Antonacci, Lemieux, grandes voix pour Petite messe

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 6-V-2013. Gioachino Rossini (1792-1868) : Petite messe solennelle, version pour solistes, chœur et orchestre. Anna Caterina Antonacci, soprano ; Marie-Nicole Lemieux, mezzo ; Saimir Pirgu, ténor ; Carlo Colombara, baryton-basse. Chœur de Radio-France (Chef de chœur : Thomas Lang), Orchestre national de France, direction : Daniele Gatti

Après avoir fait entendre la version originale de la Petite messe solennelle pour piano et harmonium de Rossini en 2010 avec Anna Bonitatibus et Désirée Rancatore, le Théâtre des Champs-Elysées accueillait cette fois la version pour orchestre dans sa version pour orchestre de 1867 (voir notre précédente chronique sur l’histoire peu banale de cette œuvre). A l’affiche,  un duo vocal féminin qui s’annonçait de choc, tant les personnalités d’ et de sont éloignées, le goût de la tragédie antique de la première (sa Médée, sa Cassandre sont légendaires) ayant peu à voir avec l’exubérance et le verve chaleureuse de la seconde (voir son entretien donné à ResMusica). L’attente ne fut pas déçue, jouant sans frein la carte du lyrique pour offrir le meilleur tremplin à ses interprètes.

Côté masculin, le ténor , remplaçant Celso Albelo au dernier moment, a envoyé ses airs avec le panache et le brillant requis, confirmant les excellentes impressions qu’il a toujours laissé dans ces colonnes, tandis que se contentait de remplir son office de manière probe.

Côté féminin, , fine silhouette habillée d’un décolleté noir et d’une longue jupe blanche au plissé de statue antique, s’oppose à la générosité de , au bustier recouvert d’un voile de gaze, le tout d’un bleu turquoise évoquant les représentations séraphiques de la Vierge Marie. Des choix vestimentaires a priori discordants, mais cohérents avec les options vocales des deux artistes. Dans l’unique moment qui les associe, le Qui tollis peccata mundi, le contraste entre l’invective de la soprano (son Miserere glaçant!) et la douceur de la contralto opérèrent dans une tension étrangement complémentaire.

En intervention soliste, Antonacci va plus loin. Dans le Crucifixus etiam pro nobis (Crucifié pour nous / Sous Ponce Pilate / il souffrit sa passion et fut mis au tombeau), la soprano incarne son texte. Elle le chante autant qu’elle le dit, et s’adresse à la foule assemblée dans le théâtre, dont elle semble dénoncer durement la lâcheté. Ce soir-là, nous étions tous des Ponce Pilate. Dans son ultime moment, O Salutaris (Ô victime salutoire / Qui ouvre les portes du ciel), la chanteuse se fait vestale. Et elle nous exhortait avec tant d’autorité que, fascinés, nous misérables pêcheurs aurions été prêts à la suivre jusqu’en enfer.

Fort heureusement, nous fûmes sauvés de ce destin funeste par la compassion et l’amour de Marie-Nicole Lemieux, à qui revenait de conclure l’œuvre avec le chœur dans l’Agnus Dei. Restée sobre jusqu’alors, elle est soudainement toute en imploration pour que le pêché soit enlevé du monde, et elle réalise avec une charge émotionnelle sidérante la synthèse du religieux et du lyrique, portée par un orchestre et un chœur en état de grâce. Une performance d’autant plus remarquable qu’il s’agissait pour la contralto de sa première interprétation de cette œuvre en concert.

A propos du choeur, relevons la joyeuse énergie qu’ils ont déployée dans la fugue du Cum Sancto Spiritu. Dans cet exercice de virtuosité d’écriture dénuée de profondeur psychologique ou spirituelle, ils donnèrent à la religion un visage riant et léger qui lui fait cruellement défaut dans l’actualité du monde. Un moment de bonheur sans nuage, que l’on salut de bonne grâce.

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