Pas forcément à son avantage

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Baden-Baden. Festspielhaus. 28-XII-2008. Rodion Chtchedrine (1932) : Carmen Suite. Chorégraphie : Alberto Alonso. Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Scotch Symphony. Chorégraphie : George Balanchine. Carl Czerny (1791-1857) : Études. Chorégraphie : Harald Lander. Avec : Ulyana Lopatkina, Danila Korsuntsev (Carmen Suite), Anastasia Matvienko, Alexander Sergeyev (Scotch Symphony), Viktoria Tereshkina, Vladimir Shklyarov, Denis Matvienko (Études) ; et le Corps de Ballet du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Alexei Repnikov.

Gala de Danse

Le gala qui clôture la traditionnelle semaine de danse du Mariinsky en fin d’année dans la très russophile Baden-Baden est d’un bilan mitigé. Le programme, censé représenter une certaine excellence de l’École Vaganova laisse surtout visible une grande carence quant à la coordination globale de l’ensemble ; cela est constatable devant des Études qui devraient être sortis d’un livre d’exercices, et malheureusement le corps de ballet est peu à la hauteur de sa réputation. Aussi bien dans les doubles pirouettes qu’aucune des quatre danseuses préliminaires ne maîtrise que dans l’ensemble des exercices à la barre éclairés uniquement au niveau de la jambe, on ne trouve que bien peu de coordination scolaire, ce qui suffirait à susciter quelque admiration. Les jambes sont toutes à hauteur différente, les ronds en jambe en l’air ne sont pas en règle, et dans les moments où les danseuses font les mêmes pas sous forme de canon chorégraphique, on ne repère aucune architecture solide. Ce qui aurait dû être une apothéose est une péroraison un peu terne. Bien sûr, Mlle Tereshkina est toujours aussi vaillante, avec une infaillible vigueur, même dans les courts dangers distillés ça et là le long de la partition. C’est toutefois dans la partie romantique, en tutu long, qu’elle se montre la plus convaincante, illuminant la scène ( la chorégraphie est ainsi réalisée à dessein) par une poésie du haut du corps et une douceur du bas de jambe (et notamment dans la réception des sauts). Quant aux hommes, , avec l’insouciance de la jeunesse, se donne entièrement dans une joie communicative ; sa petite batterie n’a rien à envier de ce que l’école française défend, et sa saltation est en rapport avec sa verdeur ; ce que l’on ne retrouve pas chez Denis Matvienko, plus laborieux de manière globale, quand bien même il réalise des prouesses dans la série des tours à la seconde et des fouettés (en particulier, des fouettés en dedans impressionnants). Sa variation cherche à éblouir, mais montre désormais ses limites et la nécessité qu’il a d’utiliser la force au lieu de l’élasticité. Une différence d’école avec la troupe qui l’a engagé.

Carmen-Suite, qui ouvre la soirée, est une œuvre créée pour , sur la musique de Bizet remaniée par son mari , avec des emprunts divers à d’autres compositions. Elle est d’un intérêt plus historique que véritablement captivante, à l’instar de certaines pages de la danse que le Mariinsky fait entrer à son répertoire pour l’élargir, sans totalement le fourvoyer dans du contemporain que ses danseurs ne sauraient du reste interpréter. est aux antipodes de l’idée que l’on se fait d’une Carmen, mais elle parvient intelligemment à développer une héroïne douce et magnétisante sans être ni femme fatale ni vulgaire. est en revanche plus neutre, et les trois quarts d’heure passe agréablement, mais sans surprise.

Reste le cas de Scotch Symphony, située entre les deux autres pièces. Tout juste rentrée dans les habitudes du Kirov, on réalise combien Balanchine a voulu modeler de la danse sur toutes les musiques. Prenant comme tissu musical la Symphonie Écossaise de Mendelssohn, celle-ci se prête néanmoins peu aux évolutions dansées. Dans une veine plutôt romantique, tutus longs et kilts se veulent prolonger le songe sylphe avec quelques apports originaux de Balanchine (comme des sauts de cheval réalisée par la danseuse principale et jetée par son partenaire, donnant l’illusion d’un envol plus grandiose). , bien que très correcte, irradie peu dans cet ensemble qui questionne des motivations de la direction du Théâtre à avoir fait rentrer dans les tablettes ce morceau plaisant et vain. Elle manque non de grâce ou de joliesse, mais juste de respiration, d’envi ou de plaisir (peut être est-ce ici qu’il eût fallu distribuer une Tereshkina). Cet aspect là n’est pas partagé par Varlerya Martynyuk qui, sourire aux lèvres, ravale la danseuse principale dans les limbes de l’oubli.

D’une facture assez classique, la cohésion de cette soirée, factuellement logique, n’est cependant pas en corrélation avec les capacités habituellement exploitées de la troupe russe.

Crédit photographique : U. Lopatkina et V. Shklyarov © N. Razina

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