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Mon royaume pour Richard Strauss

À emporter, CD, Musique symphonique

Richard Strauss (1864-1949) – ÉDITION RICHARD STRAUSS. Œuvres orchestrales : Also sprach Zarathustra, op. 30 ; Tod und Verklärung, op. 24 ; Der Rosenkavalier, op. 59 : suite de valses ; Till Eulenspiegels lustige Streiche, op. 28 ; Don Juan, op. 20 ; Ein Heldenleben, op. 40 ; Metamorphosen ; Eine Alpensinfonie, op. 64 ; Don Quichotte, op. 35 ; Suite de danses d’après François Couperin ; Aus Italien, op. 16 ; Macbeth, op. 23 ; Salomé, op. 54 : Danse des sept voiles ; Le Bourgeois Gentilhomme, suite d’orchestre op. 60 ; Schlagobers, valse op. 70 ; Josephslegende, fragment symphonique op. 63 ; Concerto pour violon en ré mineur, op. 8 ; Sinfonia Domestica, op. 53 ; Concertos pour cor n°1 en mi bémol majeur, n°2 en mi bémol majeur ; Concerto pour hautbois et petit orchestre en ré majeur ; Duett-Concertino pour clarinette, basson et cordes ; Burlesque pour piano et orchestre en ré mineur ; Parergon à la Sinfonia Domestica, pour piano (main gauche) et orchestre, op. 73 ; Panathenäenzug pour piano et orchestre op. 74. Musique de chambre : Concerto pour violon en ré mineur, op. 8 (version pour violon et piano) ; Allegretto en mi majeur, AV149 ; Daphne, étude en sol majeur op. 82 AV141 ; Sonate pour violon et piano en mi bémol majeur, op. 18 ; Sonate pour violoncelle et piano en fa majeur, op. 6 ; Romance en fa majeur, AV75 ; Variations sur une chanson populaire bavaroise « Das Dirndl is harb auf mi » ; Quartettsatz en mi bémol majeur, AV211 ; Quatuor à cordes en la majeur, op. 2 ; Caprice, op. 85 ; Trio avec piano n°1 en la majeur, AV37 ; Romance, AV61 (version pour clarinette et piano) ; Romance, AV75 (version pour violoncelle et piano) ; Introduction, Thème et Variations, AV52 ; Trio avec piano n° 2 en ré majeur, AV53 ; Sérénade en sol majeur, AV168 ; Marche de fête en ré majeur, AV178 ; Danse arabe en ré mineur, AV182 n°1 ; Liebesliedchen en sol majeur, AV182 n°2 ; Quatuor avec piano en ut mineur, op. 13 ; Concertos pour cor n°1 en mi bémol majeur, n°2 en mi bémol majeur (versions pour cor et 2 pianos) ; Andante en ut majeur pour cor et piano, AV86a. Diverses pages pour piano solo, pour piano à 4 mains. Divers lieder dont les Vier letzte Lieder pour soprano et orchestre. Taillefer, ballade pour solistes, chœur et orchestre ; Wandrers Sturmlied pour chœur et orchestre, op. 14 ; Die Tageszeiten, mélodies pour chœur d’hommes et orchestre, op. 76. Opéras : Der Rosenkavalier, op. 59 ; Elektra, op. 58 ; Salomé, op. 54 ; Ariadne auf Naxos, op. 60 ; Die Frau ohne Schatten, op. 65 ; Friedenstag, op. 81. Peter Damm, Johannes Ritzkowsky, cor ; Manfred Clement, hautbois ; Manfred Weise, Karl-Heinz Steffens, clarinette ; Wolfgang Liebscher, basson. Ulf Hoelscher, Ernö Sebestyen, Anna Kandinskaya, violon ; Paul Tortelier, Peter Wöpke, Sebastian Hess, Wen-Sinn Yang, violoncelle. Malcolm Frager, Peter Rösel, Wolfgang Sawallisch, Barton Weber, Gitti Pirner, Hartmut Höll, Richard Strauss, piano. Begonia-Uriarte Mrongovius et Karl-Hermann Mrongovius, piano à 4 mains. Wiener Streichtrio. Sinnhoffer-Quartett. Divers solistes du chant. Ernst-Senff Chor Berlin. Staatsopernchor de Dresde. Staatskapelle de Dresde, Direction : Rudolf Kempe. Dresdner Philharmonie, direction : Michel Plasson. Philharmonia Orchestra and Chorus, direction : Herbert von Karajan. Orchestre philharmonique de Vienne, direction : Giuseppe Sinopoli. Orchestre de l’Opéra d’État de Hambourg, direction : Karl Böhm. Staatskapelle de Dresde, direction : Giuseppe Sinopoli. Chœur et Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Joseph Keilberth. Orchestre Philharmonique de la Radio de Hollande, direction : Edo de Waart. 1 coffret 35 CD + 1 CD-ROM Brilliant Classics 9249. Code barre : 5029365924924. Enregistré entre 1942 et 2000 à Dresde, Hambourg, Londres, Munich, Rotterdam, Vienne. ADD/DDD. Notices et synopsis des opéras en anglais en fichiers pdf sur CD-ROM.

