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Le Roméo et Juliette épuré de Sasha Waltz

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Opéra Bastille. 7/V/12. Ballet de l’Opéra National de Paris : Roméo et Juliette/Sasha Waltz. Musique : Hector Berlioz, Symphonie dramatique, op.17 (1839). Chorégraphie : Sasha Waltz (2007). Décors : Pia Maier Schriever, Thomas Schenk et Sasha Waltz. Costumes : Bernd Skodzig. Lumières : Davis Finn. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris. Direction musicale : Vello Pähn. Chef du chœur : Patrick Marie Aubert. Avec Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano, Yann Beuron, ténor, Nicolas Cavallier, basse. Ballet de l’Opéra National de Paris, avec Aurélie Dupont, Juliette, Hervé Moreau, Roméo et Nicolas Paul, Père Laurence

Repris pour la première fois depuis sa création en 2007, le Roméo et Juliette de est d’abord un hommage rendu à la version de Berlioz du drame de Shakespeare. Symphonie dramatique pour choeur, solistes et orchestre, la partition offre à une dramaturgie lisible et simplifiée. L’introduction chantée par le chœur de l’Opéra (remarquable) sert d’écrin aux scènes d’exposition : combats, tumulte et intervention du Prince qui bannit toute violence. On passe presque directement au bal masqué, au cours duquel Roméo courtise Juliette (ou l’inverse, car elle est plutôt entreprenante). Point d’altercation entre Thybalt et Mercutio, ni de nourrice dans cette version. Les scènes clés du balcon, du mariage secret et de la mort feinte de Juliette s’enchaînent rapidement, donnant à la chorégraphie ses plus beaux moments.

Plus à l’aise dans les moments lyriques, telles les funérailles de Juliette, la chorégraphe y retrouve les accents d’autres collaborations contemporaines (Medea ou Passion de Dusapin, notamment). Associant les danseurs par grappes, offrant de fluides pas de deux (la scène du balcon), sa danse est ample et mélancolique. Pour l’incarner, une délicate et musicale face à un sombre et meurtri, d’une grande noblesse. Deux grands artistes que l’on se réjouit de voir réunis sur scène tant ils sont à l’unisson. Autour d’eux, un « corps de ballet » dont chaque personnalité a l’occasion de se détacher et dont on aimerait singulariser certains personnages.

Moins intense que celle de Prokofiev sur le plan dramaturgique, la version de Berlioz de Roméo et Juliette n’en est pas moins intéressante. L’orchestre de l’Opéra, d’une belle homogénéité, s’harmonise avec le chœur, présent en force, qui sert d’écrin aux solistes : Stéphanie d’Oustrac, à la voix chaude et enveloppante, véritable diva dans sa robe à traîne, l’étonnant capable de danser, lui aussi et l’extraordinaire , dans le rôle du Père Laurence. C’est dans le chœur final que Berlioz, comme dans un opéra, place la dimension tragique de sa symphonie dramatique puissante et romantique.

Si elle n’est pas révolutionnaire sur le plan chorégraphique, cette œuvre peut servir d’étalon à de nombreuses mises en scènes lyriques. Avec leur art de l’espace et du mouvement, leur musicalité, les chorégraphes font souvent de meilleurs metteurs en scène d’opéra que ceux qui sont issus du monde théâtral. Ce Roméo et Juliette gigantesque en fait la démonstration.

Crédit photographique : Photos © Laurent Philippe/Opéra de Paris

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