Banniere-ClefsResmu-ok

Così fan tutte à Salzbourg 2009 : un spectacle au top

À emporter, DVD, DVD Musique, Opéra

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Così fan tutte, opéra en deux actes sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Claus Guth. Décors : Christian Schmidt. Costumes: Anna Sophie Tuma. Lumières : Olaf Winter. Miah Persson, Fiordiligi ; Isabel Leonard, Dorabella ; Florian Boesch, Guglielmo ; Topi Lehtipuu, Ferrando ; Patricia Petibon, Despina ; Bo Skovhus, Don Alfonso. Konzertvereingung Wiener Staatsopernchor (chef de chœur : Thomas Lang). Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Ádám Fischer. Réalisation : Brian Large. 1 Blu-Ray EuroArts 2072534. Code barre 880242725349. Enregistré en juillet et août 2009 au Festival de Salzburg. Sous titres en : anglais, français, allemand, espagnol et italien, japonais. 16/9, son PCM Stéréo, DTS HD Master Audio 5.1. Zone All. Durée 191’

 

Les Clefs ResMusica

Un an après leur Don Giovanni salzbourgeois, la même équipe scénographique emmenée par le metteur en scène proposait avec ce Così fan tutte la dernière levée de la trilogie Da Ponte, où nous retrouvions les mêmes qualités que l’année précédente, sans les petits défauts qui pouvaient irriter par ci par là, faisant de ce spectacle un des plus aboutis et convaincants que nous ayons vus (depuis Ponnelle !) dans ce vaudeville aisément transposable à toute les époques, comme ici dans notre XXIème siècle.

On le sait bien, la relocalisation temporelle et contextuelle des livrets classiques va rarement sans quelques anicroches (au moins) sinon de plus ou moins sérieux problèmes de cohérence que les metteurs en scène ne peuvent pas toujours éviter (quand ils ne s’y vautrent pas sans vergogne). Le Don Giovanni de 2008 avec ses grandes qualités n’en était pas totalement exempt, alors que ce Così de 2009 y échappe complètement. Bon, pour les pinailleurs, on passera sur la référence à une moustache qui n’existe pas ou à des turques jamais visibles car cela relève du détail très fugitif réellement sans conséquence sur la conduite de l’action. De même on acceptera que Despina ne se déguise pas vraiment, pas plus que les hommes, car ça fonctionne en phase avec le personnage de Don Alfonso tel qu’il est montré. En effet, le « pitch » de ce spectacle est fortement basé sur ce personnage, réel Deus ex machina capable d’arrêter le temps d’un claquement de doigts, à la manière du fameux « Q » bien connu des amateurs de Star Trek, usant de ce pouvoir « supérieur » pour jouer avec les autres personnages. La mise en scène utilise parfaitement a propos et sans exagérer cette logique, et du coup tout s’enchaîne à merveille. Le second a priori de cette scénographie est que l’action se passe de nos jours, dans une villa d’architecte, après une soirée festive et bien arrosée, dont les reliefs garniront le plateau tout le premier acte. C’est dans cette ambiance « fin de soirée » que prend place le fameux pari qui nous tiendra en haleine plus de 3h10, grâce surtout à l’incarnation dramatique de tous les personnages, chacun dans son jeu spécifique, mais grâce aussi aux jeux de scène parfaitement réglés et rythmés en phase avec la musique, à l’utilisation intelligente d’un décor fonctionnel et agréable à l’œil, aux costumes impeccablement seyants, au masculin comme au féminin. Sans parler de l’irrésistible charme dégagé par le délicieux duo formé par la blonde et la brune , idéales dans le rôle des deux sœurs, de l’élégance des trois hommes, avec un Alfonso, on l’a dit, limite diabolique, et une Despina tout feu tout flamme de . Tout cela au service de toutes les facettes de l’œuvre de Mozart, faite d’émotion, d’humour, et même de suspens (pas insoutenable quand même). Bref un modèle de mise en scène moderne.

Les protagonistes ne sont pas en reste, même s’ils ne remplaceront pas dans la mémoire des mélomanes certaines distributions magiques comme il en a existé jadis, immortalisées par des disques justement légendaires. Ici on ne peut pas dire qu’il y a une magie particulière dans le mariage des voix des deux sœurs, ou de leurs deux amants, mais, pris individuellement, cela reste très bien. Côté sœurs, on pourra avoir une préférence pour à la voix plus facilement porteuse d’émotion, ne déméritant pas pour autant. Plus d’écart sans doute côté hommes avec le Guglielmo de Fliorian Boesch impeccable de timbre, de souplesse vocale et de style, alors que son compère force parfois la voix, durcissant le timbre et accentue un peu trop artificiellement le staccato. Enfin, côté comploteurs, moins essoufflé que dans son Don Giovanni aixois de 2010, met toute l’intensité requise pour son personnage dans cette conception, et emporte aisément le morceau avec sa Despina enlevée et savoureuse.

Dans la fosse nous retrouvons un Philharmonique de Vienne plus classique de son (plus homogène, engagé, profond) sous la baguette d’ qu’un an auparavant avec . Le ton général manque parfois d’un peu de douceur, il y a comme une vaillance de ton (qu’on retrouve aussi dans le jeu vocal masculin) qui aurait pu être un peu plus modulée. Tout comme le tempo (caractéristique fréquente de bien des interprétations modernes) qui se refuse une trop grande amplitude, exécutant tout l’opéra entre le pas très vite et pas trop vite.

En version purement audio, on ne classerait peut-être pas cette nouvelle version au sommet (il est vrai placé très haut) de la pile, mais elle contient néanmoins de belles choses qui méritent amplement d’être écoutée. Par contre, en version « spectacle complet » nous avons là une incontestable réussite qu’on classera clairement au top.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.