 

Il était vraiment prévisible que Brilliant Classics publie cette vaste anthologie , puisque le label néerlandais avait déjà édité auparavant de nombreuses réalisations individuelles consacrées à l’illustre compositeur bavarois : l’anthologie orchestrale la plus exhaustive par et la somptueuse (9 CD Brilliant 7591) ; l’intégrale de la musique de chambre et de piano (9 CD Brilliant 9231) ; divers opéras et mélodies avec orchestre… Aussi ce coffret Brilliant Classics n’a guère d’équivalent, s’agissant de , et permet une plus vaste appréciation de son œuvre, par rapport par exemple à l’édition Deutsche Grammophon en 21 CD uniquement consacrée à tout ce que avait gravé de ses opéras.

La composition de cet album est en effet idéalement représentative : 9 CD de musique orchestrale et concertante ; 9 pour l’intégrale de la musique de chambre et de piano ; 2 de lieder avec piano (dont 1 historique avec le compositeur au clavier) ; 1 de lieder avec orchestre ; 1 de musique chorale avec orchestre ; et enfin 13 CD recouvrant six opéras. Toutefois cette corne d’abondance ne serait rien si les interprétations n’étaient à la hauteur, et assurément elles le sont toutes, allant de l’excellence à l’exceptionnel.

La musique d’orchestre et concertante par et l’incomparable (licence EMI) a toujours été considérée comme référence globale dès sa parution dans les années 70, sans doute en partie parce que, bien que non intégrale, elle était – et est toujours – l’ensemble le plus complet disponible. Bien sûr, on peut toujours trouver d’autres versions superlatives préférentielles : pour Also sprach Zarathustra, pour Eine Alpensinfonie… Mais les versions Kempe se hissent aisément pratiquement au même niveau, si l’on exclut le curieux ratage de la célèbre introduction de Zarathustra (étonnant qu’elle n’ait pas été réenregistrée), le seul d’ailleurs de tout l’ensemble des 9 CD.

L’intégrale de la musique de chambre et pour piano (licence Arts) est tout aussi passionnante, car elle révèle notamment des pages peu connues d’un génie en devenir : deux Trios à clavier très virtuose dûs à un Strauss de 14 ans (!) ; un Quatuor à cordes en la majeur op. 2, « simple » mais talentueux exercice de style très classique d’un compositeur de 16 ans ; une Sonate pour violoncelle et piano en fa majeur op. 6, ainsi qu’un ample Quatuor à clavier en ut mineur op. 13 né d’une compétition gagnée par un Strauss de 21 ans, tous deux en un style plutôt brahmsien. Le Concerto pour violon en ré mineur op. 8 (version avec piano) et la Sonate pour violon et piano en mi bémol majeur op. 18 montre un Strauss définitivement entièrement maître de son langage musical, et d’autre part il est vraiment intéressant d’entendre certaines réductions d’œuvre accompagnées par le piano : précisément le très lyrique Concerto pour violon ainsi que les deux Concertos pour cor, débarrassés de leur parure orchestrale, peuvent souvent judicieusement révéler des détails cachés sous leur somptuosité originale ; de même d’ailleurs que la Suite pour instruments à vent op. 4, ici transcrite pour piano à 4 mains. Mais l’inverse peut également se produire : la fantaisie symphonique Aus Italien op. 16, également proposée en piano à 4 mains, se révèle moins concluante, là où l’orchestre peut plus aisément compenser un intérêt musical parfois plus mince.

