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Ludovic Tézier et Joseph Calleja, comme un avant-goût de Paradis…

La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Pleyel. 7-XI-2011. Giuseppe Verdi (1813-1901) : extraits de La forza del destino, Un ballo in maschera, Rigoletto, Don Carlo, Luisa Miller ; Giacomo Puccini (1858-1924) : extraits de La Bohème, Tosca, Manon Lescaut ; Charles Gounod (1818-1893) : extrait de Roméo et Juliette ; Jules Massenet (1842-1912) : extrait de Werther ; Georges Bizet (1838-1875) : extraits de Djamileh et Les Pêcheurs de perles. Joseph Calleja, ténor. Ludovic Tézier, baryton. Orchestre national d’Île de France, direction : Frédéric Chaslin

On annonçait souffrant avant le lever de rideau. Mis à part sa visible appréhension lors de ses entrées sur scène, il n’en est rien paru. Mieux, le baryton entame la soirée à froid sur un « Eri tu » de la Forza del destino miraculeux de phrasé, de couleurs, de mordant, qui met d’emblée le public à ses genoux. Le ton est donné, n’a plus qu’à paraître et à exécuter avec une incroyable facilité « Ma se m’è forza perderti » extrait du même opéra, pour prolonger l’ambiance.

Ce ne sera pas faire injure à ce beau ténor que de dire qu’il ne se situe que dans le domaine de l’excellence, alors que la prestation de relève de l’exceptionnel. Le timbre de est beau (sauf dans le bas médium) les aigus solaires, les couleurs chaudes, la diction claire, et il semble exécuter les partitions les plus exposées sans le moindre effort, tandis que le baryton possède une autorité, une noblesse et une ligne qui n’appartiennent qu’à lui. Ainsi réunis, les deux chanteurs ont proposé une soirée qu’on n’est pas près d’oublier.

Toute la première partie du récital est consacrée à Verdi, avec pour suivre un Rigoletto et un Posa d’anthologie, et pour conclure l’inusable « Quando le sere al placido ». On nous répète depuis des années qu’il n’existe plus de voix capables de servir le grand répertoire verdien. Ces deux-là font mentir les Cassandres, en le chantant aussi vaillamment que les très grands de l’âge d’or !

La deuxième partie commence avec le duo de Rodolfo et Marcello de La Bohème, où l’on sent chez les deux chanteurs une fréquentation de ces rôles qui permet d’en offrir le meilleur, dans l’un des (trop) rares duos de ce récital.

Joseph Calleja se lance ensuite dans un « E lucevan les stelle » formidable de lumière, dégraissé de tout sanglot et autres effets superfétatoires. Pour satisfaire le public enflammé, il le bisse, cette fois-ci en cabotinant un peu plus. C’est dommage. Face à une telle orgie vocale, on aurait presque oublié l’Orchestre National d’Ile de France qui, après l’ouverture de la Forza del destino, exécute l’Intermezzo de Manon Lescaut, puis l’ouverture de Djamileh.

Place maintenant au répertoire français, avec un Roméo qui n’est peut-être déjà plus dans les cordes de Joseph Calleja, dans une langue qui reste largement perfectible. Ludovic Tézier offre une version baryton électrisante du Werther de Massenet, qu’il bisse devant un auditoire en délire. La fin sera un peu moins glorieuse, mais qu’importe. Arrivé à bout de résistance, le baryton brutalise la ligne de l’air de Zurga, et son duo avec Nadir manque totalement d’osmose.

En bis, Joseph Calleja, transporté par l’accueil qui lui est fait, ose « O sole mio ». Tout solaire, rond et « pavarottesque » qu’il soit, cet air apparaît, après le haut niveau musical de la soirée, comme une faute de goût. Ludovic Tézier propose l’air du champagne de Don Giovanni, avec beaucoup de sex appeal, et beaucoup de fatigue aussi. Pour terminer, tous deux offrent ce dont on rêvait sans oser se l’avouer, « Pourquoi me réveiller » en duo improvisé. Ce n’est pas franchement orthodoxe, mais tellement excitant !

Une soirée qu’on pourra raconter à nos petits-enfants !

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