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Street Scene de Kurt Weill : Place aux jeunes !

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Paris. Amphithéâtre Bastille. 22-XII-2010. Kurt Weill (1900-1950) : Street Scene (extraits), An American Opera en deux actes sur un livret d’Elmer Rice. Mise en scène : Irene Bonnaud. Costumes : Nathalie Prats. Lumières : Daniel Levy. Chorégraphie : Jean-Marc Piquemal. Avec : Olivia Doray, Rose Maurrant / une lycéenne ; Ilona Krzywicka, Mrs Maurrant ; Zœ Nocolaidou, Mae Jones / une lycéenne / la première nurse ; Chenxing Yuan, Mrs Fiorentino ; Marianne Crebassa, Mrs Olsen ; Carol Garcia, Jenny Hildebrand ; Letitia Singleton, Mrs Jones / la seconde nurse ; Manuel Nuñez Camelino, Abraham Kaplan / Lippo Fiorentino ; Cyrille Dubois, Sam Kaplan / Daniel Buchanan ; Alexandre Duhamel, Mr Olsen ; Michael Partyra, Henry Davis ; Damien Pass, Mr Maurrant / Dick Mc Cann ; Florian Sempey, Harry Easter / Mr Jones. Chloé Ghisalberti, Alphonse Cemin, piano

Est-ce la création française de Street Scene à Toulon en mars 2010 qui a donné des idées à l’ de l’Opéra National de Paris ? Allez savoir ! Toujours est-il que l’intention est excellente, car non seulement l’œuvre est passionnante, mais elle propose une quinzaine de rôles et de nombreux ensembles, propres à laisser s’exprimer beaucoup de jeunes talents.

Le livret raconte une journée ordinaire dans un immeuble new-yorkais à loyer modéré, peu de temps après la guerre, un jour de grande canicule. Bien qu’américains, les protagonistes sont originaires d’un peu tous les coins de l’Europe, et ont le rêve d’une vie meilleure chevillé au corps. Les femmes, entre deux corvées ménagères, sont assises sous le porche et cancanent à qui mieux mieux ; les hommes rapportent la paie au foyer, quand ils ne se saoulent pas. Les filles tentent de s’en sortir, celle-ci en fréquentant un homme riche plus âgé qu’elle, celle-là en amassant des diplômes. Une pauvreté à la fois joyeuse et résignée rôde, Mrs Buchanan va accoucher sous peu, Mrs Hildebrand va être expulsée, faute de pouvoir payer son loyer, et Mrs Maurrant, en manque d’affection, trompe son époux, jusqu’au drame de la jalousie…

La musique, qu’on dit inspirée de l’opéra européen et de Gershwin, rappelle surtout Broadway et le swing. Riche et dansante, bourrée d’ensembles électrisants, elle ne connaît aucune baisse d’inspiration. L’œuvre originale a été retaillée à la mesure de l’ : quelques coupures, une redisposition de certains personnages pour n’en former qu’un seul, un arrangement pour piano, dont une introduction à quatre mains, et des dialogues dits en français. Si on est admiratif du travail accompli par les pianistes Chloé Ghisalberti et Alphonse Cemin, on ne sera pas aussi enthousiaste sur les dialogues parlés, souvent douloureux.

La mise en scène, très affûtée, ne laisse pas de place aux temps morts. Le décor représente la façade en bois d’un immeuble, sur laquelle les porte et fenêtres sont dessinées à la craie. Lors des précipités (l’œuvre est donnée sans entracte) elle laisse apercevoir les graffitis qui la maculeront soixante ans plus tard, quand le rêve, définitivement éteint, ne laissera plus les nouveaux immigrants s’intégrer, et que le bâtiment se transformera en ghetto.

Au plan interprétatif, on assiste à une véritable fête vocale, et c’est un réel plaisir d’entendre cette explosion de jeunes talents. Les quatre héros principaux, bien sûr : le ténor , découvert l’an dernier au Concours International de Chant de Clermont-Ferrand, fait valoir en jeune premier souplesse et qualité de timbre, et forme un couple idéal avec l’attachante . brûle les planches en Mr Maurrant, et se paie le luxe de danser un swing endiablé dans le second rôle de Dan Mc Cann, accompagné de la charmante Zœ Nocolaidou. est une Mrs Maurrant bien chantante, mais trop placide. On retiendra également le beau baryton de Michael Partyra. Mais tous les autres seraient à citer sans exception, car ils sont vraiment magnifiques de timbre et de technique, et très bien préparés, à l’exception des dialogues parlés.

Sans vouloir préjuger de ce qu’on n’a pas vu, peut-être que ce qui se déroulait ce soir-là dans les tréfonds de l’Opéra-Bastille était-il plus excitant que ce qui se passait quelques étages plus haut…

Crédit photographique : (Mrs Olsen) & (Mrs Fiorentino) ; (Rose Maurrant), (Mrs Maurrant), Letitia Singleton (Mrs Jones) & (Mr Maurrant) © Mirco Magliocca / Opera national de Paris

 

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Paris. Amphithéâtre Bastille. 22-XII-2010. Kurt Weill (1900-1950) : Street Scene (extraits), An American Opera en deux actes sur un livret d’Elmer Rice. Mise en scène : Irene Bonnaud. Costumes : Nathalie Prats. Lumières : Daniel Levy. Chorégraphie : Jean-Marc Piquemal. Avec : Olivia Doray, Rose Maurrant / une lycéenne ; Ilona Krzywicka, Mrs Maurrant ; Zœ Nocolaidou, Mae Jones / une lycéenne / la première nurse ; Chenxing Yuan, Mrs Fiorentino ; Marianne Crebassa, Mrs Olsen ; Carol Garcia, Jenny Hildebrand ; Letitia Singleton, Mrs Jones / la seconde nurse ; Manuel Nuñez Camelino, Abraham Kaplan / Lippo Fiorentino ; Cyrille Dubois, Sam Kaplan / Daniel Buchanan ; Alexandre Duhamel, Mr Olsen ; Michael Partyra, Henry Davis ; Damien Pass, Mr Maurrant / Dick Mc Cann ; Florian Sempey, Harry Easter / Mr Jones. Chloé Ghisalberti, Alphonse Cemin, piano

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