La Scène, Opéra, Opéras

Falstaff coq de basse-cour à Metz

Plus de détails

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 29-IX-2011. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, opéra en trois actes sur un livret d’Arrigo Boito, d’après Les Joyeuses Commères de Windsor et Henri IV de William Shakespeare. Mise en scène : Jean-Louis Grinda. Décors : Rudy Sabounghi. Costumes : Jorge Jara. Lumières : Laurent Castaingt. Avec : Betty Allison, Mrs. Alice Ford ; Marie-Ève Munger, Nannetta ; Élodie Méchain, Mrs. Quickly ; Julie Robard-Gendre, Mrs. Meg Page ; Andrea Porta, Sir John Falstaff ; Olivier Grand, Ford; Julien Dran, Fenton ; Xavier Mauconduit, Dott. Cajus ; Yvan Rebeyrol, Bardolfo ; Jean-Loup Pagesy, Pistola. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Orchestre national de Lorraine, direction : Gian Rosario Presutti

La mise en scène de Falstaff par , une coproduction de l’Opéra de Monte-Carlo et de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole, repose sur une double métaphore. Celle de la fable, tout d’abord, qui présente les personnages de la comédie en divers animaux de basse-cour. Falstaff y est vu comme un vieux coq sur le retour, Caius en âne, les Ford en couple de pintades, les serviteurs d’Alice en jeunes souriceaux, etc. Si l’analogie est certes suggérée dans le livret de Boito, qui évoque explicitement à propos de son protagoniste le « caquètement du coquelet », la transformation, pour être relativement fonctionnelle, n’amuse finalement qu’au cours des premiers instants. Nul besoin de recourir à la caricature pour l’évocation de cette inénarrable « burla »…

La seconde métaphore, peut-être plus subtile, est rendue par la présence d’énormes livres mobiles qui envahissent littéralement le plateau. Falstaff surgit des pages de ces volumes, qui sans doute représentent les rêves et l’imaginaire de ce vieux fou, usé par l’alcool et la débauche et néanmoins sympathique et attachant par la capacité qu’il a conservée de se raccrocher à ses multiples illusions. Aux références livresques des deux premiers actes – sérieuses ou fantaisistes…– font suite les allusions cinématographiques du troisième, avec notamment un clin plus qu’appuyé au Sleepy Hollow de Tim Burton.

Ce qui manque véritablement à cette mise en scène, c’est une direction d’acteurs plus resserrée qui aurait permis d’éviter les errements et les errances du premier tableau, ainsi que la confusion du dernier. En revanche, les scènes d’ensemble, notamment les deuxième et quatrième tableaux, paraissaient un peu mieux maîtrisées.

Sur le plan vocal, on soulignera une belle homogénéité d’ensemble, tout en regrettant qu’aucun protagoniste ne sorte réellement du lot. , plus Don Quichotte que « pancione », n’a ni la voix ni le physique que l’on attribue traditionnellement au rôle, mais il lui confère néanmoins une dignité scénique – et parfois vocale – qui fait souvent défaut à ce personnage trop souvent interprété par des chanteurs vieillissants. En Ford, Olivier Grand n’a manifestement pas les aigus d’un grand baryton verdien, et son chant reste toujours un peu brouillon. C’est finalement , parmi les messieurs, qui aura fait la meilleure impression avec son ravissant Fenton, phrasé avec délicatesse et musicalité malgré une voix encore un peu verte. Chez les dames, ce sont les deux sopranos, les Canadiennes Betty Allison et Marie-Ève Munger qui se distinguent, même si la seconde, qui fait valoir de beaux aigus filés, n’a pas autant brillé que dans son Ophélie messine d’il y a quelques saisons.

L’intérêt musical de la soirée a plutôt résidé dans la lecture précise, détaillée et extrêmement analytique faite de la partition par à la tête d’un très attentif, voire précautionneux. Peut-être davantage de bouillonnement et de folie auraient-ils convenu à cette pétillante partition qui, restituée de cette manière, paraissait presque sage et contenue, à l’inverse sans doute d’une mise en scène qui n’hésitait pas, elle, à risquer l’outrance.

Crédit photographique : (photo n°1), Betty Alisson et (photo n°2) © Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

Plus de détails

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 29-IX-2011. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, opéra en trois actes sur un livret d’Arrigo Boito, d’après Les Joyeuses Commères de Windsor et Henri IV de William Shakespeare. Mise en scène : Jean-Louis Grinda. Décors : Rudy Sabounghi. Costumes : Jorge Jara. Lumières : Laurent Castaingt. Avec : Betty Allison, Mrs. Alice Ford ; Marie-Ève Munger, Nannetta ; Élodie Méchain, Mrs. Quickly ; Julie Robard-Gendre, Mrs. Meg Page ; Andrea Porta, Sir John Falstaff ; Olivier Grand, Ford; Julien Dran, Fenton ; Xavier Mauconduit, Dott. Cajus ; Yvan Rebeyrol, Bardolfo ; Jean-Loup Pagesy, Pistola. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Orchestre national de Lorraine, direction : Gian Rosario Presutti

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.