement en ce qui concerne l’élévation des jambes. On reconnaît sa capacité à danser parfaitement ; les schémas dansés pourraient former, si on les traçait sur le sol, de rigoureuses figures mathématiques. Il n’y a à aucun moment l’appréhension de la chute de pointe (si ce n’est quand elle est provoquée par le partenaire). La réalisation de toutes les difficultés alambiquées de Noureev sont maîtrisées. Et cela est déjà beaucoup.

Certes, quand on pense à une possibilité de nomination en Étoile, on pourra penser à elle. Mais pas ce soir là où le temps s’étire indéfiniment ; il y manque furieusement une bienfaitrice respiration. Aussi bien dans la continuité des actes que dans une variation même, une caractéristique dominante fait défaut ; peu importe que celle-ci soit la nervosité, la placidité, l’extase, la quiétude : la caractérisation de Mlle Pagliero est absente, et c’est regrettable qu’il n’y ait rien à partager durant ces trois heures bien longues.

Certes, elle n’est pas aidée avec un partenaire, certes attentif, mais qui verse dans la même indifférence. Assez bien dansant, les directions sont toutefois plus brouillonnes, et quand bien même tout reste correct, l’attention ne peut être amenée à son plus haut point par une neutralité déconcertante de la part d’un danseur que l’on a vu plus inspiré.

En revanche, , seul intérêt de la soirée, et en dépit d’une légère fatigue physique, installe un personnage charismatique, en rien machiavélique comme l’imposent d’autres Rothbart ; a contrario, une grande simplicité permet de saisir les mouvements dynamiques des relations malfaisantes que Rothbart tisse avec sa victime. Une lecture moins triturée et plus évidente, donc.

Un orchestre qui se permet quelques écarts de justesse, bien à l’inverse d’un corps de ballet très en place, bien qu’un peu trop froid. On ne peut s’accommoder du postulat que le climat du Lac de Noureev soit dans l’ensemble glacial pour signifier le décalage entre le Prince et le reste du monde. On peut prendre l’exemple des danses de caractère qui doivent présentées de façon plus sanguine que ce que l’on voit. Dans tous les cas, le Pas de Trois reste un des meilleurs ensembles que la compagnie possède ( détiendra-t-il à la fin de sa carrière le record du nombre de variations de divertissement dansées tout en ayant que bien peu de contreparties?).

On ne peut être que bienveillant envers une telle jeunesse. Il faudra toutefois, pour susciter davantage de curiosité, attendre que la verdeur laisse place à la maturité.

Crédit photographique : et © Agathe Poupeney/ Opéra National de Paris

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