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Le Roi Pausole à Genève, jouissance et poésie

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Genève, Grand Théâtre, 27-XII-2012. Arthur Honegger (1895-1955), Les Aventures du Roi Pausole. Roi Pausole, Jean-Philippe Lafont. Taxis, Mark Milhofer. La Blanche Aline, Sophie Angebault. Giglio, Loïc Félix. Diane à la Houppe, Ingrid Perruche. Mirabelle, Lamia Beuque. Dame Perchuque, Doris Lamprecht. Thierrette, Elisa Cenni. La Métayère, Alexandre Diakoff. Orchestre de la Suisse romande, direction : Claude Schnitzler. Mise en scène : Robert Sandoz

Une femme par jour de l’année, pour le bon plaisir du Roi. C’est donc un harem en guise de cour qui entoure Pausole, monarque truculent régnant sur ses 365 sujettes avec une bonhomie licencieuse. Sauf en ce qui concerne sa fille. Et lorsque la princesse Aline s’enfuit avec une danseuse de ballet qu’elle prend pour un charmant libertin, l’équilibre réglementé et implacable du royaume jouisseur de Tryphème se désarçonne peu à peu. Et Les Aventures du Roi Pausole de se mettre en branle avec la légèreté pétillante d’un champagne un peu trop sucré.

Cette opérette du compositeur suisse , dont ses compatriotes voient quotidiennement le visage impassible sur leurs billets de 20 francs souvent sans en connaître la musique, a été choisie comme œuvre de fin d’année au Grand Théâtre de Genève. Dans une production très helvétique, la mise en scène étant confiée au jeune . Et les allusions locales ne manquent pas, quitte à forcer le trait, le pays mythique de Trpyhème se muant en métaphore d’une Suisse idéale et contradictoire où « l’argent garde sa valeur », rejetant d’un bras le moutonnisme patriotique qu’elle embrasse de l’autre.

Tirée d’un roman de l’érotomane volontiers irrévérencieux Pierre Louÿs, cette fable emmène son lecteur aux confins du saphisme immoral, pour le plus grand bonheur des épicuriens qui savent passer outre les balourdises de l’intrigue. doit être de ceux-ci, sa direction d’acteurs soulignant avec malice les rares subtilités du texte, passant comme chatte sur braise sur la grivoiserie la plus vile au profit d’un absurde de situation tout à fait démonstratif et souvent drôle bien que parfois inutilement explicite. Le premier acte, plongé dans un bleu envahissant paraît un peu terne, mais laisse vite sa place aux couleurs vives des actes suivants, où le roi cherche sa fille parmi les matous de tout poil qui rôdent alentour.

L’on se divertit alors des climats et des airs subtils, évocateurs de Honegger, à qui chaque style semble un matériau pour construire une musique nouvelle, où les hiérarchies ne font plus sens. Cette musique rendue avec précision mais peu de verve par la direction musicale de à la tête d’un de taille réduite. Laissant en tout cas le séduisant plateau se faire entendre. Ce que semble apprécier un , excellent en Pausole tout feu tout flamme. Excellente aussi la Mirabelle de , dont le timbre chaleureux souligne son jeu de garçonne avec éloquence. Les autres chanteurs ne sont pas en reste, bien que l’aigu un peu contraint de en Aline lui enlève un peu de sa séduction, à laquelle se montre d’ailleurs peu sensible le Giglio au timbre cuivré de Loïc Félix.

L’on se divertit de cette pantalonnade grotesque tenant le milieu entre les Mille et une nuits et les Folies Bergères, l’on rit de ses rebondissements attendus, l’on s’étonne enfin de se voir presque attendris par sa poésie, surtout par ce roi abdiquant sous la pression d’un peuple qui voulait jouir comme son souverain.

Photo : Roi Pausole () © GTG/Yunus Durukan

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Genève, Grand Théâtre, 27-XII-2012. Arthur Honegger (1895-1955), Les Aventures du Roi Pausole. Roi Pausole, Jean-Philippe Lafont. Taxis, Mark Milhofer. La Blanche Aline, Sophie Angebault. Giglio, Loïc Félix. Diane à la Houppe, Ingrid Perruche. Mirabelle, Lamia Beuque. Dame Perchuque, Doris Lamprecht. Thierrette, Elisa Cenni. La Métayère, Alexandre Diakoff. Orchestre de la Suisse romande, direction : Claude Schnitzler. Mise en scène : Robert Sandoz

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