La plupart de ces enregistrements d’origine Arts sont réalisés en « live » à Munich, et ont comme cheville ouvrière Wolfgang Sawallisch, tout aussi excellent pianiste que chef d’orchestre, et admirable straussien, secondé par des partenaires aux noms pas toujours bien connus, mais remarquables musiciens à la hauteur de cette vaste entreprise qui, à l’instar de la réalisation Kempe, n’a guère d’équivalent au disque. D’un autre côté cette belle réalisation, tout aussi excellente qu’elle soit, montre qu’avant tout brillait surtout dans l’orchestre, mais aussi dans le répertoire vocal, comme le reste du coffret en témoigne de manière éloquente.

Il était évidemment impossible pour Brilliant de proposer l’ensemble des 14 opéras de Richard Strauss, fussent-ils tous enregistrés. Ce qui nous est proposé ici – six opéras – est l’essentiel de cette production, et même plus, bien que chacun selon ses préférences, puisse regretter l’absence de l’un ou l’autre (Arabella, ou surtout Capriccio, son dernier opéra, 1941). Trois œuvres lyriques nous sont ici restituées en gravures historiques : un enregistrement studio de Der Rosenkavalier par (origine EMI, 1956) et deux enregistrements publics, l’un de Die Frau ohne Schatten par (origine DG, 1963) lors de la réouverture du Nationaltheater de Munich, l’autre de Salomé par Karl Böhm (origine DG, 1970), témoignage capté sur le vif de la première à l’Opéra d’État de Hambourg. Trois versions de prestige aux distributions de rêve, exaltantes, inégalées, sauf peut-être par la Salomé de la version studio de Karajan (EMI). Quant aux versions Sinopoli de Elektra, Ariadne auf Naxos et le rare Friedenstag (origine DG), on peut difficilement trouver mieux : le regretté était un straussien hors pair, et ses interprétations incandescentes sont à la hauteur de celles de ses aînés.

A priori la présence de Michel Plasson, grand spécialiste de la musique française, peut ici surprendre, mais ce serait limiter injustement cet admirable musicien à un seul répertoire, d’autant qu’il s’en sort haut la main dans ces œuvres chorales avec orchestre de Strauss, qui par ailleurs ne sont pas hyper enregistrées. Les trois derniers CDs du coffret sont consacrés à un excellent choix de lieder, les deux premiers avec piano (dont le deuxième inestimable avec le compositeur au clavier), le troisième avec orchestre. Dans ce dernier, nous retrouvons avec plaisir le remarquable et trop peu connu chef , très attentif dans le soutien orchestral de sa partenaire Charlotte Margiono : cette magnifique soprano néerlandaise, ayant de qui tenir comme élève de sa compatriote, la prestigieuse contralto Aafje Heynis, nous gratifie d’une interprétation fort émouvante, sensible et convaincante des Quatre derniers Lieder. a toujours été un éminent straussien, et l’occasion aurait été idéale d’inclure dans ce coffret son intégrale de la Musique pour ensembles à vents, parue naguère chez Philips.

Mais finalement, tel quel, cet album Brilliant Classics est au total une véritable aubaine par sa qualité globale remarquable, et rejoint de la sorte la somptueuse publication Tchaïkovski : rien que l’œuvre pour orchestre par Kempe, ou la série des six opéras, valent individuellement nettement le prix ridicule demandé. Alors a fortiori, tout l’ensemble !… Que demander de plus ?

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