Il Barbiere di Siviglia, le temps des reprises à Genève

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre. 10-IX-2012. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, opéra en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini d’après la comédie de Beaumarchais. Mise en scène : Damiano Michieletto. Décors : Paolo Fantin. Costumes : Silvio Aymonino. Lumières : Fabio Barettin. Avec : Silvia Tro Santafé, Rosina ; Sophie Gordeladze, Berta ; Lawrence Brownlee, Conte Almaviva ; Alberto Rinaldi, Dottore Bartolo ; Nicolas Carré, Fiorello ; Tassis Christoyannis, Figaro ; Roberto Scandiuzzi, Don Basilio ; Aleksandar Chaveev, un ufficiale. Choeur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Alberto Zedda.

Il est de retour, le temps des reprises (sur un air connu). Voici deux ans le Grand Théâtre de Genève présentait une production assez inventive mais scéniquement agitée du Barbiere di Siviglia de Rossini dirigée par . Le public avait chaleureusement reçu cette production. Impressionné par le gigantisme du décor et la mise en scène débridée favorisant le comique de situations, ce Barbier moderne avait fait mouche malgré quelques réserves de spécialistes grincheux (dont votre serviteur). Avec cette reprise, on aurait aimé que la mise en scène originale soit revue dans l’esprit de la dépouiller quelque peu. Mais fort du succès populaire d’alors, on réchauffe le plat.

Pour ne pas trop se compliquer la tâche, l’opéra de Genève s’est facilité la besogne en engageant (à deux éléments près) les mêmes interprètes qu’il y a deux ans. Ainsi comme dans la précédente production, les chanteurs, dont peu de gens imaginent la somme d’efforts nécessaire pour chanter sans micro devant une salle immense, se sont retrouvés à courir, à monter et descendre les escaliers des étages du décor, pour terminer leurs prestations scéniques physiquement épuisés.

A l’image de la (presque) seule nouveauté de cette reprise : la présence de l’admirable ténor (Conte Almaviva). En fin de soirée, il offre en prime à son air final, la rarement chantée caballette. Cet air de bravoure, difficile à souhait, est une véritable cerise sur le gâteau que peu de ténors s’aventurent à chanter après quelque deux heures de spectacle. est généreux de sa voix. Malheureusement, la fatigue accumulée précédemment l’empêche de chanter avec la brillance qui caractérise sa si belle voix. Dommage parce qu’avec la démonstration vocale qu’il avait donné dans son entrée en scène, la clarté du timbre, la puissance de la projection laissait imaginer un feu d’artifice final. Il n’aura pas pu avoir lieu.

Si reste le roi du plateau, parmi les autres protagonistes, il convient de relever l’excellente prestation de la mezzo espagnole (Rosina). Déjà présente en 2010, elle nous a paru posséder une assise vocale plus structurée qu’alors. La voix s’est considérablement affermie sans pour autant perdre de son charme. Par moments, sa puissance, sa coloration, sa sonorité chargée d’harmoniques, ses vocalises précises et très musicales rappellent , l’une des plus grandes rossiniennes du siècle dernier. Scéniquement, manque un peu de fantaisie, de folie théâtrale, mais tout cela est largement compensé par sa vocalité exquise.

Le reste de la distribution est honnête encore qu’ (Dottore Bartolo) a la voix usée ne possèdant plus les couleurs propres à pouvoir restituer le comique de son personnage. Si le baryton grec (Figaro) habite toujours son personnage avec beaucoup d’abattage, il nous a cependant paru vocalement moins impressionnant que lors des représentations de 2010. La voix s’est assombrie, et parfois, on la surprend avec quelques légères nasalités.

Les deux précédents Don Basilio ont été aujourd’hui plus heureusement remplacés par la basse italienne (Don Basilio). A l’aise dans un rôle idéalement « italien » son expérience lui permet de composer un personnage vocalement correct malgré d’évidents signes d’usure vocale.

Dans la fosse, l’ nous est apparu bien timide malgré l’énergie développée par . A 84 ans, il reste étonnant de vivacité cependant, derrière la performance, on sent plus d’agitation que d’efficacité musicale.

Crédit photographique : (Rosina) ; (Figaro), Lawrence Brownlee (Conte Almaviva), (Rosina), Sophie Gordeladze (Berta), (Dottore Bartolo) © GTG/Vincent Lepresle

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