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L’amour de loin en loin

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel. 31-III-2011. Alban Berg (1885-1935) : 3 pièces pour orchestre op. 6 ; Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde, acte II. Albert Dohmen, le Roi Marke / Kurwenal ; Irène Theorin, Isolde ; Gary Lehman, Tristan ; Iris Vermillion, Brangäne ; Daniel Johansson, Melot ; Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

L’orchestre en résidence salle Pleyel offre ce soir un programme qui n’est pas négligeable : les Pièces op. 6 de Berg, une des œuvres les plus impressionnantes de l’École de Vienne, et le second acte de Tristan, immense duo d’amour débouchant sur une catastrophe. Si l’on considère la phénoménale densité de la partition de Berg, la clarté obtenue est très satisfaisante. La menace qui plane sur la première pièce est bien rendue, y marque soigneusement la progression qui mène à un sommet d’intensité avant de retourner au grondement originel. La Ronde est elle aussi bien menée, mais les couleurs lui font défaut, aussi bien chez les cordes que chez les bois. Dans la troisième pièce, la dizaine d’instruments à percussion, en particulier le marteau, n’écrasent pas les autres pupitres. Le tout se tient, même si l’aspect démesuré et désespéré du morceau n’est guère sensible.

Le prestige de l’affiche réunie pour le second acte de Tristan est indéniable : l’Isolde et le Wotan des derniers festivals de Bayreuth y côtoient le récent Parsifal de Valery Gergiev. Sans plus penser aux lamentations sur la pénurie de chanteurs wagnériens, on savoure ces voix pleines et plutôt belles. fait penser à Birgit Nilsson, par la lumière du timbre (moins coupant tout de même), et aussi par la placidité. , d’abord un peu contraint et parfois en difficulté, donne d’excellentes répliques dans la troisième scène. est singulièrement imposant, sinon bouleversant. , voix de moindre poids mais remarquablement projetée, les surpasse en éloquence pénétrante.

Hélas, la partie orchestrale donne un plaisir plus intermittent. On apprécie la fébrilité de la scène d’ouverture, avec de belles sonneries de cors. Cependant, alors que l’exaltation devrait croître avec l’impatience amoureuse, observe fréquemment de véritables pauses qui semblent destinées à séparer les séquences, et il s’attarde sur des transitions qui ne demandent qu’à jouer leur rôle. Il se livre à une calligraphie qui distend le « sublime tissu d’extase » (pour reprendre une expression des amants) et qui en affaiblit la charge érotique et tragique. Qui plus est, si les chanteurs jouent le jeu du dialogue, les instrumentistes semblent plus d’une fois inattentifs, que ce soit dans leurs entrées ou dans l’énoncé des leitmotiv, jusqu’aux derniers accords, que les bonds du chef ne suffisent pas à caler avec précision. Autres moments sublimes qui déçoivent, avant tout par leur manque de continuité, les appels de Brangäne, qui tiennent du télégramme (« Habet Stop Acht Stop Habet Stop Acht Stop ») et la célèbre phrase des violons qui suit, soigneusement coupée en deux, mais dénuée de l’accablement torride que Bernstein osa lui donner.

Crédit photographique : © Renato Zacchi

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