Premier Concours Régine Crespin

Concours, La Scène, Spectacles divers

Paris, théâtre du Châtelet. 05-XI-2011. Premier Concours lyrique Régine Crespin, organisé par la fondation Long-Thibaud-Crespin. Airs de Christoph Willibad Gluck, Wolfgang Amadeus Mozart, Gioacchino Antonio Rossini, Gaetano Donizetti, Jules Massenet, Piotr Illitch Tchaïkovski, Amilcare Ponchielli, Ruggero Leoncavallo et Leonard Bernstein. Avec : Marina Bucciarelli (Italie), Ida Falk Winland (Suède), Marie-Adeline Henry (France), Yulia Lezhneva (Russie), sopranos ; Roman Burdenko (Russie), baryton ; Kihwan Sim (Corée du sud), basse. Orchestre national de France, direction : Bertrand de Billy. Jury : Alexander Pereira (Président – Festival de Salzbourg), Valérie Chevalier (Opéra national de Nancy), Sophie de Lint (Opéra de Zurich), Keiko Manabe (Suntory Hall, Tolkyo), Maria Cristina Mazzavillani Muti (Festival de Ravenne), Erna Metdepenninghem (journaliste), Eva Wagner-Pasquier (Festival de Bayreuth), Bertrand de Billy (chef d’orchestre), Vincenzo De Vivo (Vice-président – Teatro Communale, Bologne ; Teatro Carlo Felice, Gênes), Jonathan Friend (Metropolitan Opera House, New York), Dominique Meyer (Staatsoper de Vienne), Fortunato Ortombina (Teatro La Fenice, Venise) et Jean-Paul Scarpitta (Opéra national de Montpellier). Présentation : Sophie Koch et Jérémy Rousseau. Direction artistique : Didier de Cottignies

Affluence des grands jours pour le premier concours de chant lyrique . Il était temps qu’une compétition digne de ce nom honore enfin celle qui fut la plus grande représentante du chant français au milieu du XXe siècle, la première française à aller sur la scène de Bayreuth et une professeur reconnue, à l’origine de nombreux talents.

Un concours de chant présente plusieurs zones d’ombres : un concours est-il utile ? Si une future Callas était déguisée dans les candidats sans que le jury ne s’en rende compte ? Ces mêmes candidats sont-ils au niveau d’une compétition qui se veut internationale ? Et une fois le concours passé, quid des lauréats ? La dernière question ne trouvera réponse que dans les années à venir. Pour un , qui n’a jamais passé de grands concours, combien de , Anna Netrebko, , ou , tous découverts lors d’un concours ? Et allait-on cette fois connaître un nouveau scandale, tel celui du concours Long-Thibaud (piano) 2004 ou Jean-Frédéric Neuburger reçut, au grand dam du public et d’une partie du jury, un 3e prix ? Sans parler du même concours de piano version 2007, qui ne vit aucun premier prix.

La première constatation est l’homogénéité des candidatures. Tous les lauréats sont prêts à embrasser une carrière. Aucun défaut majeur n’est détecté, si ce n’est un manque de maîtrise du trac pour quelques uns ou peu de charisme ou de présence pour d’autres. Des choses bien pardonnables pour des jeunes gens qui ont encore relativement peu de métier – sans être pour autant débutants. Le choix des airs est aussi à souligner. Par exemple les quatre sopranos nous ont enfin épargné « Sempre libera », « Caro nome » ou « Porgi amor », airs plus que ressassés lors des concours.

Roman Burdenko, baryton russe de 26 ans, est le premier à franchir les feux de la rampe avec un Prologo extrait d’I Pagliacci plein de verve et d’entrain. La voix est large et puissante, l’artiste domine la scène et n’est pas perturbé par le « zim-boum » de l’, qui a interprété, malgré la précision du geste de , l’ensemble des airs de la soirée à la « vas-y comme je te pousse ». Des impressions – concernant le candidat baryton – confirmées avec son second air issu de Iolanta de Tchaïkovski. Doté d’assurance et d’aplmob, il semble bien parti pour être en tête de liste.

