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Vladimir Jurowski s’encanaille dans Weill

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 28-II-2013. Kurt Weill (1900-1950) : L’Opéra de quat’sous, pièce de théâtre musical en trois actes, un prologue et huit tableaux sur un livret de Bertolt Brecht. Mark Padmore, Macheath ; Sir John Tomlinson, J. J. Peachum ; Dame Felicity Palmer, Mrs Peachum ; Allison Bell, Polly Peachum ; Nicholas Folwell, Tiger Brown ; Gabriela Istoc, Lucy Brown ; Meow Meow, Jenny ; Max Hopp, le narrateur. London Philharmonic Choir ; London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski.

Il est toujours piquant de voir donnée une œuvre de  Bertolt Brecht et , en particulier L’Opéra de quat’sous, dans le cadre huppé du Théâtre des Champs-Elysées, et même si la salle accueillit la création le 17 juin 1933 des Sept pêchés capitaux, du même duo.

Depuis la première représentation à Berlin le 31 août 1928, à l’époque de la République de Weimar, le succès de L’Opéra de quat’sous ne s’est jamais démenti, et même si le propos est immoral, qu’il peut être considéré comme caricatural, il reste d’actualité.

C’est un plateau à majorité anglo-saxonne qui se présentait sur la scène du théâtre de l’avenue Montaigne, mené par l’un des prodiges actuel de la baguette, . A la tête d’une formation réduite (vents, guitares, violoncelles, claviers, percussions) issue du , dont il est directeur musical, et n’hésitant pas à passer au piano pour accompagner quelques-uns des Songs, Jurowski proposait une version de concert, en allemand avec surtitres en français, agrémentée d’une mise en espace (Ted Huffman) et d’un travail sur les lumières (Malcolm Rippeth).

Ecrit pour des acteurs capables de chanter, l’ouvrage était donné, comme souvent lorsqu’on ne retient pas les dialogues, par des chanteurs lyriques, le rôle phare de Jenny étant quant à lui tenu par Meow Meow (Melissa Madden Gray à la ville).  Le spectacle est de bonne tenue même si l’on aurait pu souhaiter, que ce soit du point de vue de la couleur instrumentale ou du plateau vocal, une approche plus déjantée, canaille, gouailleuse, propre à exprimer cet univers des bas-fonds, que l’on ressent fortement et dans la critique sociale de Brecht et dans l’écriture patchwork de Weill, typique de l’époque (influencée par le jazz et les musiques de danse : tango, fox-trot…).

Le comédien allemand Max Hopp, légèrement amplifié, trouve la tonalité juste, entre froideur et une certaine ironie, pour narrer l’histoire de Macheath. A lui revient le privilège de chanter la célèbre ballade initiale (« die Moritat von Mackie Messer »). Un plateau de chanteurs de premier plan dans les rôles principaux ne laisse pas pour un autant, dans ce répertoire, un souvenir impérissable, notamment le « vétéran » John Tomlinson en J. J. Peachum (vibrato, décalages avec les instrumentistes…), ou le couple -, assez neutres respectivement en Macheath et Polly Peachum. , qui incarne Mrs Peachum, s’en sort mieux. La satisfaction vient plutôt de la soprano Gabriela Istoc, Lucy Brown, épatante dans son aria du deuxième acte « Eifersucht, Wut, Liebe und Häme » et, dans un tout autre genre, Meow Meow, artiste de cabaret pleinement dans son élément dans le rôle de Jenny.

Crédit photographique : © Sheila Rock

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