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Renée Fleming, Arabella sans risques mais sans étincelles

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Paris. Opéra-Bastille, 14-VI-2012. Richard Strauss (1864-1949) : Arabella, comédie lyrique en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène et décors : Marco Arturo Marelli ; Costumes : Dagmar Niefind ; Lumières : Friedrich Eggert. Avec : Renée Fleming, Arabella ; Julia Kleiter, Zdenka ; Michael Volle, Mandryka ; Kurt Rydl, Graf Waldner ; Doris Soffel, Adelaide ; Joseph Kaiser, Matteo ; Eric Huchet, Graf Elemer ; Edwin Crossley Mercer, Graf Dominik ; Thomas Dear, Graf Lamoral ; Iride Martinez, Die Fiakermilli ; Irène Friedli, Kartenaufschlägerin ; Istvan Szecsi, Welko ; Bernard Bouillon, Djura ; Gérard, Grobman Jankel; Ralf Rachbauer, Ein Zimmerkellner ; Slawomir Szychowiak, Daejin Bang, Shin Jae Kim, trois serviteurs. Chœur de l’Opéra National de Paris, chef de chœur : Patrick-Marie Aubert. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Philippe Jordan.

L’Arabella de et prend sa source en 1927 lorsque le compositeur suggère à son librettiste favori « un petit travail intermédiaire en un acte » après La femme sans ombre de 1919 et Hélène d’Egypte qu’ils viennent d’achever. Très vite les deux hommes vont tenter de retrouver l’esprit et la réussite du Chevalier à la rose et c’est donc Vienne qui sera à nouveau le théâtre de cette « comédie lyrique » relativement intimiste, mettant en scène l’aristocratie de la Vienne de François-Joseph qui n’a plus les moyens de son lustre. La création eut lieu en 1933 d’abord à Dresde sous la direction de Clemens Krauss puis à Berlin avec Wilhelm Furtwängler. Avant ces représentations l’Opéra de Paris n’avait mis cet ouvrage qu’onze fois à l’affiche et c’est une toute nouvelle production confiée au metteur en scène qu’il nous propose en ce mois de juin, avec à la baguette , et une distribution de stars.

Ceux qui connaissent la production de l’Opéra de Zurich publiée par Decca en DVD retrouveront ici une partie du casting (rien moins que les deux sœurs) et une vision scénographique assez proche, au moins dans le premier acte. Car la mise en scène est très fidèle au livret, les décors et costumes plaçant les personnages dans leur exacte situation chronologique et géographique. Quant au texte tellement précis et millimétré d’Hofmannsthal au premier acte, il ne laisse sans doute pas tant de marge de manœuvre que ça au metteur en scène, ce qui explique la similitude des deux productions à l’acte I. Évidemment une des gageures inhérente à cette œuvre, particulièrement sensible dans une salle comme Bastille, est d’en restituer le caractère intimiste, et autant dire que ce ne fut pas idéal. La brochure d’accompagnement, fort complète, fournie par l’Opéra de Paris contient des images de la création à Dresde où on peut constater une très faible profondeur de scène, rapprochant les protagonistes entre eux et évitant de les éloigner du public. Contraint par le vaste volume parisien, le metteur en scène et également décorateur choisit de prolonger le décor par dessus la fosse jusqu’au premier rang des spectateurs, mais s’il réussit ainsi à tromper l’œil, et encore, il ne peut tromper l’oreille et lorsqu’il place ses chanteurs dans la profondeur de la scène, rien n’y fait, ils sont trop loin et perdent le contact avec l’auditeur, même bien placé. A ce jeu les plus pénalisés furent les personnages féminins, et aussi bien Renée Flemming que manquèrent de présence vocale dès qu’elles s’éloignaient quelque peu de l’avant scène, alors que les voix plus sonnantes de et de s’en tirèrent bien mieux. Quand on connaît le génie de Strauss dans l’écriture des voix féminines on ne pouvait qu’y ressentir une certaine frustration. On perçut d’ailleurs un peu le même phénomène de sous dimensionnement vocal avec la Fiakermilli (La Milli des Fiacres) d’ à l’agilité vocale pourtant adéquate, et dont on sentit le personnage sous-employé par la mise en scène qui globalement se contenta de poser sagement un cadre pour l’action sans jamais vraiment attiser les intrigues ni aucun aspect particulier, comique ou romantique par exemple. Si à l’évidence cette nouvelle scénographie ne comporte aucune faute de goût, sinon à la limite un fond de décor un peu mastoc, elle a même quelques jolis moments mais ne transcende pas vraiment l’œuvre.