Sa très jeune congénère , à peine 21 ans, lui succède dans un très fade et ennuyeux air « Com’è scoglio » extrait des Nozze di Figaro. Prononciation molle, aigus poussés, peu de musicalité… on se demande finalement comment elle a pu accéder à la finale. Son second air, « Adieu, notre petite table » de Manon de Massenet, sauve la mise. Si les aigus restent encore problématiques, la prononciation du français est meilleure, et les derniers instants de l’air sont très poignants.

, doyenne du concours (30 ans) et unique française à se hisser à la finale, est l’exemple même de l’erreur de choix dans ses airs. « Divinités du Styx » extrait d’Alceste de Gluck alterne graves poitrinés et aigus tutta forza. Le timbre sombre de la soprano convient bien à cette ambiance dramatique, mais les sauts de registre lui sont fatals : graves inaudibles, aigus tirés… La chanteuse, déstabilisée, en perd parfois en justesse. Son air suivant, tiré de Cosí fan tutte, présente les mêmes difficultés d’ambitus extrême, mais sans les « cassures » notées chez Gluck, et révèle un grand tempérament, malheureusement peu mis en valeur. Sûrement un choix plus romantique (Wagner ?) aurait pu changer la donne.

Le cas du coréen Kihwan Sun est plus problématique. Une voix de basse se mûrit avec le temps. A 28 ans on peut ne pas être prêt : la plupart des rôles du répertoire sont des vieillards, sages ou fourbes, qui demandent de la maturation. S’il manque de vis comica dans l’air de la calomnie du Barbier de Séville et d’italianità dans l’air d’Alvise extrait de La Gioconda de Ponchielli, aucun défaut majeur n’est venu polluer sa prestation. La voix est ample, les aigus sonores et puissants, il ne pourra que progresser et devenir un admirable Hagen, Méphistophélès, Zaccharia ou Boris Godounov quand il sera temps.

Maria Gucciarelli, italienne de 26 ans, déçoit. La voix est petite est pincée, aucune imagination ne vient colorer ses deux airs, tous deux du Donizetti. Le premier (Lucia di Lammermoor, pas l’air de la folie mais celui de l’acte II) est fait proprement, les vocalises sont en place – ce qui est déjà pas mal – mais on reste très sur du « note à note ». Le second, « Salut à la France » extrait de La Fille du régiment, pâtit d’une diction trop relâchée et d’un manque absolu de second degré.

Enfin (Suède, 29 ans) l’emporte à l’applaudimètre. La voix est taillée dans le roc, une soprano colorature dramatique comme il y en a peu, ce qu’il faut pour être une Reine de la nuit. Peut-être un des deux airs de La Flûte enchantée lui aurait été préférable à son « Je marche sur les chemins » de Manon de Massenet, chanté dans un français improbable ? Malheureusement son désopilant « Glitter and be gay » (Candide, Bernstein) dramatique à souhait et loin des minauderies habituelles n’a pas suffit à convaincre le jury.

Le verdict final est sans grande surprises. Le jury a misé sur l’avenir en récompensant un chanteur certes doué mais pas encore accompli (et pour cause) et en remisant en 2e et 3e position des artistes déjà aguerris. Un choix réfléchi, qui comme tout choix est à la fois constable et justifié. Notons la curiosité de la composition de cette finale, sans mezzo ni ténors.

Premier Grand Prix, Prix :
Deuxième Grand Prix, Prix de la Fondation Long-Thibaud-Crespin : Roman Burdenko
Troisième Grand Prix, Prix de la Ville de Nîmes :
Quatrième Prix, Prix Groupe Henner :
Cinquième Prix, Prix des amis Long-Thibaud-Crespin : Marina Bucciarelli
Sixième Prix, Prix du Cercle Richard Wagner de Paris :

A cela s’ajoutent les prix « annexes » :
Prix de la meilleure interprétation d’une œuvre française, décerné par SAS le prince Albert II de Monaco : Marie-Adeline Henry
Prix du public, prix de la Banque transatlantique : Ida Falk Winland
Prix de l’ : Roman Burdenko

Crédit photographique : Régine Crespin © DR, © DR

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