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De l’art de la musique de ballet

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John Lanchbery (1923-2003) : The Tales of Beatrix Potter, ballet film. Ferdinand Hérold (1791-1833) : La Fille mal gardée, ballet (extraits, arrangement : John Lanchbery). Orchestra of the Royal Opera House, Covent Garden, direction : John Lanchbery. Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction : Barry Wordsworth. 1 double CD EMI Classics 9498392. Code barre : 5099994983920. Enregistré entre septembre et décembre 1970 au Studio n°1, Abbey Road, Londres (Lanchbery) ; les 12 et 13 mars 1983 au Philharmonic Hall, Liverpool (Hérold). ADD/DDD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) bonnes. Durée : 73’34, 70’50.

 

Sans doute inconsciemment EMI Classics, dans sa belle et récente série « Ballet Edition », rend-il hommage au regretté (1923-2003), compositeur, arrangeur et chef d’orchestre anglo-australien dont nous avons déjà dit le plus grand bien lors d’une superbe publication des trois ballets de Tchaïkovski. Par sa collaboration avec les danseurs et chorégraphes Sir et , offrit ses multiples talents au Sadler’s Wells et à Covent Garden dès les débuts des années 50. Dans cette série consacrée au ballet, aucune des trois publications chroniquées par après n’échappe à la présence de cette excellent musicien, pour la plus grande joie non seulement des amateurs de ballet, mais également des amoureux d’une musique qui, si elle n’atteint pas toujours les cimes du génie (ce qui n’est d’ailleurs pas son propos), reste constamment enchanteresse.

Ce double CD ressuscite La Fille mal gardée, un ballet-pantomime de Dauberval qui, depuis 1789, connut de multiples modifications, notamment en 1828 par Ferdinand Hérold (1791-1833) et en 1864 par Peter Ludwig Hertel. Ashton et Lanchbery établirent en 1960 la version définitive du ballet à partir du travail de 1828 accompli par Hérold.

La révolution de la musique de ballet devait attendre , puis Tchaïkovski, pour lui attribuer un rôle véritablement dramatique, alors qu’elle n’était auparavant que purement décorative : Giselle d’ réussit cette prouesse de présenter tout à la fois une chorégraphie efficace et une musique d’une indigence proche du vide. Ne reprochons donc pas à Hérold, dont on ne retient plus actuellement que Zampa (tout au moins son ouverture) ou Le Pré-au-Clercs, d’avoir plutôt été du côté de son presque contemporain Adam que de Delibes, d’autant plus que la musique de La Fille mal gardée a des raffinements et surtout de l’humour absents de Giselle. En tout cas, les extraits proposés ici dans l’arrangement de John Lanchbery sont bien dignes de survivre, surtout dans l’admirable interprétation de Barry Wordsworth à la tête du .

Les charmants contes de Beatrix Potter (1866-1943), si typiquement anglais, font intervenir de savoureux personnages tels que Noisette l’écureuil, Madame Piquedru la blanchisseuse, Sophie Canétang, Jérémie Pêche-à-la-Ligne et Pigling Bland. On pouvait s’attendre à une musique nettement plus moderne pour ces Tales of Beatrix Potter, ballet filmé créé par John Lanchbery et Sir , et sorti en salles le 30 juin 1971 ; il n’en est rien puisque la musique de Lanchbery provient essentiellement d’opéras de Sir (1842-1900) et Michael Balfe (1808-1870), l’auteur de La Bohémienne dont certains thèmes avaient inspiré Laurel et Hardy dans leur film éponyme !

Il faut bien avouer que cette musique a fort vieilli, et certains passages frôlent même la vulgarité (qui ne touche jamais Hérold), mais le goût infaillible des arrangements de John Lanchbery, associés à quelques trouvailles instrumentales (notamment l’utilisation de la mandoline), rendent l’audition agréable et séduisante. Dans cette édition, et contrairement aux précédentes incarnations en CD, ce ballet nous est présenté pour la première fois dans son intégralité et dans l’ordre correct des séquences dansées.

(1819-1880) : Gaîté Parisienne, ballet (arrangement : Manuel Rosenthal). (1899-1963) : Les Biches, ballet. (1853-1929) : Les deux Pigeons, ballet (arrangement : John Lanchbery). (1791-1864) : Les Patineurs, suite de ballet (extraits, arrangement : Constant Lambert). Ambrosian Singers (chef de chœurs : John McCarthy). Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, direction : Manuel Rosenthal. , direction : , . , direction : John Lanchbery. 1 double CD EMI Classics 6486562. Code barre : 5099964865621. Enregistré en mai 1976 au Palais Garnier, Monte-Carlo (Offenbach) ; le 12 novembre 1958 au Kingsway Hall, Londres (Meyerbeer) ; les 14 et 25 novembre 1980 au Studio n°1, Abbey Road, Londres (Poulenc) ; les 18 et 19 juillet 1983 au Guildhall, Bournemouth. ADD/DDD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) bonnes. Durée : 75’39, 72’10.

 

Ce deuxième double CD, consacré au ballet français, nous semble le plus intéressant, par l’originalité et la qualité du programme. Hormis la suite d’orchestre (d’ailleurs ici incomplète) des Patineurs de Meyerbeer dans l’arrangement de Constant Lambert, les trois autres ballets nous sont proposés dans leur version intégrale et de référence.

