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Butterfly à Munich, pour Roberto Alagna et Svetla Vassileva

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Munich. Nationaltheater, 1-III-2012. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Wolf Busse. Décors : Otto Stich. Costumes : Silvia Strahammer. Avec : Svetla Vassileva, Cio-Cio San ; Roberto Alagna, B. F. Pinkerton ; Okka von der Damerau, Suzuki ; Franco Vassallo, Sharpless ; Christian Rieger, Yamadori ; Goran Jurić, le Bonze ; Silvia Hauer, Kate Pinkerton ; Ulrich Reß, Goro ; Peter Mazalán, Le Commissaire Impérial ; Tareq Nazmi, Yakusudè. Chœur et Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Stefano Ranzani

Cette production de Wolf Busse n’est certes pas bien neuve, et à l’évidence elle s’adresse préférentiellement à ceux qui n’ont pas encore emmagasiné dans leur mémoire moult versions de Madame Butterfly ou à ceux qui veulent revenir à une version aussi tranquille que classique de l’histoire tragique de la jeune geisha trahie par son amant occidental, en l’occurrence officier de marine américain. Car c’est bien une assez littérale et directe illustration du livret qu’on nous montre ici, avec décors de pagode et traditionnel pont japonais enjambant un probable ruisseau, sur un fond peint bleuté monochrome allant de la montagne à la mer en passant par la cascade de rigueur comme dans bon nombre d’images du Japon traditionnel. Si on peut trouver cette scénographie légèrement paresseuse ou sans imagination, au moins elle raconte exactement ce que dit le livret et elle laisse complètement la primauté à la musique, dans la fosse et sur la scène.

C’est donc bien le plateau qui fait le premier intérêt de cette production, avec aux deux principaux rôles, et dans l’ordre d’entrée en scène, et . L’un comme l’autre eurent besoin de quelques instants d’échauffement pour donner leur plénitude, et si la soprano bulgare tarda un peu à mettre sa voix en place, le ténor français n’eut besoin que de quelques phrases pour imposer son timbre et sa vaillance, dominant le rôle et l’orchestre dans un premier acte fort solide. On pourrait à la limite lui reprocher un personnage sans subtilité, mais la mise en scène comme la direction d’acteur limita tout le monde à un jeu quelque peu primaire, et de toute façon, Pinkerton est loin d’être le personnage le plus complexe du répertoire. Donnant une impression de facilité, forcément trompeuse car rien n’est jamais facile quand on chante l’opéra, Alagna impressionna l’auditoire par une puissance vocale parfaitement contrôlée, une égalité de timbre exemplaire, une présence scénique indéniable, et imposa son personnage dont il a encore le physique et la voix du rôle, au début égocentrique et ignorant la culture et les traditions locales, puis plus émouvant lorsqu’il se laisse séduire par le charme juvénile de Cio-Cio San. Il écrase, sans le vouloir, ses deux partenaires masculins du premier acte, le Goro d’Ulrich Reß et le Sharpless de . Le premier fut assez discret, c’est-à-dire n’en fit ni trop ni trop peu, et le second tout en dignité et sobriété, resta quand même un peu en dehors de l’action, scéniquement car, comme on l’a déjà dit, la mise en scène un peu molle ne fut pas très exigeante envers lui, et vocalement par une implication assez moyenne, donnant peu de direction et de caractère au personnage, peu incisif lorsqu’il met en garde Pinkerton des conséquences de son insouciance au premier acte et peu compatissant envers Cio-Cio San au second. La voix n’était pas sans charme mais manquait de puissante comparée à celle de son partenaire ténor, et du coup avait plus de mal à passer au dessus de l’orchestre et déséquilibrait le rapport entre les deux hommes. Par contre, campa un amoureux transi fort convainquant, rôle certes court, mais fort bien en place.

A l’évidence la vision du personnage de Cio-Cio San proposée par cette scénographie présentait un côté enfantin, puéril et tout en innocence que l’âge du personnage, quinze ans au premier acte, pourrait justifier, mais qui, allié à une japonaiserie gestuelle poussée à la limite de la caricature pouvait devenir agaçante. , qui a la fragilité physique du rôle, joua le jeu avec talent et bonne volonté, on le regretta presque au premier acte, mais on l’apprécia plus nettement aux deux suivants, une fois devenue femme et mère, dispensée alors par la mise en scène de toutes ces mimiques qui encombraient son jeu jusqu’ici, elle trouva une incarnation plus naturelle, forte et convaincante. Vocalement elle mit presque un demi acte à stabiliser son timbre, mais fut ensuite assez remarquable, et c’est heureux car toute la seconde partie de l’œuvre repose sur ses épaules. Elle captura incontestablement l’attention de l’auditoire, sut jouer sur l’émotion en maitrisant son vibrato et modulant l’intensité de son chant, tout en conservant une dignité quasi idéale. Le public lui fit la plus belle ovation de la soirée, interrompant même la représentation par ses applaudissant après son air du deuxième acte. Le duo qu’elle forma avec la Suzuki de Okka von der Damerau, elle aussi tout simplement juste, fonctionnait d’ailleurs fort bien.

Côté fosse, le début de l’opéra nous fit craindre une belle déconvenue, tant il nous sembla que l’orchestre manquait de corps, de cohésion, de densité, et sonnait un peu en désordre, non par rapport à la barre de mesure, mais en timbre et couleurs, et manquait du coup complètement d’expressivité. Avouons que cette désagréable sensation dura presque tout le premier acte, mais que la suite s’avéra bien plus réussie et consistante. Est-ce que le changement de ton de la comédie initiale au drame qui s’installait dès le début du second acte inspirait mieux le chef où était-ce l’orchestre qui avait besoin de s’échauffer, on ne sait, mais plus on avançait dans l’œuvre, plus l’orchestre prenait toute sa place (et chez Puccini elle est importante), et réussissait une belle fin d’ouvrage.

A la lecture du programme on pouvait se douter que l’intérêt majeur de cette production était dans sa distribution vocale et c’est bien ce qui se produisit, avec deux belles incarnations des deux rôles principaux et un casting solide pour les rôles d’accompagnement même si un peu neutre par ailleurs. La petite déception, car avec le Bayerischer Staatsoper on sait qu’on peu mettre la barre assez haut dans ce domaine, venait de la direction d’orchestre qui passa un peu à côté du premier acte mais sut heureusement corriger le tir par la suite, retrouvant le standard qu’on attend de cette belle maison d’opéra.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater, 1-III-2012. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Wolf Busse. Décors : Otto Stich. Costumes : Silvia Strahammer. Avec : Svetla Vassileva, Cio-Cio San ; Roberto Alagna, B. F. Pinkerton ; Okka von der Damerau, Suzuki ; Franco Vassallo, Sharpless ; Christian Rieger, Yamadori ; Goran Jurić, le Bonze ; Silvia Hauer, Kate Pinkerton ; Ulrich Reß, Goro ; Peter Mazalán, Le Commissaire Impérial ; Tareq Nazmi, Yakusudè. Chœur et Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Stefano Ranzani

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