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Reprise de La Bohème selon Robert Carsen

La Scène, Opéra, Opéras

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 21-X-2011. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, scènes lyriques en quatre tableaux sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Robert Carsen, reprise par Frans de Haas. Décors et costumes : Michael Levine. Lumières : Jean Kalman. Chorégraphie : Michael Popper. Avec : Virginia Tola, Mimi ; Enrique Ferrer, Rodolfo ; Agnieszka Slawinska, Musetta ; Thomas Oliemans, Marcello ; Yuriy Tsiple, Schaunard ; Dimitri Pkhaladze, Colline ; René Schirrer, Benoît / Alcindoro ; Seung Bum Park, Parpignol. Chœurs de l’Opéra national du Rhin (direction : Michel Capperon) ; Maîtrise de l’Opéra national du Rhin (direction : Philippe Utard) ; Orchestre symphonique de Mulhouse ; direction : Stefano Ranzani

En 1990, alors qu’il venait d’être nommé directeur de l’Opéra des Flandres, Marc Clémeur eut la riche idée d’inaugurer un cycle Puccini et d’en confier la mise en scène à , encore peu connu en Europe. Le retentissement de cette série de spectacles, débutée par Manon Lescaut et clôturée en 1996 par Il Trittico, contribua grandement à la renommée internationale du metteur en scène canadien. Désormais directeur de l’Opéra national du Rhin, Marc Clémeur en remonte La Bohème pour neuf représentations à Strasbourg et Mulhouse.

Dans ce travail de 1992, on retrouve déjà nombre des caractéristiques qui ont fait la réputation de . En premier lieu, sa capacité, avec l’aide de Michael Levine à la scénographie et de Jean Kalman aux lumières, à créer des images scéniques mémorables avec une économie remarquable de moyens ; la mansarde de l’acte I est posée sur des toits d’un blanc immaculé, où se mêlent la neige et les feuilles arrachées à la pièce qu’écrit Rodolfo, qui se couvriront au IV « alla stagion dei fior » d’un parterre de jonquilles pour accueillir la mort de Mimi et, à la Barrière d’Enfer du III, le bleu sombre de la nuit n’est troué que par la tache orange d’une fenêtre de café. Ensuite, sa virtuosité technique qui nous vaut une transformation instantanée de la mansarde en Café Momus par la multiplication des lits, tables, pianos et un maniement optimal de la masse chorale et des figurants en dépit de l’exiguïté de l’espace, passant avec fluidité de l’agitation autour de la boutique ambulante de Parpignol à une scène de lupanar lors de la valse de Musetta, pour terminer par un défilé militaire parfaitement mis en place. Enfin, l’intelligence du propos et de sa traduction scénique ; à chacun de ses différents spectacles, Robert Carsen choisit un angle d’approche, souvent pertinent, s’y tient et le développe brillamment du début à la fin. Ici, l’expérience de la maladie et de la mort de Mimi va permettre à ses amis de mûrir, de devenir adultes en perdant leur insouciance, de prendre conscience que leur temps aussi est compté ; à la toute fin, ils se sépareront pour partir vers les quatre points cardinaux. Mais, à l’aune de ses incontestables réussites plus tardives, l’intention manque parfois quelque peu de cohérence ou du moins de clarté, se voit parasitée par des éléments étrangers. Pourquoi, par exemple, avoir fait de Rodolfo et Mimi, à l’acte III de quasi clochards avinés, en tuant dans l’œuf toute poésie ? On a le sentiment que, par pudeur peut-être, Robert Carsen a répugné à laisser s’installer une émotion trop prégnante.

La distribution des deux rôles principaux s’avère rapidement, hélas, problématique. C’est tout particulièrement le cas du Rodolfo d’, déjà dépassé dans Manon Lescaut à Montpellier, dont la technique peu orthodoxe laisse perplexe ; sur un médium solide, bien timbré et au grain séduisant, digne d’un baryton, vient se greffer un registre aigu totalement artificiel, partant en arrière, conquis constamment en force et à l’aide de portamenti. Il s’ensuit une voix de ténor fabriquée, hétérogène, incapable d’alléger ou, quand il s’y essaye à la fin de l’acte III, étranglée et instable. La Mimi de Virginia Tola est mieux aguerrie techniquement et sait au moins filer un aigu. Cependant le timbre est dur et métallique, la réserve de puissance limitée pour les grandes envolées lyriques et, surtout, l’interprétation demeure tiède et scolaire. La satisfaction vient heureusement des seconds rôles, avec le magnifique Marcello de , au timbre velouté, riche de nuances et subtilement incarné, avec la Musetta piquante et à la forte personnalité d’, au look de Louise Brooks dans Loulou, avec le toujours juste en Benoît ou Alcindoro, parfait pour dessiner un caractère en quelques répliques, avec la plaisante découverte d’une belle voix de basse typiquement slave, à l’homogénéité irréprochable et aux graves sonores, avec le Colline de .
A la baguette, déploie des trésors de conviction et d’énergie pour intensifier les climax et enflammer les passions, avec des réussites diverses. Si le chœur de l’Opéra national du Rhin y répond parfaitement – et avec un chœur d’enfants pour une fois impeccablement juste et en mesure –, le combat est perdu d’avance pour les deux interprètes principaux. L’ se situe au milieu, dans une honnête moyenne, curieusement un peu atone mais toujours rond de sonorité.

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