Manuel Rosenthal (1904-2003) a dirigé trois enregistrements de son délicieux ballet La Gaîté Parisienne, basé sur diverses pages d’Offenbach et créé le 5 avril 1938 dans une chorégraphie de aux Ballets Russes à l’Opéra de Monte-Carlo : respectivement en 1953 chez Remington avec l’Orchestre Symphonique du RIAS Berlin, en mai 1976 chez EMI et en juillet 1996 chez Naxos, ces deux derniers avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Des trois versions, c’est celle-ci d’EMI qui domine, à la fois par une prise de son somptueuse et une interprétation qui pétille comme du champagne ; par ailleurs, la version Naxos due à un Rosenthal de 92 ans (!) est souvent trop lente.

(1899-1963) considérait comme chef idéal de sa musique : il faut bien reconnaître que ses gravures de l’essentiel de la musique orchestrale du compositeur justifient amplement cette appréciation, et cette rare intégrale (avec chœurs) du ballet Les Biches (1923) ne fait pas exception, référence à peine concurrencée par la version Markevitch chez Scribendum (SC014).

On entend trop peu la musique élégante et raffinée d’ (1853-1929), et c’est bien dommage… De son ballet Les deux Pigeons (1886), nous ne connaissions auparavant que la suite d’orchestre, dans les anciennes gravures de Louis Fourestier, ou Jean-Pierre Jacquillat – suite parfois couplée avec celle d’Isoline – qui, pour honorables qu’elles soient, appelaient impérieusement un enregistrement intégral du ballet. Ce fut chose faite lorsque John Lanchbery retrouva la partition destinée par Messager aux représentations de Covent Garden en 1906. Lanchbery enrichit l’orchestration, interpola un passage de Véronique comme musique supplémentaire, tout en pratiquant hélas quelques coupures. C’est cette version modifiée que le tandem Ashton – Lanchbery allait conduire au succès à Covent Garden le 14 février 1961, et qui est entendue ici dans un enregistrement de juillet 1983 ; cette version sera également incluse dans un double CD ASV White Line du Royal Ballet Sinfonia intitulé « Tribute To Sir Fred » et dirigée par Barry Wordsworth.

Toutefois il serait vraiment judicieux qu’un éditeur nous restitue l’excellente version du défunt label Cybelia (CY819) de l’Opéra de Paris dirigé par Michel Quiéval qui retournait à la version originale du ballet, celle-là même que nous avait également proposée chez Decca.

Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Onéguine – un ballet (extraits, arrangement : Kurt-Heinz Stolze) ; Theme and Variations ; Jewels : Diamonds ; Ballet Impérial. , piano. Nigel Kennedy, violon. Steven Isserlis, violoncelle. Sydney Symphony Orchestra, direction : John Lanchbery. Orchestra del Teatro alla Scala, direction : Lovro von Matacic. , direction : Riccardo Muti. , direction : . 1 double CD EMI Classics 6486202. Code barre : 5099964862026. Enregistré en 1977 à Sydney (Onéguine) ; du 12 au 16 septembre 1960 à La Scala de Milan (Theme and Variations) ; en juin et juillet 1977 au Studio n°1, Abbey Road, Londres (Diamonds) ; les 3 et 4 août 1986 au Wessex Hall, Poole Arts Centre, Bournemouth (Ballet Impérial). ADD/DDD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) bonnes. Durée : 72’52, 77’15.

Ce double CD est plus discutable et trompeur, car il semble nous proposer de nouveaux ballets de Tchaïkovski autres que ceux de la trilogie bien connue, alors qu’il s’agit en fait d’œuvres ou d’arrangements de pages pour piano solo non destinés originellement à la danse.

Sur un argument semblable à celui de l’opéra, Onéguine – un ballet est toutefois basé non pas sur sa musique, mais sur diverses pages pour piano, dont des extraits des Saisons, sur des thèmes de l’opéra Tcherevitchki, et même sur des extraits de Francesca da Rimini (!), tout ce pot-pourri dans une orchestration relativement habile de Kurt-Heinz Stolze, pour une production à Stuttgart du chorégraphe le 13 avril 1965.

On ne sait ce que Tchaïkovski aurait pensé d’une telle pratique, mais il aurait sûrement été étonné que le chorégraphe utilise telles quelles, sous divers titres, certaines de ses œuvres orchestrales : Theme and Variations (1947) reprenant précisément les Thème et Variations de la Suite d’orchestre n°3 en sol op. 55 ; Diamonds (1967) reprenant la Symphonie n°3 en ré « Polonaise » op. 29 – mais sans son premier mouvement ! – et Ballet impérial (1941) reprenant le Concerto pour piano n°2 en sol op. 44, au moins dans la version complète, et non tronquée et remaniée par Alexandre Siloti. Les interprétations proposées par EMI sont de tout premier ordre, où malheureusement est respectée l’absence du premier mouvement de la Symphonie Polonaise (ce n’est en aucun cas la responsabilité de Riccardo Muti qui l’avait enregistrée complète !), mais tout cela dénote quand même l’imagination musicale indigente de certains chorégraphes, même les plus réputés, incapables de faire appel à des compositeurs de leur époque pour des œuvres originales…

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John Lanchbery (1923-2003) : The Tales of Beatrix Potter, ballet film. Ferdinand Hérold (1791-1833) : La Fille mal gardée, ballet (extraits, arrangement : John Lanchbery). Orchestra of the Royal Opera House, Covent Garden, direction : John Lanchbery. Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction : Barry Wordsworth. 1 double CD EMI Classics 9498392. Code barre : 5099994983920. Enregistré entre septembre et décembre 1970 au Studio n°1, Abbey Road, Londres (Lanchbery) ; les 12 et 13 mars 1983 au Philharmonic Hall, Liverpool (Hérold). ADD/DDD. Notices trilingues (anglais, allemand, français) bonnes. Durée : 73’34, 70’50.

 
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