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Coppélia, la poupée qui fait non

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Paris. Opéra Garnier. 17-III-2011. Ballet de l’Opéra National de Paris : Coppélia. Chorégraphie et mise en scène : Patrice Bart, d’après Arthur Saint-Léon. Musique : Léo Delibes. Décors et costumes : Ezio Toffolutti. Lumières : Yves Bernard. Assistante du chorégraphe : Claude de Vulpian. Orchestre Colonne, direction : Kœn Kessels. Avec : Dorothée Gilbert, Swanilda ; Mathias Heymann, Frantz ; José Martinez, Coppélius ; Fabrice Bourgeois, Spalanzani ; et les danseurs du Ballet National de l’Opéra de Paris.

Bilan mitigé pour cette première de Coppélia : si le ballet a bénéficié d’une interprétation pleine de brio, cette version de ne nous a cependant pas totalement convaincus.

, Maître de ballet et chorégraphe, signe ici une reprise du ballet d’Arthur Saint-Léon. Coppélia est inspiré du conte de Hoffmann, L’Homme au sable, publié en 1816. Patrice Bart souhaitait que sa version se rapproche de l’univers sombre et fantastique de ce dernier. On regrette qu’il ne soit pas allé jusqu’au bout de son idée, car si la psychologie des personnages est effectivement plus fouillée que dans la version traditionnelle du ballet, l’ensemble reste toutefois très sucré et loin de cette noirceur esthétique que l’on pouvait attendre.

La scénographie est originale et plutôt réussie, avec des effets de transparence qui siéent au fantastique du conte. Les costumes et accessoires fleurent bon le XIXème siècle des impressionnistes qu’affectionne Patrice Bart. La mise en scène engendre malheureusement une forte impression de déjà-vu : certains tableaux apparaissent comme des calques d’un autre ballet du chorégraphe, La Petite Danseuse de Degas. Elle pèche en outre, à certains égards, par son manque de cohérence. Les danses de caractère, très nombreuses (trop nombreuses ?) nous apparaissent indigestes, surtout plantées dans ce décor de rue très parisien ! Le ballet aurait également gagné à être expurgé de certaines longueurs. La fin du ballet est peut-être trop obscure, au sens propre comme au sens figuré (ces effets de fumée étaient-ils vraiment nécessaires ?) pour convaincre.

Espiègle à souhait, campe le rôle de Swanilda avec la fougue et le sens de l’humour qui la caractérisent. Si sa virtuosité technique et sa vélocité ne se démentent jamais, elle se montre également une interprète savoureuse à la forte personnalité. Vive et pétillante, elle exploite avec aisance les ressorts comiques du ballet. Cette charmante tornade mène son monde à la baguette. Si elle semble quelque peu stressée au début du spectacle, elle entre très vite de plain-pied dans l’intrigue et ne montre aucun signe de fatigue tout au long du ballet, malgré les nombreuses difficultés techniques qui l’émaillent. Un sans-faute pour Mademoiselle Gilbert.

Son partenaire, , est un phénomène dont on ne se lasse pas. Dès son arrivée en scène, le ton est donné. Le jeune homme à la technique exceptionnelle (son ballon laisse sans voix !) est également un interprète convaincant dans le rôle de cet étudiant amoureux de cette jolie chipie. Personnalité sensible et plutôt introvertie, possède pourtant ce côté «bête de scène» qui lui permet d’électriser le public. C’est un bonheur de le voir danser.

L’alchimie passe bien entre les deux interprètes. La douceur de Heymann contraste avec la vivacité de Mlle Gilbert. Ils forment au final un couple aussi sympathique que plaisant. Leur brio technique, leur fraîcheur et leur bonne humeur sont l’atout phare de cette soirée. Cette relève de la jeune génération représente une bouffée d’optimisme en cette période où plusieurs départs au sein de la compagnie se profilent dans un avenir plus ou moins imminent.

interprète avec beaucoup d’engagement le rôle de Coppélius, le personnage le plus abouti de cette relecture de Coppélia. Son Coppélius, taciturne et contrasté, apporte du ressort psychologique à un personnage traditionnellement comique. Dandy désabusé qui vit dans la mélancolie de son amour perdu, il glisse progressivement vers l’irrationalité, provoquant tout à la fois émoi et peur chez Swanilda. Gamine incontrôlable dans les bras de Frantz, elle se métamorphose en femme assujettie dans les bras de Coppélius. La scène finale nous la montre oscillant entre les deux hommes, métaphore du passage hésitant de l’adolescence à l’âge adulte.

Le corps de ballet est, comme à son habitude, en grande forme. On notera la luminosité de Charline Gienzendanner, dont le physique mutin convient à merveille à ce type de rôle. La ravissante confirme encore une fois son indéniable charisme dans les ensembles. Mention spéciale également aux trois interprètes des poupées-automates, et tout particulièrement à Ghislaine Reichert.

Coppélia a connu une heureuse postérité : l’Opéra de Paris affiche, toutes versions confondues, plus de mille représentations, un nombre jamais égalé par les autres grands ballets du répertoire. La reprise de ce ballet signe le départ prochain de Patrice Bart, après plus d’un demi-siècle d’engagement fidèle au sein de la troupe.

Crédit photographique : , et . © Sébastien Mathé / Opéra National de Paris ; José Martinez © Sébastien Mathé / Opéra National de Paris

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Paris. Opéra Garnier. 17-III-2011. Ballet de l’Opéra National de Paris : Coppélia. Chorégraphie et mise en scène : Patrice Bart, d’après Arthur Saint-Léon. Musique : Léo Delibes. Décors et costumes : Ezio Toffolutti. Lumières : Yves Bernard. Assistante du chorégraphe : Claude de Vulpian. Orchestre Colonne, direction : Kœn Kessels. Avec : Dorothée Gilbert, Swanilda ; Mathias Heymann, Frantz ; José Martinez, Coppélius ; Fabrice Bourgeois, Spalanzani ; et les danseurs du Ballet National de l’Opéra de Paris.

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