Une réalisation discographique peu utile

À emporter, CD, Musique symphonique

Franz Lehár (1870-1948) : Friederike, Singspiel en trois actes (1928), sur un livret de Ludwig Herzer et Fritz Löhner-Beda. Avec : Nicola Beller Carbone, Friederike ; Marius Brenciu, Goethe ; Yves Saelens, Lenz ; Mirjam Neururer, Salomea ; Marianne Crebassa, Malchen, Hortense ; Béatrice Pary, Ännchen, Bärbchen ; Olivia Doray, Klärchen, Liselotte ; Joanna Malewski, Lottchen, Dorothée ; Élodie Buisson, récitante. Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Lawrence Foster. 2 CD. Accord. Code-barre : 028947 642770. Enregistré sur le vif le 31 juillet 2009 à l’Opéra Berlioz Le Corum – Montpellier. Qualité d’enregistrement : DDD. Notice de présentation trilingue (français, anglais et allemand). Durée : 45’18’’ et 56’56’’.

 

Lors du festival de Montpellier 2009, l’idée de produire cet ouvrage de peu connu du public français était sans doute tout à fait louable. À en juger par les applaudissements fort nourris, le public présent dans la salle a de toute évidence rendu grâce à René Koering d’avoir remis à l’affiche cette assez jolie partition, orchestrée avec goût et raffinement, et sans doute plus ambitieuse sur le plan musical que nombre d’opérettes plus populaires du compositeur.

Cela dit, s’il contient quelques jolis morceaux, comme par exemple le magnifique « Warum hast du mich wackgeküsst » immortalisé il y a quelques années par Lucia Popp et Barbara Hendricks dans des disques-récitals, l’ouvrage est d’un sentimentalisme larmoyant qui fera fuir plus d’un auditeur.

En effet, les amours malheureuses de Goethe et de Frédérique Brion, la fille du pasteur alsacien de Sessenheim, ont peut-être réussi autrefois à émouvoir l’Allemagne dépressive des années 30, mais le public contemporain portera sur le sacrifice de l’héroïne, qui renonce au bonheur et au mariage pour ne pas briser la carrière de son amant de poète – nommé, s’il vous plaît, grand conseiller aulique auprès du grand-duc de Saxe-Weimar Karl August ! –, un regard plus distancié… Particulièrement catastrophique est le texte de liaison qui permet d’assurer la transition entre les morceaux musicaux, et dont on se demande en quoi il constitue une amélioration par rapport au dialogue initial, qui pouvait difficilement être moins stupide que cette assommante narration. Anonné par une récitante dépassée par les événements, il disqualifiera irrémédiablement cet enregistrement auprès du public non-francophone.

La réalisation discographique s’imposait d’autant moins que le marché propose déjà d’autres versions de l’ouvrage, bien plus satisfaisantes vocalement, à commencer par celle dirigée par Heinz Wallberg au début des années 1980. Le plateau, dominé par Helen Donath, Adolf Dallapozza et Gabriele Fuchs, était tout de même d’une autre tenue que celui proposé ici. Dans la nouvelle version, les différents protagonistes sont bien en-deçà des exigences de la partition, et une telle musique ne vaut plus grand-chose quand elle est privée de la magie que peuvent lui apporter des chanteurs et des interprètes dignes de ce nom. Sans la présence de Richard Tauber en Goethe, il est fort peu probable d’ailleurs que
le succès de l’œuvre ait été autrefois ce qu’il fut…

On n’en sera pas moins admiratif de l’orchestre, qui parvient à donner quelque chic et un réel panache à ce qui, sous une baguette moins avertie que celle de , aurait facilement pu passer pour un torrent de sirop et de guimauve. Le champagne orchestral pourra paraître nostalgique et mélancolique aux yeux de certains, mais il n’en restera pas moins du champagne…

Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon

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