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Esa-Pekka Salonen : Parcours du chef d’orchestre

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Esa-Pekka Salonen (né en 1958) suit en tant que compositeur une trajectoire superposable à celle des nombreux créateurs de notre temps. Il débute hardiment par une modernité volontaire et sans concession à la tradition. Au fur et à mesure de son trajet, son langage évolue et aboutit à plus de compromis en accueillant davantage de tonalité et de sens mélodique. Ces métamorphoses rendent sa musique plus accessible et stimule l’intérêt d’une part grandissante d’auditeurs, au-delà du cercle des aficionados de la musique contemporaine. Pour accéder au dossier complet : Esa-Pekka Salonen, les noces de la modernité et de la tradition

 

Pendant de nombreuses années, était plus reconnu pour ses activités de chef d’orchestre que par ses compositions. Si désormais, la facette créatrice l’a consacré comme compositeur majeur, il n’en reste pas moins un virtuose de la baguette. À la tête des orchestres de la radio suédoise, puis du Los Angeles Philharmonic et désormais du Philharmonia orchestra de Londres, le chef a laissé des enregistrements majeurs et marqué le public par des tournées triomphales. Cette évolution de carrière reste toujours étonnante pour un musicien qui n’avait jamais envisagé sérieusement de devenir chef d’orchestre.

Né en 1958, étudie à l’Académie Sibelius d’Helsinki. Virtuose du cor, il passe par la classe de Jorma Panula, le légendaire pédagogue finnois de la direction d’orchestre. Même si Salonen avoue «je n’ai jamais eu l’intention de devenir chef d’orchestre, sincèrement. J’ai un peu étudié la direction d’orchestre pour pouvoir diriger mes propres œuvres ou certaines œuvres de mes collègues. /…/je tenais les chefs d’orchestre pour une espèce particulièrement exécrable», il fait partie d’une génération dorée de la direction finlandaise. Cette dernière, voit sortir de la classe de Jorma Panula des virtuoses de la baguette comme Jukka-Pekka Saraste, Osmo Vanskä ou Sakari Oramo. En 1979, Salonen fait ses débuts avec l’orchestre de la radio d’Helsinki, alors qu’en propagateur de la musique contemporaine, il fonde, en 1983, avec ses amis et Esa-Pekka Salonen, l’ensemble Avanti ! Cette formation expérimentale débride la scène finnoise, comme l’explique le chef d’orchestre John Storgårds, alors violoniste dans l’orchestre : «Ce projet sans frontières a stimulé l’attention du public et nous avons pu décliner les manifestations sous diverses formes : du happening au festival d’été en surfant sur la grande liberté des styles que l’on retrouve en Scandinavie». Quelques disques, sous la baguette de Salonen, témoignent de cette aventure, essentiellement dans des pièces de (Finlandia).

L’année 1983, marque également le coup d’envoi de la carrière de Salonen comme chef d’orchestre ; il remplace, à la tête du Philharmonia de Londres, Michael-Tilson Thomas dans la redoutable symphonie n°3 de Mahler. Le triomphe est total et le chef entame une collaboration renforcée avec l’orchestre. C’est également l’époque des premiers disques du chef d’orchestre dans le grand répertoire symphonique : une compilation de pièces virtuoses pour Philips avec l’orchestre de la radio bavaroise et un disque avec l’Orchestre de la radio de Baden-Baden. En 1985, le chef est nommé au pupitre de l’orchestre de la radio suédoise à Stockholm, il y restera 10 ans gravant une intégrale des symphonies de , et d’Œdipux Rex de Stravinsky qui continuent d’être des grandes références. Le chef a signé un contrat d’exclusivité avec la firme CBS qui deviendra ensuite Sony Music. C’est la grande époque du disque classique et le chef peut ainsi explorer le répertoire du XXe siècle pour le compte du label américano-japonais. On relève ainsi des gravures remarquables de la Turangalila Symphonie de Messiaen et de la symphonie n°3 de Lutoslawski qui remporte de nombreux prix. Malheureusement, jamais rééditée, la lecture de Des Canyons aux étoiles d’, avec le London Sinfonietta reste la grande référence de la discographique dans cette œuvre. A Londres, le chef amorce un cycle Stravinsky qui marque son époque. Le musicien au tempérament incandescent et à la précision diabolique fait exploser le Sacre du Printemps et les grands ballets de Stravinsky avec le Philharmonia et le London Sinfonietta. Avec l’orchestre de chambre de Stockholm, Salonen enregistre un album de symphonies de Haydn (symphonies n°22, 78 et 82), aussi excellentes que sous estimées et un disque depuis longtemps tombé dans les oubliettes du marché du disque (Métamorphoses et Sextuor de Capriccio).

