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Mariss Jansons au sommet de son art avec la 5e de Tchaïkovski

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Paris. Salle Pleyel. 02-II-2013. Johan Wagenaar (1862-1941) : De Getemde Feeks (Ouverture), op.25. Richard Strauss (1864-1949) : Mort et Transfiguration, poème symphonique op.24. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893 : Symphonie n°5 en mi mineur op.64. Orchestre royal du Concertgebouw, direction : Mariss Jansons.

Quelques jours après avoir offert au public parisien une originale Turangalîla-Symphonie avec son formidable orchestre bavarois, revenait dans une Salle Pleyel remplie à raz bord pour un programme nettement plus classique avec son encore plus exceptionnel orchestre amstellodamois.

L’ouverture du concert était consacrée à une œuvre de Johan Wagenaar datant de 1909, De Getemde Feeks (La Mégère apprivoisée) joyeusement inspirée de Shakespeare. Car c’est en effet une musique enjouée, simple, directe, qui ne déparerait pas dans un concert du nouvel an batave au lieu d’être viennois, contant l’affrontement par thèmes interposés de la fameuse mégère et de Petruchio, les deux thèmes parfaitement identifiables se livrant à un jeu de cache-cache digne de Tom et Jerry jusqu’à ce que la mégère rende les armes, peut-être en apparence seulement si on en croit le petit motif ironique insinuant le doute juste avant la conclusion. L’orchestre s’y montra épatant, dès l’ouverture du concert, au niveau de sa légende.

Mais les deux grandes pièces du programme devaient être le poème symphonique Mort et Transfiguration de et la Symphonie n°5 de Tchaïkovski, et si la première nous laissa légèrement sur notre faim, la seconde fut tout simplement fabuleuse, d’un niveau d’accomplissement musical et instrumental réellement exceptionnel. D’ailleurs si nous semblons faire la fine bouche devant le Strauss ce n’est surement pas à cause de la qualité de l’orchestre, et surtout de ses solistes dont nous n’en citerons que deux pour l’exemple, la flutiste Emily Beynon et le hautboïste (déjà remarqué en soliste du concerto pour hautbois du même Strauss et dans la Cinquième de Tchaïkovski dans la salle du Concertgebouw), représentants de ce qui est peut-être aujourd’hui le plus beau pupitre de bois de la planète. Mais plutôt à cause de ce déficit d’intensité et de narration que nous avons ressenti ici où là au cours de cette exécution. Ainsi le début Largo ne réussit pas pleinement à instaurer un climat mystérieux, ne captura pas l’attention en créant une subtile tension générant un suspens débouchant naturellement sur la section suivante. Nous l’avions déjà remarqué pour son Don Juan, cette façon posée, dosée, tout en classicisme, ne va pas toujours jusqu’au bout de l’expression, et du coup ce soir ne nous transmit pas aussi bien qu’espéré les émotions qui traversent les différents épisodes de cette Mort et Transfiguration.

Par contre le chef nous captura instantanément dès les premières mesures de la symphonie de Tchaïkovski pour ne plus jamais nous lâcher. Il sut trouver le ton juste dès l’introduction Andante respectant parfaitement l’indication pesante e tenuto sempre, y mettant justement cette tension portée par un magnifique unisson des violoncelles et contrebasses qui nous emporta au plus profond de l’âme de cette musique. Afin d’éviter la litanie des superlatifs que nous inspira cette interprétation on se contentera de dire que le premier mouvement fut d’un intense dramatisme constamment renouvelé. L’ Andante cantabile con alcuna licenza fut poignant comme rarement tout en ne tombant jamais dans le pathos inutile. Est ce le plus beau que nous ayons jamais entendu ? Bien possible. La Valse fut une merveille d’élégance avec ce soupçon de fêlure qui lui donnait une idéale ambiguïté. Et le Finale évita tous les pièges du ronflant et du spectaculaire pour clore en apothéose une interprétation à marquer dans les annales, qui à n’en point douter, a apporté aux mélomanes présents Salle Pleyel un rare et authentique Bonheur musical avec un grand « B », comme Bravo debout.

Crédit photographique : DGG

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Paris. Salle Pleyel. 02-II-2013. Johan Wagenaar (1862-1941) : De Getemde Feeks (Ouverture), op.25. Richard Strauss (1864-1949) : Mort et Transfiguration, poème symphonique op.24. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893 : Symphonie n°5 en mi mineur op.64. Orchestre royal du Concertgebouw, direction : Mariss Jansons.

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