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Avec Inori, la Cité de la musique en prière

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Paris, Cité de la Musique. 10-II-2012. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Inori, adorations pour deux solistes et ensemble. Kathinka Pasveer, Alain Louafi, gestes de prière ; Thierry Coduys, projection du son ; Ensemble Intercontemporain, direction : Wolfgang Lischke

L’affiche très rare d’Inori de Stockhausen avait attiré bon nombre d’oreilles curieuses dans la Salle des Concerts de la Cité de la Musique où l’attention fut particulièrement soutenue durant les 75 minutes de ce rituel imaginé par le compositeur. Ecrit pour grand orchestre durant sa période japonaise (1973-1974), Inori – qui signifie invocation, adoration – inaugure la période des œuvres scéniques que Stockhausen appelle de ses vœux. L’œuvre lie très étroitement les gestes de deux danseurs exécutant des postures de prière aux différents paramètres de l’écriture instrumentale; cette « action sonore et visuelle » à caractère mystico-religieux de Stochkausen surprend et dérange le public allemand lors de sa création à Donaueschingen en 1974. La partition est ensuite réduite à 33 instruments pour l’effectif de l’ que le compositeur dirige lors de la création en 1977 à l’Opéra de Paris.

Après Mantra pour deux pianos et modulateur en anneaux, Inori fait appel à ce que Stockhausen appelle « la formule » ou « figure fondamentale » : un système de hauteurs qui génère des gammes de relations entre les gestes des danseurs et tous les paramètres de l’écriture (tempi, rythme, dynamique, timbres…) sous l’égide du chiffre 13 et d’un son originel servant d’intonation de base à l’orchestre durant le premiers quart de l’œuvre. Le parcours, en cinq sections, est balisé par des signaux sonores (échos ou silence) mimés par les danseurs dont les postures diverses (position de Yoga, gestes du Bouddha, prière de l’Islam… ) semblent façonner la musique. Elevés sur une estrade au centre de l’orchestre, les deux solistes exécutent leurs gestes de mémoire : , fidèle interprète et compagne de Stockhausen, est absolument parfaite dans son juste-au-corps bleu (peut-être stipulé dans la notice de la partition ?) et la stylisation chorégraphique de ses postures ; Alain Louafi, de blanc vêtu, est moins convainquant dans le jeu synchrone des attitudes et l’engagement physique de son geste même si la prestation du couple impressionne et fascine tout à la fois. Au pupitre, , irréprochable dans la sobriété et l’efficacité de sa direction, participe périodiquement au rituel en exécutant certains des gestes des solistes avec un naturel confondant. Devant lui, Suzanne Stephens, autre compagne du compositeur, assure la partie de bols japonais, rituel oblige : une dizaine de bols dorés de taille différente, reposant sur leur coussinet individuel.

Côté orchestre, la musique invite à une écoute passionnante dans le son que Stockhausen s’ingénie à faire varier dans la densité, la couleur et l’intensité. Il est prévu une amplification de certains instruments et un dispositif orchestral favorisant le jeu avec l’espace. L’évolution de l’écriture nous mène progressivement à la transe avec une tension croissante – la partie de cuivres est inouïe – jusqu’au geste d’adoration des deux solistes prononçant la syllabe « Hu » qui représente le nom divin. La séquence la plus sonore évoque étonnamment les accords de couleurs d’un Messiaen, présent également dans les joutes/oiseaux des deux flûtes ou des deux clarinettes. L’écriture des cordes, toujours intéressante – granulation fine du jeu sur le chevalet ou lissage des textures – réserve, à l’image du jardin Zen, de très beaux passages méditatifs. On les devait à l’implication et au jeu d’exception d’un au complet et dont un certain nombre était déjà présent à la création parisienne, il y a 35 ans de cela !

Crédit photographique : © Stockhausen Verlag

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Paris, Cité de la Musique. 10-II-2012. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Inori, adorations pour deux solistes et ensemble. Kathinka Pasveer, Alain Louafi, gestes de prière ; Thierry Coduys, projection du son ; Ensemble Intercontemporain, direction : Wolfgang Lischke

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