La distribution vocale, fort belle sur le papier, s’avéra légèrement déséquilibrée avec un rôle titre seulement à moitié convaincant face à au Mandryka nettement plus consistant de . Le manque de présence vocale déjà signalé pénalisa la performance de Renée Flemming dont on sait que la qualité première est la beauté du chant dont on ne put pas toujours profiter, d’autant que, ce soir, la voix elle-même ne nous sembla pas aussi égale sur toute l’étendue de la tessiture d’Arabella. Soyons honnêtes il y eut quand même de jolis moments, mais pas beaucoup plus, comme les duos avec Zdenka et Mandryka, mais on n’y trouva pas la plénitude vocale dont on sait la soprano américaine capable, et son incarnation fort sérieuse manquait sans doute de la légèreté et de la fantaisie de la jeune femme qu’est encore Arabella.

Alors que Michael Volle campa un aristocrate de province physiquement fort bien caractérisé et vocalement capable de varier l’expression à l’envie. Belle réussite, même lorsque la mise en scène le pousse au bord de la caricature. Les expérimentés et jouèrent intelligemment avec leurs moyens pour composer un couple de parents convaincants. La première nous sembla attaquer un peu à froid pour s’améliorer ensuite et le second ne fut pas trop pénalisé par une qualité de chant désormais délicate dans ce Konversationstil plus souvent parlé que chanté. Le troisième couple constitué par Zdenka et Matteo fonctionnait très bien. avait l’allure idéale pour le jeune officier et sa prestation vocale, parfois d’une fragilité touchante, allait fort bien à son personnage. Hors la réserve déjà formulée, rien à dire sur la Zdenka parfaitement maitrisée de , qu’elle soit fille ou garçon. Enfin, on avait déjà remarqué que les rôles secondaires étaient souvent excellents dans les productions récentes de notre opéra national, cette soirée ne fit pas exception, des impeccables et physiquement crédibles soupirants jusqu’au chœur.

Pour faire simple on pourrait dire que la direction de , comme la prestation de l’orchestre d’ailleurs, était égale à elle-même, c’est-à-dire bien en place, fluide et sans à-coups, très respectueuse des chanteurs, en quelque sorte un joli travail d’orfèvre, néanmoins quelque peu dénué de fièvre. Les tempi choisis, relativement calmes, ne purent insuffler une réelle tension ni élan, et on regretta plus d’une fois de ne pas mieux entendre les cordes et en particulier les premiers violons qui auraient pu donner plus d’animation à cette sage direction qui sur le moment faisait son office d’écrin sonore, mais ne restait pas mémorable pour autant.

Crédit photographique : (Arabella) et Michael Volle (Mandryka) ; (Adelaide) et Kurt Rydl (Graf Waldner) © Opéra national de Paris/ Ian Patrick

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Paris. Opéra-Bastille, 14-VI-2012. Richard Strauss (1864-1949) : Arabella, comédie lyrique en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène et décors : Marco Arturo Marelli ; Costumes : Dagmar Niefind ; Lumières : Friedrich Eggert. Avec : Renée Fleming, Arabella ; Julia Kleiter, Zdenka ; Michael Volle, Mandryka ; Kurt Rydl, Graf Waldner ; Doris Soffel, Adelaide ; Joseph Kaiser, Matteo ; Eric Huchet, Graf Elemer ; Edwin Crossley Mercer, Graf Dominik ; Thomas Dear, Graf Lamoral ; Iride Martinez, Die Fiakermilli ; Irène Friedli, Kartenaufschlägerin ; Istvan Szecsi, Welko ; Bernard Bouillon, Djura ; Gérard, Grobman Jankel; Ralf Rachbauer, Ein Zimmerkellner ; Slawomir Szychowiak, Daejin Bang, Shin Jae Kim, trois serviteurs. Chœur de l’Opéra National de Paris, chef de chœur : Patrick-Marie Aubert. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Philippe Jordan.

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