En 1992, Salonen traverse l’Atlantique et les Usa pour poser ses valises à Los Angeles. Jusqu’en 2009, le musicien va présider au destin de l’Orchestre Philharmonique de la ville californienne. Son contrat avec Sony lui permet d’enregistrer certaines pièces de Sibelius (Kullervo, Légendes Lemminkainen) et d’explorer le grand répertoire avec plus ou moins de bonheur : Mahler (Symphonies n°3, n°4, Lied von der Erde), Bruckner (symphonie n°4), Debussy (La Mer, Images, la Damoiselle Elue, suite du Martyre de Saint-Sébastien, Prélude à l’après midi d’un faune, Printemps), Bartók (Concerto pour orchestre et Musique pour cordes, percussions et célesta). Mais le chef prend le temps de graver deux disques indispensables : une compilation de musiques de film de et surtout un disque consacré au compositeur mexicain Sylvestre Revueltas. On remarque également des disques concertants avec son fidèle ami le pianiste Yefim Bronfman (Bartók et Chostakovitch) et les violonistes (Bartók et Stravinsky), Cho-Liang Lin (Stravinsky et Prokofiev), (Sibelius, Goldmark).

Au tournant des années 2000, Salonen passe chez DGG. Il grave un disque explosif consacré à Moussorgski, Bartók et Stravinsky (Sacre du Printemps), mais la crise du disque limite ses apparitions à des concerts en téléchargement où l’on pointe une magistrale symphonie n°2 de Sibelius et un album autour des musiques des années 1945-50 intitulé «A l’ombre de Staline». Avant de quitter Los Angeles, le chef a la chance d’inaugurer la nouvelle salle de Concert le Walt Disney Concert Hall. Ce lieu est construit par l’architecte américain Frank Gehry.

La carrière de Salonen s’est toujours développée en complément de son mandat américain. Avec le Philharmonia, un cycle Ligeti a été présenté sur diverses scènes du monde avec, en point d’orgue les représentations de la nouvelle version de son opéra Le Grand Macabre et la création mondiale de la pièce Clocks and Clouds. Invité à diriger la philharmonie de Berlin, Salonen grave des albums Prokofiev (extraits de Roméo et Juliette) et Grieg (extraits de Peer Gynt). Il défend toujours, avec conviction ses amis compositeurs finlandais avec les créations mondiales et finnoises des opéras de : l’Amour de Loin, Adriana Mater et La Passion de Simone et de la pièce orchestrale Related Rocks et du triptyque pour orchestre de Magnus Lindberg.

En 2008, Salonen retourne en Europe et prend le poste de chef principal de l’orchestre Philharmonia. Des saisons thématiques permettent au chef de concentrer ses concerts sur des sujets à la fois musicaux et éducatifs. Une première série de concerts a mis la lumière sur la Vienne artistique des années 1900-1935 avec des performances dans près de 18 villes européennes. Cantonné à un rôle d’accompagnateur de luxe pour des disques de DGG (avec et ), le chef profite du label du Philharmonia Orchestra pour laisser des témoignages dans Berlioz (Symphonie fantastique), Schœnberg (GurreLieder) et Mahler (symphonie n°9) en attendant une symphonie n°6 de Mahler.

Les indispensables de Salonen chef d’orchestre :

Malheureusement, une grande partie de la discographie du chef a été supprimée du catalogue. Les enregistrements Finlandia sont carrément introuvables, tout comme la plupart des enregistrements Sony. Heureusement, certaines collections économiques recyclent de temps à autre quelques titres qui apparaissent également, sur les plates-formes de téléchargement.

Nous conseillons donc ces 5 indispensables d’Esa-Pekka Salonen chef d’orchestre :

(1911-1975) : Musiques de film : The Man Who Knew Too Much ; Psycho, suite pour cordes ; Marnie : Suite ; North by Northwest : Ouverture ; Vertigo : suite ; Torn Curtain ; Fahrenheit 451 : Suite pour cordes, harpes et percussions ; Taxi Drivers : A Night-Piece pour orchestre. Los Angeles Philharmonic Orchestra, direction Esa-Pekka Salonen. 1 CD Sony. Référence 504008 2.
(1860-1911) : Symphonie n°9 en ré majeur. Philharmonia Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen. 1 CD Signum. Référence SIGCD188.

(1899-1940) : Sensemaya, Ocho por Radio, La Noche de Los Mayas ; Homenaje a Frederico Garcia Lorca, Ventanas, First and Second Serious Piece. Los Angeles Philharmonic et Los Angeles Philharmonic New Music Group, direction : Esa-Pekka Salonen. 1 CD Sony. Référence : SK 60676.

(1865-1957), Symphonie n°2. Los Angeles Philharmonic, direction : Esa-Pekka Salonen. Disponible uniquement en téléchargement.

Modest Moussorgski (1823-1881) : Une nuit sur le mont chauve (version originale) ; (1881-1945) : Le Mandarin Merveilleux, Op. 19. Sz. 73 (suite de concert) ; (1882-1971) : Le Sacre du printemps (version de 1947). Los Angeles Philharmonic Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen. 1 CD DGG. Référence 00289 477 6198

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